CHAPITRE 92

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Être une vierge obsédée, c’est vivre une sexualité invisible, mais bruyante






Les pages restent ouvertes, les formules sont là. Bien écrites. En violet, en stabilo. Mes fiches sont classées, la lumière est bonne, et tout autour de moi, le monde s’applique à me pousser à réussir.

Mais à l’intérieur, c’est foutu.
Mon cerveau fuit. Il glisse. Il transpire de partout sauf par les bonnes cases.

Moins d’une semaine avant le bac, et moi, j’ai envie de dormir, de me toucher, de me barrer, de tout, sauf de retenir la différence entre une anaphore et une épiphore.

Je suis là, stylo en main, cahier grand ouvert, et je me noie dans mes propres pensées. Mes pensées de merde.

Un coup je pense à Ulrich. Et je me demande s’il sait seulement que j’existe encore.

Puis David. Le pauvre David, qui voulait m’aimer alors que je n’étais qu’un champ de ruines sexuel.

Ensuite Bobo; e revois sa main, ses doigts sans technique, ses rires de kéké, et j’ai envie de me gifler.

Et Divanos.

Putain, Divanos.
Pourquoi faut-il qu’il m’apparaisse même entre deux formules de chimie ?

J’essaye de réviser les réactions d’oxydoréduction et j’imagine sa bouche sur ma nuque. Je lis une date de la Révolution française et c’est sa main sur ma culotte que je vois.

Mon cahier devient un film porno soft. Je surligne un titre, je pense à une braguette ouverte.

Je relis un cours sur les types de mémoire, et je me dis que la mienne est saturée de scènes que j’ai jamais vécues mais que je rejoue en boucle.
Je suis une vierge pleine d’orgasmes fantômes.

Je baisse la tête sur mes feuilles, mes yeux passent sur les lignes, mais rien ne s’imprime. Je retiens que dalle.
Rien.

Et quelque part, une voix en moi chuchote :

« Et si t’échouais ? Juste pour voir. Juste pour tout arrêter. »

Je ferme les yeux, je pense à la honte.
À l’échec.

À ce que ça ferait de redoubler. Et bizarrement… j’ai pas peur.

Je suis même presque curieuse. Parce que la vérité, c’est que je ne veux pas réussir comme ça. Je veux réussir salement.

Avec mes névroses, avec mes pulsions, avec mes trous de mémoire et mes doigts entre les cuisses. Pas en devenant cette étudiante modèle, lisse et morte de l’intérieur.

Je rouvre mes yeux. Je me remets à écrire. Lentement. Une phrase. Puis une autre. Mais ça flotte. Tout flotte.

J’ai envie de pleurer, mais mes larmes sont coincées derrière une ironie trop bien dressée.

Alors je souris, encore une fois. Un sourire triste, cassé, un peu hystérique.

Cathïde. 17 ans. Future diplômée en masturbation cérébrale.

Et si je tenais un journal ?

La merde.

Rien que de l’écrire, j’ai envie de me foutre une claque.

Je suis pas ce genre de fille. Pas le genre à "retranscrire mes émotions", à mettre des petits cœurs dans les marges, à écrire "Cher journal" comme si j’avais huit ans et un serre-tête.

Mais si je le faisais…Mon dieu. Il serait interdit aux moins de 21 ans. Et encore. Même les majeurs auraient des palpitations. Ce serait pas un journal intime, ce serait un extrait d'autopsie mentale.

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