15. Philémon

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PHILÉMON

Philémon était satisfait de la tournure des événements. Personne n'avait encore retrouvé la mémoire, mais les souvenirs de chacun commençaient à réapparaître. Après quelques passages devant les fantômes, ils sauraient tous pourquoi ils se trouvaient dans ce manoir, le gentleman en était intimement persuadé. Je n'ai pas le temps de repenser à ce que les esprits m'ont montré, je dois aider les autres. Il avait passé de trop longues minutes en présence des esprits, mais pas assez pour comprendre ce qu'il faisait ici. Les fantômes avaient fini par tomber sur le sol, inanimés et inoffensifs. Il avait revu en boucle la dispute avec son père, sûrement la dernière qu'il avait eue avec lui. Les esprits semblent souffrir de nous regarder...

Philémon se tourna vers l'homme d'âge avancé.

« Voulez-vous y aller, monsieur... ?

— Je ne t'ai pas dit mon nom, et toi non plus, dit sèchement le vieil homme.

— Nous sommes partis sur de mauvaises bases, monsieur. J'ai défendu mon amie Anna car c'est ce que les gentlemen font, n'y voyez aucune animosité de ma part.

— Je veux bien te croire, gamin, répliqua-t-il Maurice Lalie, inventeur, 1949.

— Oh ! s'exclama Philémon avec un grand sourire. Je suis mécène, ma passion est justement de financer des inventeurs ! Je m'appelle Philémon Marsanguet, 1852.

— Mince, quand on retournera chez nous, tu pourras pas m'aider..., fit-il, déçu.

— J'en suis particulièrement désolé, M. Lalie. Voulez-vous retrouver la mémoire avant Lemnos, ou devrait-il passer avant vous ?

— Non, je vais y aller, ce sera une bonne chose de faite. »

Il s'avança vers la porte et se tourna vers Philémon, un sourire un peu maladroit barrant son visage ridé.

« T'as des vêtements un peu ridicules, mais je suis bien content qu'il y ait un type comme toi ici. Quelqu'un qui aime la science.

— Je suis sûr que vos expériences mèneront à des résultats révolutionnaires, mais nous en reparlerons plus tard. »

Ils sortirent avec précaution de la pièce.

La honte de la famille...

Philémon regarda par terre, refusant d'être happé par le discours des fantômes. Ses idées noires s'estompèrent et il ajusta les épaules de Maurice à l'aveuglette pour qu'il se tînt bien droit sur ses deux pieds.

« Qu'est-ce que c'est que ce machin ? s'exclama le scientifique avec dégoût. Des tableaux qui parlent, ensuite un cafard géant... et maintenant des fantômes tristes ?

— Regardez-le bien dans les yeux, ordonna Philémon. Vous allez revoir votre passé par bribes. Je vous ramènerai dans l'autre salle quand vous vous sentirez affaibli.

— Quoi ? Est-ce que ça fait mal ? s'écria Maurice, alarmé.

— Non, mais généralement, les genoux tremblent. »

Mieux vaut occulter la réalité. Juka avait crié et s'était effondrée sur le sol. Le gentleman avait fini en larmes, mais l'inventeur n'avait pas besoin de le savoir. Camille, au contraire, l'avait plutôt bien vécu et s'était simplement sentie fatiguée. Philémon vit Maurice trembler et l'entendit marmonner des phrases incohérentes.

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