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Chapitre 36

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Grâce à l'aide du vendeur, ils ont pu trouver non seulement les bons meubles, mais en plus, en accord avec l'espace qu'ils avaient. Et heureusement, parce que les dimensions en centimètres ne parlaient pas du tout au basketteur, qui, de tête, pensait que n'importe quoi rentrait n'importe où.

Et les deux jeunes se laissent tomber dans le canapé à la fin de leur journée. Tsuchida fixe un point dans le mur, et Aomine manque de s'endormir, la tête en arrière.

- Pas de sport ce soir ? marmonne-t-il.

Elle hausse les épaules.

- Tout dépend de si tu es plus endurant que moi.

Il ricane.

- Alors je propose qu'on prenne une douche... dans cette petite cabine trop petite pour deux...

Elle soupire, et appuie sur ses cuisses pour se relever.

- Vas-y en premier. Je vais essayer de faire à manger.

- Ne te sous-estime pas, hein. Tout le monde peut faire à manger, ce qui diffère... c'est sa comestibilité.

Il s'attendait à un grognement, mais elle rit de bon cœur.

- Tout le monde ne peut pas être doué en tout, monsieur perfection.

- Je sais seulement cuisiner et jouer au basket, se plaint-il en se penchant en avant. Je ne sais pas tout faire. Je ne suis pas toi...

- Je sais en faire encore moins que toi, je ne suis que musicienne.

- Musicienne, chez toi, ça veut dire : auteure, compositrice, interprète, cheffe d'orchestre, médiatrice, organisatrice d'évènements, agente de voyage, luthière... j'en ai oublié ?

- Professeur, à l'occasion, mais c'est pas la question. Tout ça n'est qu'un dérivé de ce que je fais. Si tu vas par là, je m'y connais autant en matériel musical que tu t'y connais en marques de baskets, on a tous nos connaissances sur un sujet précis. Ce n'est pas parce que le mien est plus vaste qu'il est plus important que le tien.

Elle se penche pour l'embrasser, et lui dit doucement :

- Vas prendre ta douche. Tu l'attends depuis ce matin.

Il lui rend son baiser, et soupire.

- TU ne ruines pas ma cuisine.

- Je n'oserais pas.

- Tu vas faire quoi ? demande-t-il une fois debout.

- Riz et boulettes, dit-elle en remontant ses manches.

Il acquiesce, sourit, et s'enferme dans la salle de bain. Quand il en sort, une vingtaine de minutes plus tard, et qu'il s'approche d'elle, Tsuchida lui dit, sans lui adresser le moindre regard :

- Tu savais que la cuisine avait une musique ?

Elle remue lentement la spatule en bois dans la poêle, et ne tourne la tête que lorsque son dos rencontre le torse d'Aomine.

- Non. Je ne le savais pas.

- Ecoute.

Un silence suit sa demande, et il pose sa main sur son ventre.

-Je n'entends que du bruit.

- Mais ce bruit suit un ordre bien précis, au fil de la cuisson. On appelle d'ailleurs ça « le bruit de cuisson ». Je n'avais jamais remarqué, avant de te voir jouer au basket pour la première fois, que tout avait une musique. Même toi, quand tu es sur le parquet, tu as un son particulier. Si on écoute, le son peut nous indiquer le poids, la vitesse, la forme, la matière, et l'impact qui le crée. Ma spatule dans le fond de la poêle ne fait pas le même bruit que si elle était en silicone, ou si je la lâchais par terre. J'arrive de mieux en mieux à différencier ces sons. Et quand ils suivent un motif, je parviens à entendre leur musique.

- Quel genre de motifs ? demande-t-il à mi-voix.

- Eh bien, ça dépend. Parfois, c'est un crescendo. Parfois c'est une répétition. Parfois, c'est juste ce son, plus vite ou plus lent, selon le mouvement que tu fais. Je peux déterminer certains des sauts que tu vas faire à l'avance, avec le couinement de tes semelles sur le revêtement. Parce que selon l'élan que tu prends, ta chaussure ne ripe pas de la même façon, pas en entier, pas sur les deux pieds...

Elle est perdue dans ses pensées, et il frissonne. Un niveau d'observation pareil lui fait intensément plaisir. Parce qu'elle ne fait pas que le regarder. Elle l'écoute. Et venant d'elle, ça veut dire qu'elle le trouve intéressant, ou qu'elle aime ça, ou les deux à la fois.

- Tu es extraordinaire, lâche-t-il en passant sa main sous le tissu, pour sentir la chaleur de sa peau contre sa paume. Tu es extraordinaire, répète-t-il les yeux rivés sur la viande crépitante.

- Le plus extraordinaire, dit-elle après un silence, ce n'est pas la personne qui écoute la musique. C'est celle qui la produit.

Il rit doucement, et déclare :

- Et c'est toi qui dis ça ?

- C'est bien pour ça que je me permets de le dire. Je n'aurais jamais pu faire de la musique comme ça sans toi.

- Ne dis pas de bêtises...

- Tu m'as dit une fois que je crée une musique qui est proche des gens. Mais je ne n'aurais jamais pu le faire si je n'avais pas été proche de quelqu'un à un moment donné.

Elle coupe le feu, et prend appui sur la gazinière.

- Je pense qu'il était important que tu le saches.

Il hoche la tête. Elle ne le regarde pas faire.

- On mange ?

Aomine sursaute, et elle met les boulettes dans la casserole du riz, dont elle a retiré l'eau avant qu'il ne sorte de la petite pièce encore embuée.

- Ouais, si tu veux.

Elle pose le plat sur le cercle de liège sur la table, pendant qu'il apporte la pile qu'elle a faite avec les assiettes et les couverts. Ils jettent le tout sur la table en vrac, et s'assoient. La journée encore dans les jambes, il les étend jusque sous la chaise de Tsuchida qui écarte les pieds pour le laisser passer.

- J'avais faim, dit-il une fois que la casserole est vide.

Elle se laisse glisser dans le fond de sa chaise, et glisse ses pieds le long de ses jambes, jusqu'à les avoir allongées sur ses cuisses. Il attrape ses orteils dépassant du dessous de la table et les pince en riant.

- Mais si la nourriture arrive déjà à mon assiette...

- Ha, ha, ha... Je vais aller me laver.

Il lui lance une moue dubitative.

- Tu as l'air motivée.

- Oui, je sais, ironise-t-elle. Je suis douée pour ça !

Elle finit par se lever, et discrètement, en son absence, le basketteur attrape un paquet de gâteaux dans le placard.

- J'ai encore faim, en fait.

Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant