- Je peux te poser une question ? demande-t-elle en s'allongeant sur le béton du toit.
Aomine soupire, mais répond tout de même :
- Je t'écoute.
- Tu as déjà pensé à comment ta vie sera, quand tu seras sorti de l'école. Je veux dire, ta vraie vie d'adulte.
Elle s'est approchée de lui, mine de rien, a glissé sa tête sur son épaule, se calant contre lui... et il se dit à présent qu'il aurait dû le voir venir. Pas parce qu'elle n'est pas habituellement câline, mais parce qu'elle ne l'est pas au lycée. Pas s'il ne fait pas le premier pas.
Alors, bon joueur, il enroule son bras autour d'elle, avant de se tourner sur le côté, pour lui faire face, son bras toujours sous sa tête.
- Eh bien, non, j'essaie de ne pas trop y réfléchir.
- Pourquoi ?
- Parce que pour le moment, je veux profiter de ce que j'ai. Parce que je pense avoir ce qu'il faut dans la vie pour ne pas avoir à m'inquiéter de quoi que ce soit à l'avenir.
Elle soupire en glissant son nez dans le creux de son cou :
- Tes parents t'ont trop bien habitué au calme. A entendre mon père, chaque détail de ma vie relève d'une minutie d'horloger. Si quelque chose coince, c'est l'apocalypse.
L'adolescent éclate de rire, franc.
- Ton père n'a pas la moindre idée de ce qui te fait vibrer. Et quand il le saura, parce qu'il le saura un jour, il tombera des nues. Et tu sais quoi ? Puisque tu n'as pas suivi le « plan initial », la plupart des choses, des recommandations qu'il t'aura faites, ou tout ce qu'il aura imaginé pour toi, ne vaudront plus rien.
Tsuchida le regarde, très sérieuse.
- Mais je ne vois pas en quoi c'est drôle.
- Oh, ça ne l'est pas. Ce qui est amusant, c'est que tu ne t'inquiète de ça que maintenant. Une fois que tu t'es lancée. Alors tu vois... je pense que pour toi, ce n'était pas le plus important, pour que ça ne te vienne pas à l'idée tout de suite.
Elle ouvre la bouche, la referme, et finit par dire :
- Je veux faire de la musique. Plus que tout. C'est presque tout ce qui m'importe. Et je me sens horrible de penser comme ça. Je pourrais survivre à tout, si j'avais la possibilité de faire de la musique. C'est terrifiant. Et j'ai l'impression... que ça ne me va pas.
Aomine joue avec l'une de ses mèches noires, avant de répondre :
- Si. Ça te va. Ça te va bien. Parce que c'est pas seulement ton truc. C'est... plus que ça. Tellement plus. Et je comprends que ce soit plus. Même... si ça doit être plus que moi.
Elle ne répond rien. Elle ne peut pas s'empêcher de se demander, tout en se trouvant injuste, si ce qu'elle aime le plus chez lui, ce n'est pas l'affection qu'il lui porte. Et si c'est le cas, si elle pourrait vivre la même chose avec n'importe qui. Il la comprend, mais il ne doit pas être la seule personne sur cette Terre à en être capable. Est-elle amoureuse de lui, ou de l'idée d'aimer ? Aime-t-elle partager son temps avec lui, ou n'aime-t-elle tout simplement plus être seule, à force d'être accompagnée ?
Tsuchida se crispe, et se serre davantage contre lui, sentant l'hiver approcher, bien plus qu'elle ne le voudrait. Parce que l'hiver annonce la fin de l'année, et donc la moitié de l'année scolaire. Et qu'elle ne sait pas comment gérer l'année suivante avec lui.
- Qu'est-ce que tu as appris de ton mariol ? demande-t-il soudain.
- Qui ?
- Le pianiste effrayé.
- Pas grand-chose. Ses connaissances plus assez basiques. Enastu, par contre...
Il grogne.
- Je te le dis honnêtement, je n'aime pas l'idée que ce type ait ton numéro de téléphone.
- Ce type en particulier ? le nargue-t-elle.
- Ouais, lui.
- Mais tu ne le connais même pas, dit-elle plus pour se plaindre du fait qu'il se redresse, s'échappant de ses bras, plutôt que par argument.
- Je n'aime pas la manière dont tu en parles, répond-il en jouant avec ses lacets.
Tsuchida le regarde un moment. Elle détaille chacun de ses traits avec attention. De la couleur bleue intense de ses yeux, à celle plus foncée de ses cheveux, dans lesquels elle aime glisser sa main. Et plus bas, entre les deux, à la forme de son visage, de sa peau, de sa texture, et de sa carnation matte.
Elle finit par tendre le bras, pour toucher cette petite bande de peau, entre son col et ses cheveux, sur les os traçant sa nuque.
Il frissonne.
- Tu n'aimes peut-être pas la manière dont j'en parle, mais je peux te promettre que je ne le regarde pas comme toi, souffle-t-elle sérieusement.
Il secoue la tête pour elle-même, contrarié d'avoir eu l'idée même de se poser la question. Peu importe, finalement, la raison qui la pousse à l'aimer. Tant qu'il l'aime aussi, et que leur relation ne se partage qu'entre eux deux, il n'a pas de raisons de se torturer l'esprit. L'amour veut tout dire, et son contraire. Qu'elle soit prête à se séparer de son père pour la musique en est la preuve.
Elle retire sa main, songeuse, mais Aomine l'attrape au vol, et sans qu'elle n'ait le temps de penser à quoi que ce soit, il est en train de l'embrasser, la faisant basculer sur lui.
- Daiki... pas au lycée... se plaint-elle quand il glisse sa main chaude sous sa jupe.
Elle pose ses doigts glacés par-dessus son poignet, sans vraiment trouver la volonté de l'arrêter. Et il l'embrasse encore. Sur la bouche, sur la joue, sur la mâchoire, sur la bouche, dans le cou, au coin de ses lèvres, le bout de ses mains, et sa bouche. Et Tsuchida soupire doucement, de confort.
Il ne va pas plus loin. Il dessine le contour de ses sous-vêtements, caresse avec langueur la fesse qu'il a sous la main, et reste là, à l'embrasser, la couvrant de sa chaleur. Le basketteur se redresse à peine pour demander :
- Non ?
Elle secoue la tête, le visage rosé :
- Non.
Il soupire, mais reste là, et l'embrasse encore, avant de trouver la position inconfortable. Il se pose sur le côté, lui ouvre les bras, mais elle se plaint du froid brusque, et menace de mettre des collants en laine.
- Comme si ça allait m'arrêter, ricane-t-il en coinçant l'une de ses jambes entre les siennes.
Lentement, Tsuchida sourit :
- Parce que quelque chose peut t'arrêter, toi ?
Il ne répond pas tout de suite, incertain de s'il devrait le dire ou le garder pour lui. Mais elle le regarde intensément, et il finit par lâcher :
- Toi. Toi, tu peux m'arrêter.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
