- Je suis navrée, vraiment navrée... Je dois absolument accompagner cette audition... Les primaires, voyez-vous...
Ses mains tapotant nerveusement le couvercle du piano, Alison se confondait en excuses.
- Allons, ne vous inquiétez pas, les confusions d'emploi du temps peuvent arriver, la rassura le violoncelliste.
- Merci beaucoup, s'exclama-t-elle avec empressement, l'air sincèrement navré, avant d'attraper son sac à main et de sortir au pas de course, laissant les deux autres musiciens seuls dans le studio.
La porte claqua derrière la pianiste, et Joseph se tourna vers Arlette, qui arborait un air méditatif.
- Nous pouvons arrêter, si tu es trop fatiguée. Nous travaillons depuis presque trois heures ...
- Non, non, répondit-elle d'un ton assez vif, bien au contraire !
La jeune fille rouvrit sa partition et la posa d'un geste sec sur son pupitre, comme pour lui prouver qu'elle pouvait continuer.
Le musicien ne put s'empêcher de la regarder avec un mélange d'étonnement et d'amusement. Son enthousiasme était rare, et elle semblait réellement s'immerger dans son travail, au point qu'il ne put y mettre fin.
Il oubliait sans doute aussi de s'avouer à lui-même qu'il y prenait un plaisir insoupçonné.
Joseph se leva, posa son violoncelle et s'assit au piano.
- Je vais t'aider à améliorer certains passages, déclara-t-il, résolu.
Alors il joua, et Arlette chanta.
Et encore une fois, c'était comme si le temps s'arrêtait. Une heure de travail sembla être une minute.
- C'est vraiment bien, dit Joseph à la fin du deuxième morceau, mais s'il-te-plait, sois plus assurée. Le violoncelle, le piano, quels que soient les instruments, ils sont là pour t'accompagner. Tu n'as pas à les attendre, tu peux laisser libre cours à ta créativité. Tu comprends ce que je veux dire ?
Elle acquiesça, plongeant son regard plus flamboyant que jamais dans le sien, et il sentit à nouveau ses entrailles se nouer.
- Oui, murmura-t-elle d'un ton rêveur, puis détournant vivement les yeux, gênée.
Joseph tenta de se concentrer, et fit quelques accords avant d'enchaîner quelques mesures d'accompagnement, tentant d'ignorer la sensation d'engourdissement qui gagnait ses mains.
Il entendit Arlette inspirer, bruit léger qui le déstabilisa étrangement. Puis une vive douleur se répandit dans ses doigts, tandis que sa paume écrasait les touches dans une infernale dissonance.
- Autsch ! échappa-t-il, d'une voix sourde.
- Tout va bien ? demanda Arlette d'un ton inquiet, juste derrière son épaule, ce qui le fit sursauter. Il se tourna vers elle et porta la main à son poignet, dans le but de la rassurer, mais la douleur le fit grimacer lorsqu'il bougea la main.
Arlette se rapprocha de lui, et, à sa plus grande surprise, s'accroupit à ses côtés.
- Vous permettez ? demanda-t-elle, résolue.
- Je...
La jeune fille n'attendit même pas sa réponse et attrapa son poignet qu'elle tira vers elle pour inspecter sa main.
Elle parcouru la large paume calleuse de ses doigts frais, un plis concentré apparaissant sur son front, et releva les yeux vers lui.
- Une crampe musculaire. Je crois que vous en avez trop fait... Vous feriez mieux de reposer ces muscles, ou vous risquez une tendinite ou même une déchirure. Puis-je ?
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- Dissimilarity -
Romance{ HISTOIRE TERMINÉE } Arlette, jeune passionnée de musique d'à peine dix-sept ans, vit la tête pleine de rêves, et comme dans toutes les histoires d'adolescents, elle est amoureuse ; rien de très étonnant. Si l'on oublie le fait que cet amour soit d...
