CHAPITRE 95

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Ce n’est pas parce qu’on écrit sur le désordre qu’on ne sait pas où on va.

_ Cathïde





Je suis assise, en salle d’examen.

Et non, je ne suis pas morte, je ne me suis pas évanouie, je n’ai pas chié sur moi. Je n’ai pas fondu en larmes, ni même tremblé comme un rat de laboratoire.

Je suis là.

Stable.

Entière.

Et même plus,n suis en train de réussir.

L’épreuve a commencé depuis quarante-deux minutes. Je le sais parce que l’horloge en face de moi a un tic-tac aussi violent qu’un coup de ceinture dans le dos.

Mais malgré ce bruit, malgré la sueur des autres, malgré les feuilles qui froissent et les stylos qui grattent,
moi, je suis en avance.

Oui, t’as bien entendu. En avance.

Je lis les questions, et mon cerveau répond avant que je termine la phrase.

Comme si toutes les nuits blanches, les fous rires hystériques, les breakdowns silencieux et les chansons débiles de la veille avaient préparé un truc en moi. Un mécanisme. Un instinct de survie en version Bac.

Je trace ma dissertation avec des phrases qui claquent, des transitions fluides, des arguments propres.
Et le plus fou, c’est que je m’en rends compte.

Je m’écoute écrire.
Et c’est beau.

Les métropoles concentrent les fonctions de commandement dans un espace hiérarchisé…

Le soft power américain après 1945 s’inscrit dans une logique de domination culturelle…

Putain, j’entends mes profs applaudir dans ma tête.

Mais plus encore, j’entends moi. La vraie. Pas la Cathïde timide qu’on prend pour la prude intello. Pas la Cathïde délurée qui s’invente des orgasmes pour des regards volés. Pas la Cathïde amoureuse de l’inaccessible.

Non.

Juste moi.

Fière.

Concentrée.

Présente.

Et entre deux lignes de conclusion, je lève un peu la tête, je regarde les autres. Les têtes penchées. Les fronts qui brillent. Les lèvres qui murmurent sans bruit.

Et je souris, non pas pour me moquer. Pas pour frimer. Mais parce que j’ai survécu.

À mes doutes.

À mes obsessions.

À ma solitude.

À Stallone.

À Divanos.

À moi-même.

Je repose mon stylo un instant.
Je ferme les yeux. Et je m’entends penser une phrase douce, rare, inattendue,

T’as géré, Cathïde. Et personne ne pourra jamais t’enlever ça.




































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