CHAPITRE 91

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Il m’arrive de coucher avec un corps pendant que mon cœur fait l’amour à un autre










Est-ce que vous croyez que la virginité, c’est sacré ? Une couronne invisible qu’on porte entre les jambes comme un diadème de pureté ?

Un truc qu’on offre, un soir parfait, à la bonne personne, sur des draps propres, dans une ambiance douce et consentante, avec des bougies IKEA et une playlist Spotify spéciale "première fois" ?

Est-ce que vous pensez que ça se perd comme une boucle d’oreille dans un vestiaire ? Que c’est une preuve d’amour ? Une étape vers la maturité ? Est-ce que vous croyez que les vierges sont sages, tendres, innocentes ?

Moi aussi, j’y ai cru. Avant.

Avant de découvrir que j’étais exactement l’inverse. Je suis vierge. Oui. Techniquement. Biologiquement.
Mais dans ma tête ? J’ai déjà tout fait. Et plus encore.

Je suis la preuve vivante qu’on peut être vierge et putain. Qu’on peut ne jamais avoir été pénétrée et pourtant fantasmer sur des bites imaginaires chaque nuit, chaque pause au lycée, chaque matin sous la douche. Qu’on peut jouir sans toucher. Qu’on peut aimer la violence sans l’avoir connue.
Qu’on peut supplier sans qu’on nous l’ait jamais demandé.

Ma virginité, c’est une blague. Un décor. Une façade. Un mensonge administratif accroché à ma chair, mais que mon esprit, lui, a déjà violé mille fois. Je suis propre sur papier, sale partout ailleurs.

Et ma tête est un bordel qu’aucun mec n’a encore su visiter jusqu’au bout. Mais certains ont essayé.

Je suis assise à la véranda, mon sac contre mes pieds, une jambe repliée sur la chaise en plastique. Le ciel est nuageux. Les élèves grouillent comme des fourmis qui ne savent pas qu’un pied va leur tomber dessus. Ils parlent fort, se frôlent, s'ignorent, se frôlent encore. Des rires, des éclats, des corps pressés. J’observe. Immobile. Comme un fantôme collé au monde sans y entrer.

Moi, je suis un peu pourrie de l’intérieur. Pas complètement. Mais assez pour sentir l’odeur. J’ai commencé à changer l’année de mon arrivée ici, dans ce lycée qui sent la vieille craie et les hormones mal digérées.

Avant, j’étais une fille douce. Une petite chose qu’on touche avec précaution. Aujourd’hui, je suis le genre de fille qu’on regarde, mais qu’on n’ose pas approcher. Ou alors juste pour essayer. Pour voir si je m’ouvre comme une fleur ou comme une plaie.

Je me demande souvent ce qui cloche chez moi.

Je crois que tout a commencé avec lui. Cinquième. Premier garçon qui a su me foutre les nerfs et le cœur en même temps.

Ulrich, c’est le premier à avoir allumé quelque chose. Je n’avais que des seins qui commençaient à pointer et déjà, j’avais envie qu’il me regarde avec ses yeux d’arrogant.

J’étais en chaleur rien qu’à sentir son parfum Axe bon marché. Il m’a jamais touchée. Mais il savait. Il sentait que j’étais celle qui aurait dit oui à n’importe quoi venant de lui.

J’aurais laissé sa langue glisser dans ma bouche pendant qu’il me parlait de ses paris en ligne. J’aurais frotté mes cuisses en silence contre son genou, à la cantine, sans même qu’il me demande.

Je n’étais qu’une enfant, mais j’étais prête à me donner. J’étais la proie offerte, le fruit qui se fait mûrir de l’intérieur par le désir.

Mais aujourd'hui, il est parti. Il a grandi. Moi, il est resté planté là, dans mon ventre, comme un pépin qui pourrit doucement.

David est venu après. Tout en douceur, tout en patience. Il voulait me protéger. Me caresser les cheveux, me tenir la main. Il était beau comme un dimanche calme.

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