Une fois les deux étudiantes à nouveau dans le train dans l'autre sens, le basketteur baisse la tête, les mains dans les poches. Le quai lui semble ridiculement petit, soudainement. Et ce n'est pas qu'une impression comme ça. Il l'a pensé aussi la dernière fois qu'il l'a ramenée. Il soupire enfin, et fait demi-tour.
Il fait ses courses avec fatigue, et le sentiment de presque reculer, tellement il se semble lent pour lui-même. Une main se pose sur son épaule, et sa bulle de pensées explose :
- Aomine !
Il se tourne vers Awa, surpris.
- Comment tu vas ? demande-t-elle avec en train. Ton pote est complètement mort, ajoute-t-elle en mettant plusieurs articles dans son panier. Ta copine dort encore ?
Il secoue la tête.
- Elle vient de partir.
- Déjà ?
L'apprentie architecte fait la moue, et referme son manteau quand la porte automatique s'ouvre. Elle le regarde longuement, et déclare :
- Tu as l'air d'être mort de l'intérieur, mais... c'est bizarre. On dirait que tu n'as pas l'habitude.
- J'ai pas l'habitude, réplique-t-il en fixant ses courses, tachant de se souvenir pourquoi il en avait besoin.
- Tu déprime comme ça à chaque fois qu'elle s'en va ?
Aomine ne répond pas tout de suite. Déjà parce que ce n'est pas les affaires de la Super Nana d'Aburaya, mais en plus parce qu'il n'a pas vraiment envie de lui parler. Et pourtant... elle lui fait un peu penser à Kuroko. Elle est là pour l'écouter.
- Elle me manque. Vivre avec elle au quotidien me manque. Je veux retourner au lycée pour m'allonger sur le toit avec elle toute la pause à midi, et rentrer chez moi le soir en sachant qu'elle escaladera ma fenêtre pour dormir avec moi.
Bulle le fixe un moment, avant de rire franchement :
- Tu es quoi, Juliette ? Tu vas attendre que ta copine escalade ta fenêtre pour la revoir ? Je sais que votre relation doit être compliquée, parce que vous êtes loin l'un de l'autre, mais vu comment vous vous regardez... vous êtes assez solides pour ça. Ne l'attends pas. Elle ne doit pas te manquer. Tu dois aller la chercher, lui en parler. Prends un peu les choses en main aussi.
- Elle a du travail, la contre-dit-il en avançant de quelques pas.
- Oh, donc elle peut sécher une journée de cours ou deux pour toi, mais elle est trop occupée pour le faire, c'est ça ?
Il se fige, et se retourne, contrarié. Le magasin n'est pas très grand, en fait, il l'est si peu qu'il dépasse les rayonnages de presque une tête et que le vendeur peut le voir s'agacer de la caisse. Il n'y a personne d'autre qu'eux, et c'est pour cette raison qu'elle le coupe dans son élan :
- On paye, et on en discute autour d'un café. Deal ?
- Hors de question.
Il soupire de dépit dix minutes plus tard quand il se retrouver à touiller son café, dans l'appartement d'Awa, Aburaya ronflant dans le lit canapé trois mètres plus loin.
- Tu peux aller la voir aussi. Et ce n'est pas parce que ses études sont importantes qu'elle t'a laissée tomber. Il m'a dit qu'elle était intervenue à la place du coach dans le match, dit-elle en désignant l'étudiant derrière elle. Et vu ce qu'il me dit aussi sur lui, c'est pas un chouette type, alors elle a dû être vraiment efficace.
- Elle l'a été, sourit-il vaguement. Il n'empêche.
Elle tape du poing sur la table, manque de renverser les deux tasses, et réveille Aburaya en sursaut :
- Maintenant, ça suffit, ta crise existentielle ! Y a plein de gens tristes et déprimés parce qu'ils vivent loin de celui ou de celle qu'ils aiment, et ça n'empêche personne de vivre, alors la prochaine fois, tu vas aller la voir, et tu porteras le truc que t'as entre les jambes pour te prendre en main, parce que c'est pas à elle de le faire, compris ?
Aomine et son camarade de classe se dévisagent par-dessus sa petite épaule.
- T'as jamais pris d'initiatives qui lui ont fait plaisir ?! demande-t-elle surprise.
Il détourne les yeux, gêné.
- Si, plein de fois. J'ai même demandé à mes parents de venir la chercher après son audition pour Orugouru. Mais... et si elle est avec des amis ? Elle doit s'en être fait facilement, là-bas, les gens sont comme elle. Et elle est toujours en train de travailler un projet, je ne peux pas débarquer comme ça. Et si elle avait un devoir important, ou...
- Et toi ? Tu n'as pas ce genre d'imprévus ?
Aburaya se lève avec la discrétion que peut avoir un mec d'un petit deux mètre trois en caleçon pour les écouter tout en cherchant un truc à manger dans les placards :
- Celui du haut, chéri.
- Merci, chuchote-t-il en levant le pouce.
Awa reprend plus posément :
- Donc elle, elle prend le risque pour toi.
- Elle ne me dérange pas. Jamais.
- Qui te dit que tu la dérange elle, alors ? s'incruste le basketteur en s'asseyant à sa droite. Je sais qu'elle est « géniale » et tout, mais désacralise-la, un peu. C'est une fille. Et elle aime peut-être que tu lui fasses des petits trucs pour lui faire plaisir. Dans le genre, la raccompagner le soir, ou lui faire un truc à manger... un massage, un brin de ménage...
- Que tu l'attende chez elle, propose Awa. J'adore quand il me fait la surprise de venir me chercher après les cours, mais l'avoir vautré dans le canapé un soir de temps en temps, que je rentre chez moi dans un appart' qui a vécu en mon absence... je me sens moins seule. Est-ce qu'elle a besoin de silence pour travailler ?
Il soupire au nom de toutes les fois où il l'embêtait quand elle travaillait, sur le toit, et finit par secouer la tête :
- Il pourrait geler qu'elle pourrait travailler dehors. Rien ne l'empêche de travailler. Même pas moi. Elle s'arrête même des fois, quand je suis dans le coin. Mais l'attendre chez elle... je ne sais pas. c'est une petite chambre, et elle ne m'a toujours pas invité à y aller.
Aburaya relève la tête de son bol de céréales sèches :
- Et t'as pas le numéro d'une amie à elle ? Ta pote, Momoï, elle est pas dans la même école ?
Aomine sourit :
- Non, mais elle a peut-être le numéro de quelqu'un qui y est, dit-il en sortant son téléphone.
Les deux autres se tapent dans la main, et Awa l'encourage :
- Alors fonce !
VOUS LISEZ
Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
