MAURICE
L'ennui teinté d'angoisse avait fait place à la colère. Eric avait demandé au maître des lieux l'autorisation d'obtenir son livre préféré pour passer le temps. Maurice s'était attendu à quelque chose de classe, mais il ne s'agissait que d'une histoire d'amourette et de chevalier. Pas très original. Eric lui avait affirmé que Lancelot ou le Chevalier de la charrette était un chef-d'œuvre, mais le scientifique n'avait pas voulu qu'il lui raconte toute l'histoire à voix haute. On ne me fait pas la lecture comme à un enfant, merci bien !
À la place, Maurice s'était enfermé dans ses pensées et récitait mentalement toutes les étapes de création de son rotor. Mais au fur et à mesure, les minutes défilaient et sa frustration augmentait. Il en avait assez d'être pris pour un imbécile. Eric, de son côté, tournait les pages de son imposant manuscrit avec un peu trop de brusquerie.
« Veuillez m'excuser pour l'attente, déclara soudain le maître des lieux. Vous allez rejoindre vos amis, à présent.
— Enfin ! s'exclama Eric en lâchant son livre. Je commençais à avoir faim. »
Maurice éclata de rire. Ils avaient beau être dans un sacré pétrin, le chevalier était affreusement sympathique et le mettait de bonne humeur.
« Vous aurez l'occasion de déguster une soupe à l'oignon.
— Ah, parbleu, j'ai hâte ! se délecta Eric.
— Moi aussi, admit Maurice. J'ai toujours eu un faible pour la soupe en général. »
Sans prévenir, le maître des lieux les fit changer de pièce. Les murs devinrent noirs et furent remplacés par une immense salle médiévale. Les autres étaient déjà là – ou presque.
« En voilà encore deux ! s'écria Camille en se détournant de Julius et Lemnos.
— C'est... surprenant, comme endroit. » commenta Maurice avant de bâiller sans pouvoir se retenir.
Maintenant qu'il se trouvait dans un endroit plus rassurant, avec une bonne odeur de soupe à l'oignon, il prenait conscience de son niveau de fatigue. Il s'assit sur l'un des bancs, près du révolutionnaire qui semblait complètement éteint. Ça ne s'arrange pas, lui.
Dès qu'il fut bien installé, Maurice s'étira longuement en soupirant d'aise. Rester devant une paillasse était une chose, courir partout et devoir retenir l'histoire personnelle d'inconnus en était une autre. C'est vraiment plus de mon âge !
Après quelques minutes à écouter Camille discuter en grec ancien avec Julius et Lemnos, Maurice se tourna vers Nok. Ce jeune homme était le plus sain d'esprit et digne de confiance. Je pensais à Philémon à la base, mais il est un peu fébrile ce garçon. On avait bien besoin de mécènes scientifiques... mais il ne lui apparaissait pas comme stable. Était-il traumatisé ou un peu dérangé ? Mon instinct est peut-être à la ramasse totale, mais il a l'air bizarre...
« Nok, c'est ça ? préféra-t-il vérifier.
— Oui ? Oh... Est-ce que ça va, Maurice ? lui demanda-t-il en souriant poliment.
— On fait aller. On a joué au cache-cache le plus nul de l'humanité et on a attendu une plombe sans rien faire, et vous deux ?
— Charles et moi, on était dans un musée. Chaque salle était dédiée à quelqu'un d'ici, mais on n'en a vu que deux. Je ne sais pas ce que ça donne pour les autres, par contre... Lemnos avait l'air de parler d'une salle d'illusions...
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B
AdventureDouze hommes et femmes se réveillent dans une sorte de manoir dont les pièces changent selon le bon vouloir d'un maître des lieux capricieux, dont les objectifs ne semblent pas... limpides. Après quelques quiproquos, les nouveaux "...
