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Chapitre 95

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Il déambule une minute ou deux avant de s'arrêter.

Elle est là, sa petite valise grise pendue au bout du bras, un sachet plastique dans la main, dans lequel elle met un tube de dentifrice et de crème pour les mains, avant de le refermer, et de le remettre dans son bagage.

Le temps qu'il s'approche d'elle, elle a terminé et se redresse, le reconnaissant avec stupeur.

- Je ne veux pas que tu partes, lui dit-il avant qu'elle n'ouvre la bouche.

Elle fronce les sourcils et il secoue la tête :

- Non, c'est pas comme ça que je voulais le dire. Je ne veux pas me séparer de toi. Je ne pense pas que ce soit nécessaire, ça ira très bien. Je veux dire, on l'a déjà fait, ne pas se voir pendant des jours et des jours et...

- Et pour moi, c'est difficile. C'est déjà difficile pour moi de ne pas te voir une semaine, je ne peux pas faire l'effort de plus. Et soyons honnêtes. On ne prendra pas l'avion tous les week-end pour se voir.

Il secoue la tête. Il ne voit pas quoi lui dire de plus depuis la dernière fois, et ça lui fait perdre courage une minute. Parce que finalement, il veut qu'ils restent ensemble ? Il n'en n'a pas la moindre idée, mais ce qui est sûr, c'est qu'il y a urgence.

- On n'a pas parlé de ça. On aurait dû. C'est toi qui faisais tous les voyages, mais si on alternait...

- On dépenserait combien en aller-retours pour se voir vingt heures ? J'ai six heures de trajet, là, avec une correspondance. Tu sais combien de temps dure un trajet pour aller de son école à mon conservatoire ? Huit heures d'avion, dans le meilleur des cas, sinon, avec correspondance, ça en fait douze ! Plus les deux heures d'avance pour embarquer, tu te rends compte à quel point ce n'est pas tenable ? Dai, on passerait combien de temps au téléphone à des heures aberrantes parce qu'on a six heures de décalage horaire ?

Il s'apprête à dire que ce n'est pas si grave que ça, quand elle l'achève avec un coup qu'il n'avait pas vu venir :

- Le conservatoire, ce ne sera pas aussi facile que mon école. Et je ne serais pas en train d'étudier parce que je passerais mon temps à attendre que tu réponde à mes messages. Tu ne te rends pas compte. Tes heures de sommeil que tu vas perdre avec tout ça. Je peux mettre ma musique en pause, mais pour un sportif, ce n'est pas la même chose. Parce que je ne suis pas une véritable musicienne, je n'ai pas de contraintes. Et toi, tu t'en mets trop pour satisfaire tout ce que je te demande. Tu es en train de me dire que tu ferais n'importe quoi pour que ça marche, et je t'ai déjà dit que je n'aimais pas ça. Je vais avoir besoin de te voir. J'ai toujours besoin de te voir. Et ça me met en colère.

- Tu ne penses pas comme ça, ça ne te ressemble pas, dit-il en lui attrapant doucement la main. Je ferais tout, oui, pour que ça marche. Je ne veux pas avoir à me passer de toi.

- Si je le pouvais, j'irais avec toi, pour ça. Et je m'en veux de ne pas m'en être donné les moyens. Mais je ne les ai pas de toute façon, marmonne-t-elle en baissant la tête.

- Quoi ?

- Je n'en n'ai pas les moyen ! répond-elle en s'agitant. Laisse-moi partir.

- Je ne t'ai jamais dit que je t'aimais, si je l'avais fait, est-ce-que ça aurait changé quelque chose ? demande-t-il soudain.

Elle se fige. Et elle finit par secouer la tête tranquillement.

- Tu en es arrivé à te poser cette question ? Tu vas à une vitesse... que je n'ai pas. Non, ça n'aurait rien changé.

Parler d'amour... elle ne l'a fait avec personne, depuis que sa mère est décédée. Et ça lui semble trop de parler de ça avec lui. Ça la surprend, parce qu'ils ont passé tellement de temps tous les deux que ça ne lui était jamais venu à l'idée. Et maintenant, ça lui fait peur. Parce que ce qu'ils avaient lui suffisait, en quelque sorte. Et que c'était à cause d'elle, à l'origine, que le sujet n'avait pas été abordé. Parce qu'elle ne voyait même pas pourquoi ils devaient être un couple, à l'époque.

Maintenant, elle n'a plus envie de partir, mais de s'enfuir, le plus loin possible.

- Tu es une femme qui a des choses à prouver, Koike, tu l'as toujours été. Mais tu n'as rien à me prouver à moi. Je le sais déjà, que tu es géniale. On peut partir à l'aventure tous les deux, comme tu voulais le faire. Tu n'as pas besoin d'être toute seule pour ça, dit-il pour la retenir.

Elle regarde son poignet, celui autour duquel il a posé sa main, et elle répond lentement :

- Oui. Tu as raison. J'ai besoin de prouver des choses. Mais celle-là, c'est différent. C'est à moi que je dois la prouver.

D'un mouvement lent, elle lève le regard vers lui, plantant ses yeux dans les siens. Elle finit par lâcher cruellement :

- Et même si c'est difficile, je me prouverais que je n'ai pas besoin de toi. Tu es celui auquel je tiens le plus, et ça me fait peur, Daiki. Tu me fais peur.

Il écarquille les yeux, et avant même d'avoir à y desceller de la tristesse, elle lui tourne le dos, attrape sa valise, et se dirige vers l'embarcadère, le pas tranquille, et les joues ravagées par les larmes. Parce qu'à présent, elle doit faire face à ce qu'elle redoutait le plus après ça. Cette avalanche de souvenirs en dominos.



Fin du tome 2. A suivre...


Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant