Rentrer avec elle devient facilement une habitude, quand il est devenu hors de question de laisser les autres types de son lycée la regarder partir. Et ce soir ne fait pas exception à la règle. Parce que pour une raison qu'il ignore, Tsuchida, sa Koike, est devenue la cible de tous les regards. Et s'il ne comprend pas comment une fille qui passait jusque-là inaperçu peut attirer autant l'attention, il doit mettre un frein violent à sa possessivité dès qu'il pose le regard sur elle.
Il la rejoint, passant entre les autres élèves peu pressés, pour croiser son sourire au coin de l'immeuble, là où il a pris l'habitude de l'attendre, lorsque c'est lui qui sort en avance. Et bien que ça ne lui arrive presque jamais, l'adolescente est là, les yeux rivés sur lui, et l'air amoureux. Il en déduit facilement qu'elle a passé une bonne journée, ou qu'elle avait envie de le voir, ou peut-être un peu des deux.
Il l'attrape par la taille en ralentissant, sans s'arrêter, lui prend son sac à la volée, et elle le suit en levant les yeux au ciel, amusée.
Aomine sourit en retour, faisant mine de ne pas se préoccuper d'elle, mais suivant du coin de l'œil ses moindres pas. Il voit brusquement là où elle a changé. Elle a arrêté de courir le matin, mais son travail, mélangé à son club, et à sa vie de lycéenne n'a fait que lui faire perdre un peu de muscle. Et son sourire... elle sourit presque à chaque fois qu'ils sont ensemble, et c'est peut-être parce qu'elle s'épanouit petit à petit qu'elle illumine les autres de sa lumière.
D'un mouvement d'humeur jalouse, il lâche sa taille pour empoigner sa main.
- Il fallait vous intéresser à elle avant. Je suis le premier à l'avoir vue comme ça.
Le téléphone sonne de Tsuchida, et elle le sort avec un sourire pour Aomine, qui laisse sa main tranquille.
- Oh, fait-elle en regardant l'écran. C'est mon père.
Elle décroche sans avoir la moindre idée de ce que son père a à lui demander à une heure pareille alors qu'il est encore au travail.
- Oui, allô ?
- Bonjour. Je viens d'avoir ton lycée au téléphone. Ton école supérieure n'a pas reçu les derniers papiers que tu leur as envoyés. Ils veulent que tu leur envoie une nouvelle fois.
Elle est arrêtée au beau milieu de la rue, les lèvres sèches, et le cœur tambourinant. Elle a envie de pleurer.
- Tsuchida ?
Aomine s'est arrêté deux mètres plus loin et la regarde en fronçant les sourcils.
- Il sait. Il est au courant pour l'école.
- Imagine leur surprise, quand je leur ai dit que je ne savais pas de quelle école ils me parlaient. Enfin... surprise, pas tant que ça, apparemment, n'est-ce-pas ?
Tsuchida ne sait même pas si elle peut respirer quand le basketteur se rapproche d'elle à grandes enjambées pour attraper son visage livide.
- Hé, ça va ?
- Qui c'est, celui-là ? C'est lui qui t'a mis cette idée stupide en tête ? se fâche son père de l'autre côté du téléphone. Quand je vais rentrer, on va tirer cette histoire au clair, parce que je ne payerai pas un centime de cette école, tu m'entends ? Je ne te laisserais pas gâcher ta-
- Tu ne payeras rien, répond-elle d'une voix blanche. Et s'il le faut, tu ne me payeras plus jamais rien. Tu n'as pas la moindre idée d'à quel point j'ai travaillé pour-
- Je me fiche de ton soi-disant travail ! Tu avais promis que tu ne-
- Je ne te laisserais pas me pourrir la vie ! J'en n'ai rien à faire de ce que tu penses ou de ce que tu feras ! J'ai trouvé ma place dans cette école, et j'ai déjà réglé toutes les questions d'argent ! Laisse-moi tranquille, avec ça ! Et j'ai dit que tu ne m'entendrais plus, pas que j'arrêterais. Si tu avais fait des recherches, tu aurais vu que tous ceux qui sortent de cette école trouvent du travail, et tu aurais compris que je l'ai choisie parce que c'était la meilleure ! Mais tu n'en n'as rien à faire du fait que je ne veuille pas travailler dans un bureau.
- La musique n'est pas un métier !
- Si tu savais à quel point je suis douée tu ne dirais pas ça !!
C'est la première fois qu'il voit Tsuchida hors d'elle et terrifiée en même temps. Il n'a pas besoin qu'elle lui dise pour comprendre ce que lui, lui dit.
- J'ai gagné deux concours nationaux. Et j'ai été primée à d'autres occasions. Mais tu as raison, hurle derrière ton téléphone si c'est tout ce que tu sais faire.
Elle raccroche aussi sec et regarde son téléphone, la main tremblante. L'appareil se remet à sonner, et Aomine lui prend des mains, l'éteint, et le met dans sa poche à lui.
- Tu lui reparleras dans une heure, quand vous serez tous les deux calmés. Viens chez moi en attendant.
Il lui attrape doucement l'épaule, et glisse son bras jusqu'à l'autre.
Elle le suit sans un mot, encore troublée.
Ils passent la porte tous les deux, et quand la mère de l'adolescent la voit, elle s'inquiète tout autant :
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Elle s'est engue#*ée avec son père. Pour son école.
Elle la regarde passer devant elle avec un air contrit, et l'adolescente laisse on sac glisser de son épaule, en s'arrêtant devant le piano.
- Qu'est ce qui remonte le moral aux filles, maman ? lui demande-t-il.
Ils regardent tous les deux la jeune fille, qui se laisse tomber sur le tabouret, ouvrant le couvercle de l'instrument.
- Je ne sais pas... je vais faire du chocolat chaud et du thé, peut-être que ça aidera.
Elle s'apprête à prendre la bouilloire qui chauffait encore avant leur arrivée, quand son fils lui attrape le poignet pour l'en empêcher :
- Attends !
Tsuchida joue la première note et il frissonne violement. Sa mère se met à trembler, et il soupire de soulagement. Il ne manquait plus qu'elle se brûle en la lâchant. Aomine l'aide à s'asseoir, et fait pareil, les jambes en guimauve.
- Est-ce-que ça arrive souvent ?
- Nan. Mais je crois que je l'ai vu venir. Ses morceaux sont assez costauds, quand on n'a pas l'habitude. Je ne sais pas pour combien de temps elle en a, mais tu devrais être tranquille dans moins d'une demi-heure.
- Ah ?
L'adolescente frappe les touches malheureuses de l'instrument quatre heures durant.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
