Chapitre XXII : Réflexion

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Arlette, après s'être réconciliée avec ses parents, s'était sentie beaucoup mieux.

Jusqu'à en oublier le fait qu'il lui restait à regagner l'estime de ses amis.

Le jour de la rentrée était arrivé, et Arlette avait espéré que ses amis, qu'elle n'avait pas revus depuis la fameuse fête, avaient fait l'impasse sur tout ce qu'elle avait dit ou fait lors de cette soirée.

Malheureusement, elle avait tort.

Ce matin-là, en arrivant au lycée, elle chercha dans la cours son groupe. Alice et Eiko discutaient, assises sur le rebord d'une fenêtre, mais, quand elle l'aperçurent, à une vingtaine de mètres, l'une rougit, l'autre pâlit, et les deux adolescentes se levèrent avant de disparaître dans la foule, évitant soigneusement la jeune fille.

Celle-ci se sentit aussitôt comme glacée. A l'évidence, Sabrya n'avait pas pu garder ce secret pour elle. Si Alice et Eiko étaient au courant, alors Flore et Carmina l'étaient aussi. Mathis et Dorian peut-être également, mais, de toute façon, si les autres l'évitaient, alors ils suivraient. Ne pas savoir dans quelle proportion son secret avait été répandu la rendait malade.

Elle rejoignit le couloir, à l'étage, et eut le droit au même traitement de la part de Timothée et ses amis, qu'elle n'eut même pas le temps d'interpeller, tant ils avaient mis de zèle à l'éviter, sûrement à cause de la scène qu'elle avait faite à cette catastrophique soirée.

Elle se dirigea en soupirant vers la salle où elle avait cours. Il était encore tôt, et il n'y avait, dans la classe, que Charlie.

Charlie était une personnalité marginale. Il restait souvent seul, et personne ne savait vraiment s'il était une fille ou un garçon, ce qui avait fait de lui la cible de nombreuses moqueries. En classe, il était renfermé, lunatique, et se contentait de lancer des regards chargés d'éclairs de temps à autre aux professeurs qui l'appelaient Charlotte, son ancien prénom, apparemment.

Mais Charlie ne parlait jamais à personne, et restait muré dans son silence, alors elle s'installa deux rangs derrière, sans prêter attention à lui, et sortit ses affaires de Français, avant d'enfoncer ses écouteurs dans ses oreilles et de fermer les yeux.

Sur ses lèvres, les paroles se formaient. Amadis, de Lully.

Le vendredi précédent, dernier jour de la master-class, elle avait passé une demi-heure à en discuter avec Joseph. Il avait avoué être surpris qu'elle soit si passionnée par la musique ancienne. Elle connaissait cet opéra sur le bout des doigts, et il avait sourit face à l'enthousiasme avec lequel elle en parlait.

Elle avait été loin de se douter que l'éclat dans ses yeux avait soudainement fait tressaillir quelque chose en Joseph. Quelque chose qu'il n'avait pas réussi à nommer, mais bien présent.

Non, Arlette se contentait de songer à ces moments bénis qu'elle partageait avec lui. Celui à qui elle vouait des sentiments si honteux, si répréhensibles, mais qui bouillonnaient en elle.

Arlette, en le côtoyant, n'avait été menée à ne l'aimer que plus, et rien qu'en y pensant, elle ressentait une culpabilité qui la menait parfois aux larmes.

C'était cela. Ses sentiments lui faisaient entrevoir de la lumière dans chaque petite chose, et, quand elle était à proximité de l'objet de son amour, elle se sentait dans un état d'effervescence et de bonheur intense. Chacun de ses sourires rayonnait, chaque note qu'il jouait raisonnait en elle.

Et, quand elle s'éloignait, elle n'était plus que culpabilité et dégoût d'elle-même. Elle sentait l'ombre dévastatrice de son anomalie l'envahir. Et elle pleurait, elle pleurait car elle savait qu'elle ne pourrait jamais rester que dans cet amour contemplatif et désespéré, à sens unique, méditant sur sa bizarrerie.

Joseph lui avait, avant de lui dire au revoir, annoncé qu'ils allaient continuer de travailler ensemble. En effet, elle avait été choisie pour faire un duo avec lui, lors du concert le plus important qu'elle ai jamais chanté. C'était une chance, et elle avait été envahie par un mélange d'excitation, d'appréhension et de joie quand il lui avait annoncé cette nouvelle. Elle avait indéniablement été soulagée, car elle s'était tant habituée à sa présence qu'elle avait peur rien qu'en pensant qu'elle redeviendrait pour lui une simple adolescente anonyme, invisible, perdue dans la foule.

Mais aujourd'hui, elle se demandait si être amenée à avoir une plus grande proximité, dans leur travail, était réellement une bonne chose.

Arlette se perdit dans la musique. Elle ne voulait plus penser à rien, juste s'évader à travers les notes.

*°*°*

Après le cours de Biologie, Arlette s'était levée et avait machinalement jeté pèle-mêle ses cahiers au fond de son sac. Elle se sentait triste et, au fond d'elle-même, déçue. Elle aurait pensé Sabrya plus digne de confiance, et elle avait cru que ses amis l'auraient acceptée comme elle était.

Elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même en sortant dans le couloir, se disant que cela devait être que son étrangeté était telle que toute personne sensée lui tournait le dos.

Une voix l'interrompit dans sa réflexion :

- Arlette !

Elle se tourna brusquement, et eut un pâle sourire en voyant Cassandre s'approcher d'elle.

- Bah alors, ma grande, ça va ? demanda-t-elle en entourant les épaules de la jeune fille d'un bras.

- Oui, soupira l'adolescente, tout le monde m'évite, mais oui.

Cassie affecta une moue indifférente :

- Laisses faire. Sabrya ne devrait pas se comporter comme cela, quoi qu'il y ait eu. Toi, tu ne devrais pas rester toute seule. Viens manger avec nous ! Tu vas voir, mes amis vont te plaire.

Arlette hésita un instant, puis hocha la tête. Elle n'avait pas envie de passer les deux heures de pause seule. Cassandre eut un sourire réjoui, puis l'entraîna à sa suite.

Les deux jeunes filles s'éloignèrent.

*Je. Suis. De. RETOUR !

Et voilà, après quelques semaines d'inactivité, je reviens. Je suis contente de republier, mais je dois vous annoncer qu'avec la reprise des concerts et le brevet, je vais ENCORE devoir faire une pause. Ces derniers temps, j'ai été overbookée et j'ai eu beaucoup de mal à écrire ( surtout que j'étais allée au bout de mes chapitres d'avance...).

Bref, je ne crois pas pouvoir republier avant début Juillet ( d'ailleurs, je recommencerais à publier, à ce moment-là, la réécriture d'Allegro con Anima ). J'en suis désolée, mais je ne pense vraiment pas avoir le temps d'écrire. Répétitions et concerts de musique ancienne la semaine de révisions, et concert d'Orgue le jour du brevet : je vais mourir.

Mais l'histoire continue ! Je vous dis à bientôt, et compte sur vos retours !

Pour fêter ce chapitre solitaire au milieu d'un océan de travail en retard, voici quelques questions :

- Que pensez-vous de l'état d'esprit d'Arlette ?

- Des réactions de ses amis ?

- Le secret va-t-il s'arrêter là, ou être répandu au lycée comme à S.F ?

- Que pensez-vous de l'évolution de Joseph ?

- Est-ce vraiment une bonne chose qu'ils doivent travailler ensemble ?

Je vous laisse, je dois ré.vi.ser. ( ce mot fait mal ). Je vous remercie de m'avoir lue et espère que la lecture de mes écrits vous aide à vous divertir, vous évader, j'ai hâte de lire vos retours et théories !

Allez, à la prochaine, et bonne fin d'année / bonnes vacances !*

Jeanne Flamingo








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