30. Camille

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CAMILLE

Camille était en pleine partie de dames spatiales contre Agnès et un... fantôme.

« Je tuerais pour m'amuser comme ça tous les jours ! s'exclama-t-il, jovial. Je n'ai absolument aucune idée de ce que je fais ici, mais j'adore les dames spatiales !

— Vous l'avez déjà dit, ça, fit Camille avec une mine renfrognée. Expliquez-nous qui vous êtes !

— Il me semble que... »

Le fantôme avait l'apparence d'un homme d'âge mûr en uniforme militaire. Des favoris broussailleux mangeaient la moitié de son visage bleuté que perçaient deux yeux sans pupilles. Il inspecta les médailles accrochées à sa poitrine et s'écria :

« Vétéran de la guerre d'Asie de 2558, mademoiselle ! J'ai fièrement combattu pour l'Angleterre.

— Et vous en êtes mort, puisque vous êtes un fantôme.

— Oh, mademoiselle... Je ne suis qu'une entité virtuelle sortie de l'esprit du Créateur. N'essayez pas de deviner le déroulement d'une vie qui n'a jamais existé.

— Je vois. »

En réalité, Camille ne voyait pas très bien, non. Elle se tourna avec incrédulité vers sa partenaire de dames spatiales, espérant obtenir son avis sur la question. Oh non, elle n'a pas l'air d'avoir écouté... Agnès était concentrée sur le jeu, intangible. Pourtant, elles étaient en train de perdre. Pas la peine d'être à fond dedans. Camille avait déjà fait une croix sur le cadeau promis par le maître des lieux.

Lorsque la pièce où ils se trouvaient tous les douze auparavant s'était mise à tourner, Camille s'était cogné la tête contre l'un des murs et avait perdu connaissance. Agnès n'avait pas été très claire à ce sujet, mais il semblait qu'elle s'était également évanouie. Quand elles s'étaient réveillées au pied d'un immense plateau de jeu en trois dimensions, le fantôme les avait attrapées et mises sur leurs pieds. 

Camille ne s'était pas sentie choquée. Après tout, elle déjà discuté avec un tableau vivant et vu des fantômes lui redonner des souvenirs. Agnès n'avait pas paru surprise outre mesure. En même temps, on ne peut même pas voir ses yeux. Peut-être que rien ne l'atteint, ou au contraire tout...

Le fantôme leur avait présenté les règles du jeu. L'objectif était tout simplement de prendre les pièces de l'adversaire, mais les trois dimensions du plateau rendaient les déplacements plus compliqués que prévu. J'ai toujours été nulle à ce genre de trucs... Maintenant qu'elle y pensait, elle avait longtemps joué aux dames chinoises avec quelques connaissances de fac – plus pour s'intégrer que pour s'amuser. Et je perdais lamentablement...

Agnès leva soudainement la main et fit avancer un pion de deux cases. Immédiatement, un pion adverse l'abattit d'un coup de massue. Ce jeu est complètement nul, mais les hologrammes qui bougent en même temps que les pièces... c'est génial ! Au moins, c'était joli à regarder. Il y avait sans doute une histoire d'aimants et de lumière derrière tout ça, mais Camille n'y connaissait rien. Après tout, si c'est un jeu du futur...

Agnès poussa un soupir à fendre l'âme.

« On ne gagnera jamais à ce machin. Ce fantôme a une technique d'attaque latérale implacable. Ce n'est pas comme ça que je jouais... chez moi.

— Peut-être que le propriétaire du manoir sera compréhensif.

— Je pense qu'il s'en fiche, c'est un malade de toute façon. »

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