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Chapitre 62

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Au bout d'une demi-heure de match, Tsuchida se redresse, pour demander finalement, terminant la discussion qu'ils avaient avant le début, avec l'ancien mannequin :

- Alors ? Tu en penses quoi ?

Kise pousse un long soupir, se détachant de la scène en contre bas pour formuler ce qu'il a pensé dès les premières minutes de jeu :

- Il a encore progressé, t'avais raison. Ce type apprend encore, même tout seul.

Elle secoue la tête, avec un remord qu'elle cache à peine.

- C'est peut-être à cause de moi. Je l'ai pas mal stimulé avec... un truc que j'ai composé. Ses potes disaient qu'il l'écoute constamment, pendant les entrainements, et que c'est magique, quand il est parti sur une mauvaise série de quelque chose.

Kise la dévisage franchement, sans comprendre, et attendant qu'elle lui explique. Elle est pourtant tellement gênée de développer qu'il se méprend d'abord sur ce qu'elle lui a offert, croyant qu'elle lui a laissé des enregistrements d'elle.

- J'ai transposé plusieurs épisodes de vos entrainements, matchs ou rencontres ensembles, avec la GM. C'était pour lui permettre de se les remémorer, d'abord. Je ne pensais pas les avoir réussi à ce point. Mais en écoutant les pistes en face d'un panier, j'ai compris que j'avais réussi à retranscrire des pans de sa mémoire de ces instants.

- Genre comme dans les films ? se moque-t-il à moitié. Il revit les matchs, et s'entraine à partir d'eux ?

Elle se mord la lèvre, concentrée comme elle le peut sur le point qui va se marquer. Lorsque la balle entre dans l'arceau, elle se tourne vers lui pour le fixer :

- Il reprend les mouvements, les mêmes à chaque fois sur un même morceau, en jouant contre quelqu'un qui n'est pas là. C'est Obata qui me l'a dit, le numéro sept. Il le suit de près, regarde.

- Il tient la route, commente Kise au bout de plusieurs minutes de silence. Mais tu crois vraiment qu'il fait ça ?

- Je pense que la meilleure façon pour lui de progresser, c'est à votre contact. Vous êtes à la fois ses alliés et ses coéquipiers les plus fiables. Il arrive quand même à sortir des mouvements qu'il n'avait jamais tenté devant vous, vise-moi cette reprise, pointe-t-elle du doigt.

L'étudiant ne sait pas s'il doit être le plus soufflé par la compréhension du basket qu'elle a acquise à leur contact, ou par son propre talent pour le prodige qu'elle a accompli si elle dit vrai. Parce qu'un match en musique, ça lui semble onirique. Mais Tsuchida en serait tout à fait capable.

- Toi aussi, tu dois avoir progressé, souffle-t-il.

Elle se tourne vers lui, surprise, et lui tout autant de savoir qu'elle l'a entendu si bas. Il rougit, et détourne le regard. La fin du deuxième quart temps est sonnée. En bas, l'équipe semble plus que satisfaite du score, et même si Aomine va devoir laisser sa place à un autre joueur pour la partie suivante, il parait radieux, pleinement fier de sa partie.

La suite est moins attrayante pour la jeune femme qu'elle ne l'est pour son voisin, qui se redresse, sursaute, se fige, ou grimace au fil des points. Ce qui la dérange, c'est le son. Le bruit qui l'entoure résonne de plus en plus dans sa migraine de fatigue, et le couinement des pas d'Aomine n'est plus là pour faire cette mélodie qu'elle est là seule à entendre, et qui lui permet de savoir quasiment à l'avance ce qu'il va faire.

Elle serait capable de les classer en fonction des actions, des tentatives, ou des airs qu'il se donne. De l'agressivité de son jeu, à sa technique de défense. Elle l'a assez étudié pour ça, se surprenant une passion pour les sonorités de son quotidien aux motifs pourtant si utiles dans un morceau sur lequel elle cherche une répétition familière mais rarement utilisée dans les partitions contemporaines.

- Je vais prendre l'air, dit-elle au quatrième quart temps.

- Tu vas bien ? demande-t-il en la regardant quelque secondes. Tu es pâle.

- Je suis claquée. Ça va aller, t'inquiète. Je vais juste respirer autre chose que du talc à la sueur.

Il ricane et lui donne une tape d'encouragement sur l'épaule. L'équipe de Kanshou s'en sortira très bien, qu'elle soit là ou pas pour observer un match auquel elle n'a aucun intérêt. Le basket sans les gars de la GM a une autre couleur, une autre musique qu'elle n'aime pas particulièrement entendre. Elle reste dehors assez longtemps pour louper la fin du match, la main en visière pour se protéger du soleil, pourtant à l'ombre d'un bâtiment.

Si la douleur n'était pas aussi handicapante, elle ferait volontiers semblant de s'intégrer au groupe de sportifs qui va sortir de là, victorieux. Et elle pourrait peut-être même supporter un déjeuner collectif, où on l'apostropherait pour lui demander quel a été son point préféré, ou la bousculant pour la faire manger un plat qui rempli son estomac d'un seul coup d'œil. Elle pourrait sourire, et lâcher des félicitations discrètes. Elle repense avec un sourire ironique à l'époque où elle envoyait encore balader le type qui voulait squatter son toit à elle.

Une veste de survêtement se pose sur ses épaules, et elle se redresse de la balustrade où elle était accoudée, les cheveux à moitié détachés par le vent.

- Je me demandais quand tu allais redevenir socialement toi, sourit Aomine en replaçant une mèche derrière l'oreille de la musicienne. C'est épuisant d'être au centre de tout ça, pas vrai ?

- Je ne me souvenais pas que ça me demandait un effort pareil, avoue-t-elle. Je dois vraiment avoir perdu l'habitude.

- Je t'ai un peu trainé partout sans trop te demander ton avis, se confie-t-il avec peine.

Elle réfléchit, épuisée même à l'idée de rentrer se reposer :

- Tu crois que tu pourrais sécher les cours de demain ? Et rester jusqu'à dimanche ? Avec moi ? murmure Tsuchida en baissant les yeux.

Ne pas aller en cours une journée pour passer trois jours de plus avec elle ne lui coute pas le moindre du monde, et il l'attire à lui avec un sourire, pour frotter le bout de son nez contre le sien.

- J'attendais que tu me le demande. Petites vacances tous les deux ?

Elle rit faiblement, fermant les yeux sous la douleur qui se propage dans se nuque, et acquiesce.

- Je crois qu'on les mérite, pas toi ?

Il soupire avant de se pencher pour l'embrasser à pleine bouche :

- Si.


Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant