STANISLAS
Ils ne savaient pas où ils avaient atterri, mais la pièce décorée de tableaux était monumentale. En dépit de sa faible capacité à penser à autre chose que la cuisine, la curiosité de Stanislas était attisée par les portraits. Stanislas, Agnès et Julius étaient plantés au milieu de la pièce pavée du sol au plafond de marbre blanc, ne sachant par quoi commencer.
« On devrait tout regarder, bon plan ça. » déclara Agnès en resserrant sa blouse blanche.
Julius – Cornelius Glorius, si je me souviens bien – allait et venait entre le cuisinier et la jeune femme, terrorisé. Il piaillait en latin depuis quelques minutes, paraissant oublier que personne ne le comprenait, et remettait sans cesse sa toge en place.
« Ce mec est un Romain, dit Agnès en faisant mine de l'ignorer. Même s'il parlait français, on pigerait rien, il aurait un accent pas possible et il nous ferait des déclinaisons de je sais pas quoi. C'est pas notre monde à nous, Stan.
— Mais... pouvons-nous affirmer que nous venons du même monde, compte tenu du millénaire plus quelques siècles qui nous séparent ?
— C'est pas crétin ce que tu dis, Stan, mais franchement regarde-le. »
Stanislas jeta un coup d'œil au Romain qui faisait la moue en époussetant sa toge immaculée.
« C'est vrai que..., hésita le cuisinier en se tournant vers Agnès.
— Ce gars vit comme un roi ! Je l'imagine bien en train de se goinfrer de raisin sur leurs divans là, ces machins où ils mangeaient allongés, tu sais ? Bon, ceci dit, toi aussi je te vois bien te goinfrer de n'importe quoi sauf de patates et de soda, c'est clair, mais t'as pas l'air aussi empoté que ce mec. Ok, t'es absolument énorme et tout plein de gras, mais t'as vécu au Moyen-Âge ! T'étais pas chez les richous de service, tu vois le truc.
— Et vous, Agnès ?
— Oh, me mets pas de vous, Stan, tutoie-moi et j'arrête de te prendre pour un traître, c'est promis, dit-elle avec un mouvement de la main. J'ai pas vécu très dignement non plus, en fait.
— Est-ce que v... tu pourrais m'en dire plus ? Est-ce qu'on y mangeait bien ?
— T'as vraiment des questions à la con, mon gros Stan ! s'emporta-t-elle avec véhémence. Je te le dirai pas. Peut-être qu'un jour j'aurai envie, mais là non. »
Stanislas se mordit la lèvre et Agnès murmura :
« Non vraiment, c'est pas contre toi. Mais ça mettrait une sale ambiance. Fin de la discussion. »
Elle forma une croix avec ses bras et lui tourna le dos, s'intéressant maintenant aux tableaux. Le cuisinier haussa les épaules, vaincu et perplexe. Je ne sais toujours rien d'elle, même pas son nom de famille. À la réflexion, il ne connaissait même pas le sien ! Stanislas... Stanislas rien. Bon, ce n'est pas si grave pour celui d'Agnès, tout compte fait. Il fit signe à Julius de les suivre et l'homme rechigna, effrayé. Le cuisinier secoua la tête de dépit et inspecta les tableaux les uns après les autres.
« Vise un peu ! s'exclama Agnès, extatique. C'est moi ! »
Stanislas se précipita vers elle en trottinant sur ses courtes pattes. Son épée frappait à rythme régulier sa cuisse droite. Je ne sais toujours pas quoi faire de cette chose. Agnès lui montra du doigt un tableau monumental représentant une jeune femme en blouse blanche, aux cheveux bruns regroupés en chignon et aux yeux verts rieurs.
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B
AdventureDouze hommes et femmes se réveillent dans une sorte de manoir dont les pièces changent selon le bon vouloir d'un maître des lieux capricieux, dont les objectifs ne semblent pas... limpides. Après quelques quiproquos, les nouveaux "...
