Ils ne se rendent pas compte, l'un comme l'autre, des efforts qu'ils font pour garder cette expression à demi-neutre, et rester campés là où ils se sont installés. La table a grincé, lorsqu'il s'est installé dessus. Et si lui s'est demandé si rester assis pourrait lui permettre de respecter la distance qu'elle a réclamée, elle s'est demandé si le meuble où il s'est installé supporterait leur poids à tous les deux.
- J'ai rendu ma fiche, reprend-il. Je pars pour les Etats Unis en Mars.
- Je pars en Janvier.
Il perd quelques couleurs, mais reste assis. Janvier est dans deux semaines. Et elle a certainement omit de lui donner la date à dessein.
- Je vois. Tu pars avant moi, alors. Tu pars combien de temps ?
Elle hausse les épaules.
- Je dirais que ça dépend. Si je trouve un stage, je pourrais rester plus d'un an. Et toi ? C'était jusqu'en Juillet, c'est ça ?
Il acquiesce, paralysé par les informations qu'elle lui donne au compte-goutte.
- Ouais. C'est ça.
Un silence les poursuit.
- Je ne voulais pas te faire de mal, dit-il finalement.
- Je n'aurais... pas pu passer à côté de ça. C'est trop important, pour moi. Et je pensais que tu le savais.
- Tu ne m'en n'as pas parlé. De ton voyage. Je ne t'aurais jamais empêché d'y aller, dit-il doucement.
- Je sais. C'est pour ça que je ne pensais pas que ce serait un problème. Je ... ne t'en n'avais pas parlé du tout ?
- Je n'en sais rien. Je ne m'en souviens pas. Mais peut-être que l'info est juste passée à la trappe.
Sa réponse fait rire la musicienne. Ce n'est d'abord qu'un son de gorge, mais il lui prend bientôt assez pour la secouer, alors qu'elle tente de le restreindre. C'est nerveux, il le sait, et c'est quelque chose qui l'interloque : depuis quand Tsuchida est nerveuse avec lui ?
- Je crois qu'on a fait une fausse route du début à la fin, dit-elle finalement. On s'est dit que ce n'était pas grave, qu'on était ensemble pour notre nouvelle vie d'étudiants d'adultes, et regarde ça. On n'a pas la moindre idée de ce qu'on est en train de faire. Je ne sais pas ce que je dois te dire. On ne s'est jamais disputés, on n'a jamais eu de problèmes d'argent, on ne sort même pas avec nos amis la semaine, parce qu'on n'a pas beaucoup d'amis, et qu'honnêtement, on passe le peu de notre temps libre ensemble.
- Moi, ça ne me dérangeais pas. De passer ce temps avec toi. De t'attendre, des journées entières, pour savoir que tu serais là à mon match. De ne pas aller boire un verre avec les autres parce que tu arrivais, et que je savais que tu serais sûrement épuisée de ta semaine. De passer des journées à te regarder bosser, sur mon canapé. Ça ne m'a pas dérangé de t'avoir à la maison, pendant des semaines, parce que je pouvais vivre ça tous les jours.
- Et tu n'es pas sorti. Tu es rentré les midis, les soirs. Tu n'es pas allé aux matchs improvisés par tes camarades, tu as loupé la crémaillère de l'un d'entre eux, et tu n'as vu Aburaya et Obata qu'en cours, pour ceux que vous avez ensemble.
- Koike, je t'ai dit que ça-
- Moi ça me dérange. Moi ça me gêne. Parce que tu adore sortir. Parce que c'est comme ça que tu fonctionne, en équipe. Que tu as besoin d'un équipe pour te cadrer dans ta vie, pour me raconter leurs anecdotes, pour savoir pourquoi tu vas au prochain match. Merde, Daiki. Le basket c'est toute ta vie et tu t'en coupe petit à petit. Tu avais remarqué que tu avais des cernes monstres ?
- J'ai mal dormi un temps, réplique-t-il en fronçant les sourcils, mais c'était-
- Parce que tu te réveillais en sursaut à chaque fois que tu avais besoin de te retourner dans ton sommeil pour ne pas me faire mal ? Parce que je faisais un bruit en bougeant ? Parce que j'essayais de sortir du lit pour boire ?
Elle secoue la tête.
- Je sais que sur l'échelle d'une vie, ça n'a pas duré longtemps. Mais ça m'a dérangé, Daiki. Parce que je sais que tu le fais sans y penser. Je sais que tu pourrais tout me donner sans y penser. Même ton rêve. Et je ne peux pas accepter ça.
Il secoue la tête et se lève :
- Alors je ne le ferais plus.
- Non, c'est pas...
- Non, tu m'as coupé plein de fois, et maintenant que tu as parlé, c'est à moi, réplique-t-il en s'approchant d'un pas.
Il soupire en secouant la tête :
- Je ne sais pas si tu te rends compte que je n'ai rien à foutre de tout ça.
- Mais pas moi. Dai... toutes ces choses que tu ne peux pas faire à cause de moi, moi je voulais les faire avec toi. Je voulais tout faire avec toi. Sauf qu'il faut être réalistes. On ne se voit qu'une fois tous les quinze jours, et on a trop de travail pour ça. J'ai besoin de te voir plus, de faire plein de choses avec toi, et je ne peux pas. Et on ne peut pas faire mieux, dit-elle en s'appuyant contre le meuble de ses de paumes, pour reculer encore un peu.
Il lui attrape pourtant la main.
- Mais je ne veux pas te perdre, Koike. Je ne pourrais pas me dire que tu ne seras plus au bout du fil quand j'aurais besoin de te parler. Ou que tu ne seras plus dans mon lit les matins de match. Je... tu es la seule à comprendre à quel point c'est important pour moi, tout ça. J'ai jamais... rencontré quelqu'un comme toi.
Elle retire sa main de la sienne.
- Pas encore. Mais on est encore très jeunes. Tu as le temps de trouver.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
