Les étudiants défilent sur la salle avec scène qui a été réservée spécialement pour l'occasion. Ce qui était demandé pour valider la moitié de leur année, c'était de reprendre un morceau de musique, de le retravailler, et de le mettre en scène. La quantité d'artistes attendant leur tour pour une prestation orchestrée par les étudiants en section Composition est monstrueuse. Certains n'ont pas lésiné sur le prix qu'ils ont payé pour avoir des professionnels de talent.
Dans le cas de Tsuchida, elle a préféré les faire attendre dans le couloir, monopolisant les toilettes du premier étage pour en faire une loge. Et aucune des danseuses bénévoles ne s'en est plainte. Elles se maquillent, le bazar étalé sur les éviers industriels, et assises sur des tabourets pliants qu'elles ont apporté. L'organisation de leur venue a été difficile, mais tout s'est bien déroulé jusque là, des lumières d'étonnamment bonne qualité au dessus des miroirs, aux capes que les artistes ont apportées pour se couvrir le temps d'arriver en coulisses.
- Merci beaucoup, dit la musicienne en regardant le maquillage que l'on vient de lui poser.
Le petit orchestre qui jouera son morceau arrive quant à lui d'ici une minute, et elle part à leur recherche. Ils seront bien évidemment tous déjà habillés, et les étuis pourront rester dans les toilettes dont elle a même été chercher la clef.
- Le plus dur, ce sera d'emmener les instruments en bas, mais je pense qu'on aura assez de mains pour d'aider, leur avait-elle dit. Je vais moi-même filer un coup de main, ça ira. Pendant qu'ils transpireront tous dans les coulisses, on sera au frais à l'étage.
Le fait est qu'elle avait commencé par visiter la salle de représentation, en revenant. Et là, l'idée lui était venue. Personne n'en dira rien, et c'est une question d'organisation, de mettre en place ce genre de choses au moindre imprévu. Elle qui a déjà organisé des représentations avec Akutsu au lycée se sent comme avec un truc en plus, que les autres n'ont pas.
- Bonjour ! accueille-t-elle joyeusement le violoncelliste lorsqu'elle le voit.
Celui-ci lui fait un grand sourire, et les cinq autres musiciens lui font un signe, le temps de se rapprocher d'elle.
- Tsuchida-chan ! Ravis d'être là ! commence le pianiste. Je n'ai jamais pu mettre les pieds à Orugouru, avant aujourd'hui.
- Pas trop le trac ? demande-t-elle en riant.
- Et vous ? répond-il nerveusement.
Elle sourit une grimace :
- Si je vous le dit, je crois que je vais vous perturber. Alors, dites-vous juste que tout va très bien se passer. Je m'occupe du reste.
Elle lui fait un clin d'œil, et le petit groupe acquiesce avec confiance.
- Les filles sont déjà là, on passe dans une petite heure. Ça va aller avec vos instruments ?
Le fait qu'elle n'ait pas un rond pour les payer n'avait dérangé personne. Elle avait réglé la note autrement, en proposant au chef de l'établissement des partitions qu'elle avait retravaillé sur le même style que la représentation qu'ils donneront cette après-midi, sur la condition simple qu'elle ait possibilité d'embaucher le temps d'une journée ses talents, et que les morceaux ne soient joués qu'à partir du lendemain. Il fallait croire que refaire un spectacle gratuitement valait tous les moyens qui avaient mis en place. Et avec un peu de bénévolat de la part des artistes, les voilà de retour dans la grande pièce aux huit cabines et éviers en carrelage bleu pâle.
- Bonjour !
- Ah, vous êtes là ! sourit une autre, lorsqu'ils passent la porte.
C'est ce que Tsuchida avait aimé, en venant voir la troupe, la première fois, la cohésion et bonne entente entre eux.
- Je vais voir où on en est en salle, je reviens, dit-elle avant de s'éclipser rapidement.
Elle agrippe l'épaule de l'un des techniciens, et lui demande rapidement où en sont les représentations, jugeant celle qui se déroule sur scène en ce moment-même, les yeux et oreilles occupées à la double tâche qu'elle leur impose.
- D'ici vingt-sept minutes. Où est votre équipe ?
- Je la fait attendre dehors, c'est trop plein, ici. Les artistes ne sortent pas, après leurs représentations ?
- Le problème, c'est que la plupart se préparent carrément ici, soupire le technicien en remontant ses lunettes, gêné par les reflets des lumières multicolores de la partie en cours.
- Super, répond-elle en lui tapotant l'épaule. Bon courage à vous. Vous n'avez pas le droit de leur demander d'aller ailleurs ?
- Toutes les loges sont prises. Vous êtes où, vous ? Ils refusent d'aller dans le couloir.
- Toilettes, les miens sont moins regardants. Et les allées et venues seraient ennuyeuses pour ceux qui écoutent, poursuit-elle. On n'a pas le choix, il faut les faire sortir, dit-elle en regardant un autre groupe enter. On se marche dessus. Il va y avoir un accident, et personne ne passe dans de bonnes conditions. Vous savez qui est déjà passé ?
Il avise sa montre, le programme, et pointe rapidement deux ou trois personnes.
- Mais j'ai déjà essayé, et ils ne veulent pas.
- Faites votre travail, je vais vous aider, j'en ai pour une minute.
Elle s'éloigne à grandes foulées passant au travers des personnes de tous costumes et toutes tailles, des musiciens aux danseurs ou performeurs, et alpague le premier groupe. En moins de dix minutes, le petit espace est vidé de presque moitié, et elle repasse vers le technicien :
- Pardon de redemander, mais on passe quand, déjà ?
- Dans un quart d'heure. Vous devriez vous descendre. Merci pour tout.
Elle lui fait un signe et un sourire, et sort des coulisses étouffants. Elle a tout bonnement mis tous les groupes déjà passé dehors. Et maintenant, c'est au sien de faire place. Elle grimpe les marches rapidement, et entre dans les toilettes comme dans un moulin.
- J'ai fait un peu de place en coulisses, je me change et on pourra descendre. Tout le monde est prêt ?
On lui dit que presque, et le temps qu'elle change de haut pour une chemise sans manches blanche, avec un veston à paillettes par-dessus, et tout le monde peut rejoindre ce que le professeur Oka appelle « le monde des vivants ».
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
