JUKA
Un vent agréable soufflait dans ses cheveux. Du soleil, pas de bruits stressants. Le calme. Juka marchait dans les hautes herbes entourant son village, heureuse d'être chez elle. Pour sa journée de visite, tous ses amis s'étaient habillés avec des peaux de bêtes. Génial ! Même Anna, qui avait beaucoup hésité avant de montrer ses chevilles, avait fini par accepter de se plier aux traditions de son époque.
Juka s'éclaircit la voix et chercha ses mots.
« Village ici, ma maison là-bas, dit-elle en montrant du doigt une belle et solide bâtisse toute en longueur.
— N'oublie pas les verbes, Juka, la prévint Camille. Il faut travailler ton français. C'est déjà très bien, mais tu oublies les verbes !
— Mon village est ici, ma maison est là-bas. » répliqua Juka en lui tournant le dos pour rejoindre son foyer.
Le village de la tribu de Juka possédait six grandes maisons encadrant une petite place. La plus imposante était celle de sa famille, son père étant le chef. Soudain, une question lui vint à l'esprit.
« Nok. Papa est le chef parce que Papa tue beaucoup les animaux. Très fort. Mais toi, pourquoi ta famille fait les chefs ?
— Oh, fit-il, pourquoi ma famille dirige ma colonie ? Ce sont mes ancêtres qui ont décidé de partir pendant la guerre nucléaire. Ils ont été suivis et considérés comme des chefs, c'est tout. De génération en génération, mes parents sont devenus les nouveaux chefs.
— Oui. »
En réalité, Juka n'avait pas compris grand-chose à cette explication. Trop de mots, trop d'informations. Elle déplaça la grande planche de bois qui cachait l'entrée de la maison et invita tout le monde à entrer. Un très petit feu éclairait le centre de la pièce. Les flammes ne montaient pas assez haut pour provoquer un incendie. Les parents de Juka étaient installés sur des sièges sommaires, les coudes posés sur une belle table.
« Mes parents. » commenta Juka en se retenant de penser à sa mère.
Mais Mama n'était pas tranquillement assise, dans la vraie vie. Allongée sur des branchages et des peaux. Suant sang et eau. Agonisant sans fin.
Lorsque quelqu'un posa une main sur son épaule, Juka se tourna vivement vers sa gauche. Stanislas avait dû remarquer son air contrarié et voulait la réconforter. Je n'aime pas qu'on me touche ! Elle se força cependant à ne pas être impolie et violente. Le cuisinier ne pensait pas à mal... il ne pensait jamais à mal, d'ailleurs.
« Merci, Sanisas, tu veux voir garde-manger ?
— Formidable ! s'exclama-t-il en ôtant sa main de son épaule. Un garde-manger d'époque ! »
Stanislas était toujours heureux de connaître un peu plus précisément la vie de Juka. Elle voyait bien qu'il l'appréciait beaucoup, mais lui-même ne devait pas comprendre ce qu'il se passait entre eux. Stanislas la considérait comme une grande amie après seulement quelques semaines. Il m'aime beaucoup. Il est peut-être amoureux, mais il ne sait pas ce qu'est l'amour donc il ne dit rien. Au moins, elle n'aurait pas à devoir le repousser. Personne ne l'intéressait au point de mériter son cœur.
Juka se détourna du regard affectueux de sa mère et amena le groupe à une deuxième maison.
« La maison des chasseurs et pêcheurs. » annonça-t-elle en entrant.
En pénétrant dans l'antre des meilleurs tueurs d'animaux de son village, Juka se souvint trop tard que l'odeur y était abominable.
« C'est mal conservé ! s'écria Stanislas en s'étouffant dans sa chemise en peau. Est-ce que vous utilisez du sel, au moins ?
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B
AdventureDouze hommes et femmes se réveillent dans une sorte de manoir dont les pièces changent selon le bon vouloir d'un maître des lieux capricieux, dont les objectifs ne semblent pas... limpides. Après quelques quiproquos, les nouveaux "...
