MAURICE
C'était le grand jour ! Maurice était frais comme un gardon. Il avait lavé plusieurs fois son crâne chauve, impatient de présenter Moscou à ses nouveaux amis. Jeudi, le jour du tourisme virtuel. Le scientifique avait revêtu son plus beau costume brun. Il aplatit à nouveau ses trois cheveux et sortit de sa chambre pour prendre un petit-déjeuner bien mérité. Il s'attabla devant du pain et du beurre, à côté de Stanislas.
« Vous vous êtes levé bien tôt pour manger, aujourd'hui ! constata le cuisinier.
— Je veux être prêt pour faire visiter mon époque à tout le monde ! dit Maurice avec enthousiasme. Je sais exactement par quoi commencer.
— Des bâtisses intéressantes ? demanda Stanislas en se préparant des tartines de confiture.
— Oui, l'université, ça va être génial ! J'ai tout prévu. Je suis même allé vérifier hier soir si tout était ressemblant. Ces sessions de tourisme vont être pa-ssio-nnantes. »
Ils mangèrent en silence. Maurice finit par se demander où étaient les autres.
« Et alors ? Ils pioncent tous ?
— Peut-être qu'ils voulaient sommeiller un peu plus.
— Pas trop quand même, j'ai des trucs à leur montrer ! » s'irrita le scientifique.
Il s'attaqua furieusement à de nouvelles tartines de beurre. Soudain, la porte menant au couloir des chambres s'ouvrit. Maurice leva le nez de son assiette et fut frappé de stupeur et de joie. Tous ses nouveaux amis s'étaient habillés à la mode des années d'après-guerre, mais... à la parisienne !
« C'est moi qui ai organisé ça ! fanfaronna Camille, que sa robe marron faisait ressembler à une truffe en chocolat géante. Je suis allée voir tout le monde et j'ai choisi pour eux des tenues des années 50. Anna m'a beaucoup aidée. Ça vous plaît ?
— C'est merveilleux ! s'exclama Maurice, ébahi. Ce n'est pas vraiment comme ça que s'habillent les Moscovites, mais admettons ! Vous êtes tous très beaux ! Et je ne fais pas souvent de compliments. »
Tous se dirigèrent vers la table pour prendre un petit-déjeuner bien mérité. Maurice écarquilla les yeux devant certaines tenues. Juka était empêtrée dans une robe terriblement complexe, bien trop volumineuse pour elle. La sauvageonne se battait pour garder une contenance, mais elle avait toujours l'air d'une guerrière déguisée en dame. Personne n'avait essayé de démêler sa tignasse rousse. Pourtant, elle souriait en admirant les volants bleus qui tournoyaient autour d'elle lorsqu'elle marchait. Peut-être que la sauvage de service va devenir distinguée, va savoir...
Agnès et Anna portaient des robes presque identiques et plutôt simples. Elles n'avaient pas eu envie de s'embarrasser de tissu pendant leur tourisme. Pas bête... Maurice eut d'ailleurs du mal à reconnaître Anna, qui avait abandonné son maquillage de la Renaissance.
« C'est pas si habituel que ça de te voir au naturel, ma fille, commenta Maurice.
— Je ne sais pas comment les femmes se maquillaient dans les années 1950, répondit Anna. J'ai un peu honte. J'aurais dû m'y prendre plus tôt pour regarder des puces d'infos.
— Tu n'es pas le laideron que tu crois être ! Ne cache pas ces beaux yeux derrière ta farine et ton fard dégoûtant. »
Anna rougit et se concentra sur sa salade de fruits.
Nok et Charles portaient un costume noir simple. Pour une fois, le Desmoulins officiel n'avait pas l'air trop décalqué. Ses longs cheveux blonds étaient impeccablement coiffés et son regard pas trop éteint. Maurice se demanda quelle mouche avait bien pu le piquer.
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B
AdventureDouze hommes et femmes se réveillent dans une sorte de manoir dont les pièces changent selon le bon vouloir d'un maître des lieux capricieux, dont les objectifs ne semblent pas... limpides. Après quelques quiproquos, les nouveaux "...
