Arlette, Gabrielle, Auguste et Alexandre Flavigny. Sabrya Arezki, Charlie Bertin et Timothée Le Marrec. Et enfin, Joseph von Silbervolgen.
Tous étaient réunis dans le salon des Flavigny, des tasses fumantes en main, et prêts à écouter le récit, et à y apporter les détails manquants.
Arlette n'avait pas jeté un regard aux nouveaux arrivants, trop concentrée sur ce qu'elle allait dire, histoire de se créer une contenance.
Elle sortit de ses pensées lorsqu'elle sentit quelqu'un s'asseoir à côté d'elle. La jeune fille tourna la tête, surprise, et sentit son coeur s'accélérer.
Joseph était là. Il eut un sourire rassurant, mais il semblait lui-même quelque peu préoccupé.
Ce qu'il faisait pour elle n'avait pas de prix. Sa présence à ses côtés, comme toujours, lui insuffla une grande force.
Tout le monde était arrivé. Chacun se jaugeait : ils avaient tous, ou presque, déjà entendu parler les uns des autres, mais certains ne se connaissaient pas du tout. Arlette était le lien entre tous.
Elle lança quelques "Bonjour !", un peu tremblante, tandis que les invités s'installaient autour de la table.
Puis, petit-à-petit, le silence se fit, et Arlette se sentit devenir fébrile, malgré les regards doux de Joseph. Elle tentait d'ignorer sa tristesse, son angoisse, ses doutes : il fallait parler. Alors, après avoir hoché la tête en réponse à la question muette que traduisait son regard, elle s'éclaircit la gorge et se leva.
Le regard des huit personnes présentes se fixa sur elle.
Cela allait être douloureux, intense. Mais il le fallait, elle voulait la liberté, et la présence de Joseph, derrière elle, lui donna le courage nécessaire pour entamer :
- Bonjour, et merci d'avoir accepté de venir. Comme vous le savez tous, j'ai... - sa voix, à cet instant, se brisa légèrement, mais elle ravala ses émotions pour continuer - j'ai fais une tentative de suicide, il y a quelques temps. J'ai eu tort, je le sais. Ce qu'il m'est arrivé est grave, et vous méritez de savoir.
La jeune fille fit une pause, et jeta un regard dans la direction du violoncelliste. La lueur encourageante au fond de son regard mélancolique la poussa à continuer, la voix plus assurée. Pour lui, comme pour elle.
- Aujourd'hui, j'ai... j'ai besoin de parler. Vous êtes tous plus ou moins au courant, dans une moindre mesure, mais je vais... je vais tout vous raconter.
*°*°*
Arlette avait raconté. Pendant presque deux heures, chacun avait ajouté sa version. On avait raconté l'incident de la photographie. Arlette, confuse, avait expliqué qu'une photo avait été prise d'elle puis publiée, avec des insultes, puis ce qu'il s'était passé avec Andreas et sa bande et les autre élèves du lycée. Puis, face aux circonstances, le rapprochement d'Arlette, Sabrya, Charlie. Joseph détailla ce qu'il avait remarqué. Arlette tenta d'expliquer que toutes ces souffrances étaient du fait du harcèlement, passant sous silence la nature des sentiments qu'elle nourrissait envers le violoncelliste.
Chacun fit son mea culpa. Gabrielle avait les larmes aux yeux, Auguste serait les poings, son expression s'assombrissant au fur-et-à-mesure qu'il écoutait le récit du calvaire d'Arlette.
Celle-ci pleura, beaucoup. Chacun fut assailli par l'émotion.
Car la réunion avait des allures de procès, mais aucun des accusés n'était présent.
Au bout des deux heures, Arlette, en larme, avait remercié d'une voix faible les personnes présentes. Ses amis, comprenant son besoin d'être seule, lui offrirent de rapides étreintes, des mots de réconfort.
Auguste était sorti en toute hâte, furieux, pour appeler le lycée. Il était temps. D'après son expression, Arlette savait qu'elle n'y remettrait jamais les pieds, et son soulagement égala soudain sa souffrance des deux heures. Alex, lui, lui avait promis qu'il viendrait bientôt avec sa compagne. Voir son frère et sa belle soeur prochainement donnait à Arlette de nouveaux projets, et un nouvel espoir en ce qui concernait son neveu ou sa nièce à naître.
Tandis que Gabrielle raccompagnait leurs hôtes à la sortie, Arlette resta seule au salon avec Joseph. Elle ne se sentait pas heureuse, mais... légère. Triste. Mais libérée. Se pardonner et oublier serait long. Mais peut-être que finalement, c'était possible.
- Arlette ? Tout va bien ? demanda Joseph, la voix douce.
Elle hocha la tête, avant de se rapprocher avec prudence de lui sur le sofa, évitant son regard surpris. Elle leva les yeux vers lui, et trouva la force de lui sourire, se perdant dans ses prunelles. Ses yeux bleus laissaient transparaître son soulagement.
Ils étaient si proches qu'ils auraient presque pu s'enlacer à nouveau. Mais, ici, ce serait pure folie.
Alors, ils se contentèrent de se perdre dans le regard de l'autre, laissant leur fascination mutuelle s'exercer.
Arlette, au bout d'un moment, rougit et baissa le regard, et Joseph se reprit, se blâmant intérieurement.
Voyons, Joseph, que fais-tu ?! Tu es en train de la regarder dans le blanc des yeux chez ses parents !
Elle se tourna à nouveau vers lui, et cette fois, elle avait l'air apaisée.
- Merci. fit-elle simplement. Mais la profondeur de ce qu'elle ressentait se lisait dans ses beaux yeux flamboyants.
Joseph sourit, et avança une main, pour la poser sur la sienne. Ce simple contact leur fit à tout deux l'effet d'une décharge électrique, mais ils restèrent main dans la main, partageant leur apaisement.
Après tout, la vie était belle.
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- Dissimilarity -
Romance{ HISTOIRE TERMINÉE } Arlette, jeune passionnée de musique d'à peine dix-sept ans, vit la tête pleine de rêves, et comme dans toutes les histoires d'adolescents, elle est amoureuse ; rien de très étonnant. Si l'on oublie le fait que cet amour soit d...
