Chapitre LXXIII : Applaudissements

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Sous les tonnerres d'applaudissement qui marquaient la fin du spectacle, l'ensemble des musiciens s'inclinèrent à la suite de Valdor , le choeur et l'orchestre compris : Puis le chef seul, le ténor Thomas Lefebvre, les autres solistes chanteurs et instrumentistes, chacun leur tour, et enfin, Joseph. 

Les yeux humides, Arlette vit sa longue silhouette se pencher en avant, puis se redresser, et les applaudissements redoublèrent. 

Joseph se tourna au milieu de la cohue, et son regard se fixa sur elle, la faisant tressaillir de joie. 

A sa grande surprise, il lui fit signe de s'avancer, et elle s'exécuta mécaniquement, encore perdue dans la musique. 

Une fois qu'elle arriva à sa hauteur, sans qu'il ne la quitte du regard, il lui tendit une main ferme qu'elle prit sans hésiter pour s'avancer avec lui, et ils saluèrent ensemble. 

La sensation de leurs peaux en contact était si merveilleuse qu'ils furent tout deux presque soulagés lorsque leurs collègues solistes s'avancèrent et que chacun se prit la main pour saluer ensemble, leur donnant l'occasion de prolonger cet innocent contact. 

Le bonheur faisait briller les yeux d'Arlette, et son regard glissa sur la salle. Partout, on entendait des "Bravo !" résonner, au milieu du tonnerre d'applaudissements. 

A cet instant, elle ne sut pas vraiment pourquoi, mais elle revint brusquement à la réalité. Les gens l'avaient écoutée, comprise. Elle avait chanté devant eux, de toute son âme, avec un orchestre, un choeur, et Joseph. 

Elle sentit pour la première fois depuis longtemps un sentiment d'une grande puissance l'envahir, si bien qu'elle ne sut pas le reconnaître tout de suite. 

Quand Joseph se tourna vers la jeune chanteuse, il lut dans ses yeux, pour la toute première fois, de la fierté.

Elle se tourna vers lui, un immense sourire aux lèvres, et sa prise sur sa main se resserra. 

Leurs regard s'accrochèrent.

Et là, ce fut comme si le public et les autres musiciens avaient disparu, emportés par la tornade de sentiments. Rien n'aurait pu être plus beau que ce regard, qui aurait pu être leur première déclaration d'amour mutuelle et sereine. 

En était-ce une ? Non, où en tout cas, ça ne pouvait pas l'être. Mais ça y ressemblait tant qu'Arlette sentit son coeur s'envoler, se délestant du poids de la honte et de l'amertume. 

Il lui faudrait encore du temps pour cicatriser complètement. Mais ce soir-là, grâce à lui, mais surtout à elle-même, la plaie s'était refermée. 

Elle l'aimait, passionnément. Et elle s'aimait enfin elle-même.

Joseph faisait pour sa part le même constat, et pour une fois, il lâcha prise et permit à son visage d'exprimer toute son affection pour elle, elle qui l'avait libéré. 

Et Arlette eut le vertige, tant l'amour qu'elle lisait sans filtre dans ses yeux bleus était profond, comme la réponse naturelle à ses propres sentiments.

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