57. Stanislas

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STANISLAS

Stanislas avait laissé brûler une crêpe, tout obnubilé qu'il était par sa journée à venir. Il avait un très mauvais pressentiment. À chaque fois qu'il avait repensé aux cuisines du château de son seigneur, une boule s'était formée dans son estomac. Il ne se souvenait pas de tous les détails, mais... Ses commis de cuisine silencieux, ses pas vers l'un des paniers en osier... ou bien était-ce un récipient métallique ? Tout cela était si loin, à présent. Depuis la disparition des fantômes qui lui avaient redonné partiellement la mémoire, Stanislas n'avait plus rien retrouvé de son passé.

Le cuisinier nettoya sa plaque, surpris d'avoir gâché de la nourriture. Je suis bien trop triste, ces derniers temps. Il ne va rien se passer d'affreux. B nous protège. Stanislas n'avait jamais cru en quoi que ce soit, mais le maître des lieux était une présence qui le rassurait.

« Alors, Stan, c'est le grand jour ? »

Il se retourna et fit face à Agnès, qui n'avait pas été très bavarde avec lui ces derniers jours.

« Oui, mais j'ai fait brûler une crêpe..., se désola-t-il.

— C'est pas très grave, tout ça. Tu vas voir, les filles ont essayé de s'habiller comme des princesses du Moyen-Âge, tu vas leur baver dessus !

— Vraiment ? Je ne sais pas comment sont habillées les femmes de mon époque, pour être honnête... Je ne sortais des cuisines qu'une fois le repas terminé.

— Je sais pas pourquoi, mon gros, mais ça ne m'étonne même pas. Eh bah les nobles de ton époque s'habillaient comme moi, tu vois ? J'ai fait un effort pour coller avec ton onzième siècle paumé, et toi tu me parles de tes crêpes ! »

Stanislas prit la peine de regarder la tenue d'Agnès, intrigué. Elle portait une robe rouge interminable avec des manches immenses.

« Pardonne-moi, Agnès, je n'avais pas vu ! C'est une robe magnifique. Elle me fait penser aux fraises mûres que Julius voulait mettre dans une tarte. Je ne connaissais même pas ce fruit !

— Stan, sans blague, si la terre était comestible tu la boufferais sans hésiter.

— J'ai essayé, mais le goût était désagréable.

— Ah parce que tu l'as fait, en plus ! s'exclama Agnès en éclatant de rire. Tu t'es pris pour une tortue ? T'as aussi mangé des cailloux, comme les chèvres ? Tu sais, Stan, je crois qu'on a été enfermés ici parce qu'on est tous des boulets. Je vois pas d'autre explication. »

Stanislas ne voyait pas le lien entre l'armement et lui, mais il avait entendu Agnès utiliser cette expression plusieurs fois. Elle pense que nous sommes tous des imbéciles sans talent. Peut-être étaient-ils rassemblés ici pour développer leurs talents respectifs ? Dans ce cas, Stanislas faisait exactement ce qu'il fallait faire : il devenait de plus en plus savant et doué en cuisine. Après avoir fait quelques crêpes supplémentaires pour oublier son accident culinaire, il les posa dans un grand plat sur la table.

« Bon appétit ! Je pensais que vous aimeriez manger des crêpes dès le matin. J'espère que ce n'était pas une mauvaise idée...

— Pas du tout ! dit Agnès. Par contre, tu parles tout seul. Lève le nez. »

Stanislas s'aperçut que les autres n'étaient toujours pas arrivés et qu'il s'adressait à une table vide. Encore une fois, j'étais peut-être un peu trop dans mon monde... C'était à nouveau quelque chose qu'il avait entendu de la bouche d'Agnès – il était dans son monde. Un monde rempli de nourriture et parfois de quelques personnes qu'il voyait à peine. Il s'attabla pour attendre ses amis, espérant que ses crêpes ne refroidiraient pas. Lorsqu'il les vit enfin arriver, il ne put s'empêcher de leur adresser un sourire jovial. Toutes les femmes portaient des robes similaires à celle d'Agnès, et les hommes étaient habillés comme lui. Au bonnet près.

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