AGNÈS
Agnès rassembla ses genoux sous son menton et se demanda à quoi pouvaient bien ressembler les images qu'ils allaient voir. Plein de cadavres ? Des trucs bizarres ? B lui avait offert une cuillère lorsque Camille avait reçu le livre des prophéties de Nostradamus. Pourquoi cette cuillère ? s'était-elle demandé avant de ressentir un terrible malaise. Elle s'était énervée contre B sans savoir pourquoi.
À l'heure actuelle, Agnès n'avait pas retrouvé la mémoire à ce sujet. Elle s'attendait au pire mais ne s'en inquiétait pas outre mesure. C'est pas si grave. Ça m'étonne pas d'être morte jeune. Depuis toujours, elle se considérait en sursis. Un jour, elle ferait une bêtise et serait exécutée, ou bien le manque de sommeil prendrait le dessus et elle ferait un infarctus. C'est prévu ! C'est normal, c'est ma vie, voilà.
Agnès regarda fixement l'écran comme si un simple film d'angoisse allait être diffusé.
Hôpital psychiatrique de Lyon, 18 novembre 2310 ap. J.C.
Agnès, comme chaque nuit, avait mal dormi. Malgré son internement, son organisme était toujours habitué à se réveiller automatiquement toutes les deux heures. C'est nul. J'en ai marre. Je pourrais faire la grasse mat' sans problème, et je galère toute seule.
Elle se leva et fit sa toilette derrière un rideau impossible à déchirer ni plier avant de manger quelques biscuits. Elle était enfermée dans une pièce exiguë mais de taille suffisante pour vivre. Personne n'entrait dans sa chambre sans prévenir, ce qui lui évitait de se jeter sur les intrus en hurlant pour les attaquer avec une force décuplée. Les psychiatres pensaient que sa maladie était causée par un excès de production d'adrénaline au réveil, mais les médicaments n'avaient pas arrangé la situation. Agnès était un cas à part. En plus, ça avait un sale goût, c'était vraiment pas la peine !
Comme tous les matins, Agnès sortit de sa chambre en tapant un code sur la console accolée à la porte. 1911852, allez hop ! Elle était incapable de s'en souvenir en pleine crise. Agnès jeta un dernier regard à la salle matelassée avant de la quitter – elle avait toujours peur d'y enfermer un infirmier. On sait jamais, imagine.
Elle traversa le couloir menant à la salle commune. Accompagnés par des infirmiers, des malades jouaient aux dames spatiales, regardaient la télévision ou fixaient le mur avec intensité. Agnès s'installa devant l'écran avec deux filles qu'elle n'appréciait pas du tout, mais l'appel de la télé était trop fort pour y résister. Un mélange de séries actuelles et anciennes passait en permanence, mais peu de résidents se souvenaient de ce qu'ils regardaient. C'est pas possible de se rappeler de l'épisode précédent, tout est mélangé... En plus, avec ma mémoire pourrie !
« Eh, s'exclama Lucie, mais c'est la petite Agnès !
— Alors, Agnès, dit Manon avec un sourire narquois, on sort un peu ? T'as pas peur de massacrer tout le monde ? On aimerait bien que tu sois transférée chez les tueurs pour plus voir tes lunettes dégueu. »
Agnès ne répondit rien et se concentra sur la télévision qui diffusait une série pour ados. Sympa, le gars sans nombril. De beaux yeux.
« Fais pas semblant de ne pas nous entendre, sinon Manon va te parler avec sa voix grave. Elle a même réussi à faire piquer du nez Marco alors qu'il est parano ! »
Agnès ne réagit pas en apparence mais ses pupilles se rétrécirent derrière ses lunettes noires. Manon avait une voix aussi efficace qu'un somnifère. La saloperie... Elle s'en était servie pour endormir ses victimes et leur voler toutes leurs affaires. C'était son accès de violence durant son dernier larcin qui l'avait menée à l'hôpital, où une névrose sévère lui avait été diagnostiquée. Forcément.
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B
MaceraDouze hommes et femmes se réveillent dans une sorte de manoir dont les pièces changent selon le bon vouloir d'un maître des lieux capricieux, dont les objectifs ne semblent pas... limpides. Après quelques quiproquos, les nouveaux "...
