Si Tsuchida est contrariée de devoir arrêter son travail pour aller voir ses parents avec lui, elle n'en montre rien, et le basketteur en est franchement mal à l'aise. Il aurait préféré qu'elle grimace, au minimum. Mais il a tendance à la retrouver dans l'état qu'il lui connaissait lorsqu'il l'a rencontrée : fermée, et perdue dans son esprit jusqu'à ce qu'il lui adresse la parole. Elle avait juste hoché la tête, et lui avait dit « D'accord ».
La façon qu'elle a de se comporter lorsqu'elle croit qu'il n'est pas là le perturbe aussi. Il ne s'en n'était pas rendu compte avant de vivre avec elle des semaines durant. A présent, il remarque toutes les petites manies qui font d'elle une personne solitaire, forcée à la vie en présence des autres. Chose que Tsuchida ne semble pas être capable de forcer à chaque seconde.
- Daiki ? appelle-t-elle.
Il se redresse, et sort la tête de sa valise.
- Ouais, j'arrive.
Elle est dans le salon, les mains encore noires de la peinture qu'elle vient d'utiliser pour mettre une dernière couche sur les parties qu'elle a poncé il y a une heure.
- Qu'est ce que tu en pense ? Je vais avoir le temps de mettre une dernière couche, où il n'y en n'aura pas besoin ?
Il regarde ce qu'elle a fait, et fronce le nez, dérangé par l'odeur du produit sombre dont elle vient de fermer le pot.
- Je crois que c'est bon. Mais j'y connais rien, en barbouillage.
Elle rit.
- D'accord. Alors je verrais en rentrant.
Il hoche la tête, et ouvre la fenêtre, pas si loin de lui dans son petit appartement. Elle en profite pour laver le pinceau dans l'évier, et nettoie le reste avec le produit chimique qui embaume l'espace. De l'essence de térébenthine. Le basketteur grimace profondément, et retourne dans la chambre en fermant la porte. Elle, se penche sur le bac de métal en soupirant. Le piano est presque terminé, mais elle a l'impression que quelque chose ne va pas. Le regarder ne lui suffit plus pour se sentir... comment ?
- Qu'est ce que je fous, sérieusement ? Je n'aurais pas dû partir. J'aurais dû serrer les dents et retourner en cours. J'ai l'impression de commencer à prendre racine, ici. Je ne bouge pas assez. Et Daiki...
Elle se redresse, et se tourne vers la porte de la chambre.
- Je ne peux pas lui donner les réponses qu'il demande. Dans quel univers, on se fait pousser dans les escaliers par intimidation ? Je vais la détruire.
La porte s'ouvre à nouveau, et elle cligne des yeux.
- Je ne l'entends plus, remarque-t-elle. J'entendais tous ses pas, avant. Je ne les remarque même plus.
- Tout va bien ? s'inquiète-t-il en se rapprochant.
Il tend la main vers son visage, et elle sourit.
- Oui, je me suis perdue dans mes pensées. Je ne veux pas te faire peur, je ne veux pas que tu m'empêche d'y retourner. Je ne veux surtout pas...
- On n'est pas obligés d'y aller, tu sais.
La musicienne le dévisage.
- Mais tu as dit que tu avais envie d'y aller. Et les billets sont pris, et tes parents nous attendent pour ce soir. On ne va pas annuler.
Elle se décale pour passer sur le côté, mais il l'attrape par la taille, résolu :
- Tu dis ça par politesse, ou parce que tu as envie d'y aller.
- Je voudrais en profiter pour voir mon père. Et on a dit qu'on sera là ce soir. Je ne veux pas annuler, si c'est ta question.
Mal à l'aise avec sa réponse, Aomine est soulagé de la voir saluer avec bonne humeur ses parents en début de soirée. Aomine-san les enlace tous les deux en riant :
- Vous m'avez manqué, tous les deux !
- Peut-être, mais tu vas nous étouffer, maman, proteste son fils en se détachant d'elle. Et les côtes de Koike se passeront de câlins du genre, s'il-te-plaît.
La mère d'Aomine le dévisage franchement, incertaine de ce qu'elle doit comprendre, et lui de ce qu'elle ne comprend pas. Tsuchida lâche finalement :
- Je ne suis pas enceinte.
Visiblement soulagée, Aomine-san ne parvient pas lui dire qu'elle n'était pas inquiète, et c'est son mari qui prend les choses en main :
- Dans tous les cas, on va étouffer personne, et on va rentrer, avant que les voisins commencent à nous écouter discuter sur le perron, hein.
Il attrape la valise de la musicienne, et entre, suivit par son fils, l'étudiante, et enfin sa femme, mortifiée de ce qu'elle a sous-entendu.
- Je ne voulais pas dire que je ne serais pas ravie que vous ayez un bébé, tous les deux, reprend-elle. c'est juste... que vous êtes encore jeunes, désolée si j'ai été un peu brutale.
Tsuchida s'incline doucement :
- Dans tous les cas, je ne compte pas avoir d'enfants pour le moment, j'ai trop de travail avec les études.
Les deux hommes se regardent avec un soupir pendu au bout des lèvres, et le basketteur se lance dans la montée des escaliers les mains pleines.
- Dis, Koike ?
- Hum ?
- Tu as pris ton violon ?
- Oui, pourquoi ?
Il fronce les sourcils, et regarde autour de lui.
- Je ne le vois pas.
Un frisson désagréable lui donne un coup de chaud avant qu'elle ne se souvienne, rassurée :
- Dans la valise.
Les trois autres la regardent, et elle réplique :
- Tu m'as dit « un seul bagage à main ». Je l'ai calé entre les pulls.
Précautionneusement, il repose la valise de sa compagne en bas, avant de remonter le reste rapidement. Si l'instrument est en vrac entre des tissus, il estime ne pas vouloir tenter le diable. Il revient la chercher, un brin grognon.
- Tu aurais pu me le dire.
- Tu fais toujours très attention à mes affaires.
- On parle du seul instrument que tu trimbales dès que tu vas dormir quelque part, c'est plus important que les affaires les plus importantes que tu as.
Angoissé par la confiance aveugle qu'elle lui voue, il attrape le bagage à deux mains, pour le déposer sur son lit d'office. Il soupire et redescend.
- Maintenant, le plus facile : SOS papa.
VOUS LISEZ
Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
