CAMILLE
« Je voudrais d'abord vous prévenir... vous allez voir des choses qui vont vous faire peur. »
Tous les habitants du manoir étaient rassemblés devant Camille, à quelques mètres de la porte menant vers son époque.
« J'étais étonnée de ne pas en voir chez Maurice, mais il faut croire que les rues étaient désertes ce jour-là. Je parle bien évidemment des voitures.
— Oh, acquiesça Maurice, bien sûr. Il n'y avait pas de voitures parce que j'ai demandé à B de les retirer. Je trouve ça moche. Désolé d'avoir rendu mon époque un peu fausse.
— Ce n'est pas grave, le rassura Camille. Ce que vous devez savoir, c'est que les voitures font beaucoup de bruit. N'ayez pas peur. Je pense surtout à toi, Juka, et aussi Lemnos. Vous n'êtes pas habitués à ça. »
Camille savait que Julius était plus familier du bruit qu'eux, puisqu'il assistait souvent à des courses de char. Il n'y avait rien d'aussi fracassant pour les tympans que plusieurs chars lancés à pleine vitesse au milieu d'un stade extatique. Camille ne s'attendait pas à ce qu'Eric et Stanislas soient particulièrement rassurés non plus, mais ils avaient un minimum de sang-froid. Lorsqu'elle ouvrit enfin la porte, des bruits de moteur parvinrent jusqu'à leurs oreilles.
« Restez bien derrière moi. » recommanda-t-elle au petit groupe avant de montrer du doigt ce qu'elle avait voulu leur faire visiter depuis le début.
Tous oublièrent le bruit infernal des voitures en voyant la cathédrale de Strasbourg.
« C'est... c'est..., bégaya Stanislas. C'est beaucoup mieux que mon église !
— Non mais ton église est un tas de cailloux, Stan, répliqua Agnès. Je peux te dire qu'avec une cathédrale comme ça, t'aurais pas passé la messe à rêver de rôti de porc ! Ça se respecte, un truc aussi cool ! »
Camille les invita à se rapprocher de la cathédrale, mais le charme finit par se rompre. Anna poussa un cri suraigu et Camille entendit un bruit peu rassurant. Elle se tourna vers l'aristocrate et comprit qu'elle était restée en face d'une voiture jusqu'à ce qu'elle se cogne contre elle.
« Anna ! s'exclama Camille en courant vers elle. Est-ce que vous allez bien ?
— Je n'ai pas mal ! l'assura-t-elle. Mais quelle est cette chose ? Y a-t-il quelqu'un dedans ?
— C'est une voiture, ça sert à se déplacer sans devoir marcher... Il ne faut pas se mettre sur leur chemin, on peut en mourir ! Heureusement qu'elle n'allait pas trop vite ! »
Camille expliqua au groupe que les voitures pouvaient aller extrêmement vite et provoquaient plusieurs milliers de morts par an. Eric décréta qu'un moyen de transport ne servait à rien s'il était dangereux. Agnès fit une blague de mauvais goût sur les chevaux embourbés de la bataille d'Azincourt. Pour couper court à la discussion, Camille les mena devant le portail central de la cathédrale.
« Regardez bien le porche, indiqua Camille. Les statues au-dessus du portail. Ce sont des statues qui n'ont miraculeusement pas été détruites pendant, euh... la Révolution.
— Ben bravo, Charles, le railla Nok. Vous avez tout cassé avec tes potes !
— Je n'avais pas le temps de cogner dans de la pierre, protesta Charles. Je n'ai rien détruit, je le jure !
— On vous croit, ne vous inquiétez pas, le rassura Camille. Je pense que personne n'était violent, parmi nous. »
En entrant dans la cathédrale, plus personne n'osa parler. Une telle solennité se dégageait du lieu sacré que même Agnès ne trouva rien de sarcastique à dire. Camille les laissa se promener dans la nef et regarder les vitraux. B avait placé dans la cathédrale quelques touristes étrangement silencieux. En temps normal, on entendait des enfants crier ou des guides parler beaucoup trop fort.
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B
AdventureDouze hommes et femmes se réveillent dans une sorte de manoir dont les pièces changent selon le bon vouloir d'un maître des lieux capricieux, dont les objectifs ne semblent pas... limpides. Après quelques quiproquos, les nouveaux "...
