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Chapitre 81

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Tsuchida laisse les courbatures pour plus tard. Elle a encore des fourmillements dans le bassin, et la paume d'Aomine laissée sur son sein la fait sourire. Ils sont juste allongés par terre, dans le salon, nus comme des vers, sur une vieille couverture prévue pour le déménagement du précieux meuble noir. La simplicité de la situation lui fait un bien fou, et elle en rit même silencieusement.

Il y a quelques années encore, elle le laissait se caler contre elle, l'enlacer, histoire de... et maintenant, elle se demande s'il pensera à se reprendre un canapé, ou si elle doit lui offrir à son prochain passage par l'appartement. Entre ce moment, où il est devenu son univers pour elle, cet instant où elle s'est rendue compte qu'elle avait besoin de lui, après cette improvisation rajoutée de violon pour l'un de ses premiers concours à aujourd'hui, elle a l'impression qu'il y a eu une vie.

Si elle le pouvait, elle resterait allongée auprès de lui comme ça des heures, des jours, peut-être même des années. A regarder vers le plafond, ou le ciel, pourquoi pas. Comme des tournesols.

L'image de son téléphone s'imprime dans son esprit, et son sourire se fane. Elle n'a pas des années pour devenir une grande musicienne, et parcourir le monde pour faire évoluer son talent. Elle ne pourra rien faire de son rêve si elle devait rester allongée là, à fixer un plafond qu'elle a besoin de faire disparaitre pour exister. Se sentir vivante.

L'émotion qu'elle a découverte en faisant de la véritable musique, et en composant ses premiers morceaux n'est en rien fascinante à côté de celle de faire ressentir sa musique aux autres. Ce besoin de partager et transmettre une émotion, une histoire, une vérité. C'est tout ce qui l'intéresse maintenant.

- Koike ? demande la voix endormie à côté d'elle.

Faire l'amour, s'enlacer, et dormir. Le programme parfait d'une journée de lycéenne fraichement acceptée dans une prestigieuse école supérieure. Ecole qui ne lui suffit plus. Mais où s'arrêtera sa soif d'apprendre ?

- Hum ?

Il se tourne vers elle, les yeux encore fermés, et marmonne :

- Tu es inquiète pour quelque chose ?

Elle ne peut pas s'empêcher de rire :

- Parce que tu le sais sans me regarder, maintenant ?

- Je n'ai jamais eu besoin de te regarder pour savoir quand ça ne va pas, Koike, répond-il en ouvrant ses yeux bleus. Je ne te regarde que parce que tu es la personne la plus fascinante de ce monde. Sinon, je garderais les yeux fermés que je saurais que ça va, ou pas, conclue-t-il fièrement. Alors. Dis-moi.

Elle hésite, ouvrant la bouche, et la refermant.

- J'ai un projet, commence-t-elle finalement. Mais je n'arrive pas à savoir si je veux le mener à bien par ambition, ou pour atteindre mon but.

Aomine la fixe une seconde, avant de lâcher :

- Ce n'est pas la même chose ?

La musicienne fait la moue.

- Je me suis peut-être mal expliquée. Je ne sais pas si je veux faire ce projet seulement parce que j'ai un égo plus développé que ce que je croyais, ou si c'est vraiment pour réaliser mon rêve.

- Et ce serait un problème, si tu égo était plus développé ?

Elle réfléchit encore, et il voit la source de son dilemme :

- Tu veux savoir si tu peux te permettre ce projet, ou s'il ne te mènera à rien, parce que tu ne sais pas si c'est vraiment ce que tu visais au départ, ou si tu as dévié de la trajectoire que tu voulais prendre.

Elle acquiesce en s'asseyant.

- C'est une décision assez importante à prendre, et je voudrais être sûre de bien choisir. J'ai même été demander à mon père, rit-elle ironiquement. Et ça ne m'a pas aidée.

- Qu'est ce qu'il t'a dit ?

Elle soupire :

- Que la seule limite que j'avais, c'était l'argent. Et que comme c'est une limite que j'ai déjà pu reculer une fois, il n'y a pas de raisons que je n'arrive pas à repousser toutes les limites que j'ai.

Aomine sourirait qu'il est d'accord avec le père de Tsuchida, si la conversation n'était pas aussi sérieuse. A la place, il demande :

- Est-ce-que ce serait grave, que ce soit par égo ?

Elle relève la tête, et il s'assoit aussi, replaçant ses cheveux bruns derrière son épaule, pour mieux voir son visage.

- La forme des rêves peut changer, avec le temps. Parfois, l'objectif que tu t'étais fixé change. C'est pas pour ça que tu ne suis pas ton rêve, ou que tu le revois à la baisse. C'est juste que tu le vois différemment. Et tu as peut-être du mal à le conceptualiser parce que c'est une route claire pour toi depuis un moment, mais... elle va changer, encore et encore. Et tu verras, ajoute-t-il après une pause, tu te surprendras même parfois dans tes choix.

Ils se regardent un moment, et elle lâche :

- Toi aussi, tu as eu une conversation sérieuse avec ton père.

Il éclate de rire franchement, trop nerveux pour vouloir répondre, mais stupéfait qu'elle ait trouvé juste tout de suite.

- Oui, j'ai parlé avec lui.

Il ne lui demande pas quel est ce projet en particulier. Parce que s'il le faisait, il devrait lui dire de quoi il a parlé avec son père, et ce n'est pas encore le moment. Le courage lui fait défaut. Peut-être que lorsqu'elle ne sera plus là, que l'appartement se sera un peu vidé de sa présence, il pourra formuler cette idée à haute voix, et lui en parler. Il a encore trois semaines. Ce n'est pas beaucoup, mais sûrement suffisant.

- Pas tout de suite, mais... quand on se reverra, il faudra que je te parle de quelque chose.

Elle sourit vaguement, et acquiesce.

- Oui. J'aurais à te parler aussi, mais j'ai besoin de réorganiser ma tête avant, répond-elle. J'aimerais te détailler un peu ce projet.

Emballé à l'idée de ne pas être le seul à devoir préparer un sujet difficile, quoi qu'il ne connait pas le niveau de la difficulté éprouvé par sa compagne, il sourit à son tour, et les lèvres arrondies vers le haut, elle sourit davantage.

- Tu vas me manquer, ma Koike.

Elle incline la tête et l'embrasse doucement, avant de répondre :

- Toi aussi, tu vas me manquer, Dai.


Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant