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Chapitre 9

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C'est bien la première fois qu'elle ne sait pas si elle peut lui faire confiance, et après tout... elle ne s'en moque plus. S'il reste, elle restera aussi. Pas par solidarité, mais par pure crainte qu'il pourrait réduire à néant l'idée qu'il reste peut-être quelque chose de sa relation avec son père.

Alors avant même qu'Aomine n'ouvre la bouche, les mains serrées, Tsuchida raconte tout, tremblante comme une feuille. Elle lui parle du club, des concours, de la bourse, de son copain, des trajets, du travail qu'elle a dû faire pour en arriver là. Elle lui parle de son job à temps partiel chez le luthier, de son escapade en ville, avec ses heures interminables de bus. Elle raconte ses après-midis ici, et quand elle a terminé, elle se sent totalement vidée. Plus une once d'énergie ne la maintient debout. Plus rien à part Aomine, toujours à côté d'elle.

L'empêcher de faire de la musique est une douce folie dont l'adolescent n'a conscience que maintenant. Mais si elle ne devait garder qu'une seule chose de sa vie, il est certain qu'elle ne pourrait pas laisser la musique de côté, c'est trop... C'est tout simplement toute sa vie.

- Très bien, dit son père au bout d'un long silence. Tu iras. Et si tu échoue, tu devras aller dans une université prendre une autre voie. Et je te préviens, poursuit-il les yeux embués, tu n'as pas intérêt à t'arrêter parce que c'est dur, ou parce que tu en as mare. C'est ton choix, tu dois l'assumer jusqu'au bout.

- Ah... soupire lentement Aomine. Alors il était seulement inquiet pour elle ? Au point de risque de l'enfermer en dehors de sa passion ?

Il ne dit rien. Il se contente de les regarder. Il n'aura peut-être pas eu à intervenir, finalement. Il se contente de regarder en silence, jusqu'à ce qu'elle se tourne vers lui. Il ne parvient pas à déchiffrer sa demande, mais elle a glissé sa main contre la sienne, et Aomine se dit qu'elle veut qu'il reste.

Le regard de Tsuchida-san se tourne vers lui, l'imposant mètre quatre-vingt-dix qui a pris part à l'affrontement comme s'il en connaissait la moindre ligne. Ce qu'il lui assure sans mot dire. Ce n'est pas difficile à comprendre. Il est là, et c'est tout. Comme une nécessité muette qui refuse d'ouvrir la bouche, ses lèvres ne se sont pas descellé une seconde.

- Tu... restes ici cette nuit ? demande l'homme incertain, en reportant son regard sur sa fille.

Elle acquiesce.

- Oui.

- Tu rentreras demain ?

L'adolescente hoche à nouveau la tête.

- Oui.

Il ne saurait dire s'il est vraiment soulagé. Passer la nuit chez quelqu'un qu'il ne connait pas, et qui l'influencera peut-être quant à son retour...

- Je la ramènerai, déclare doucement Aomine.

Tsuchida-san n'a pas ce regard acéré qu'il avait la dernière fois, ni cette impression qu'il le dévisage pour le juger. Il ressemble à la jeune fille qu'il connait, quand elle hésite, incertaine, mais assise avec lui, sur ce toit. Celle qui n'a pas besoin de parler pour se faire comprendre.

- Très bien. Dans ce cas... à demain.

Il sort de la pièce, et dans celle d'à-côté, les adultes parlent entre eux quelques minutes. Tsuchida attrape sa main en tremblant. Il la serre, la tire contre lui, et l'enlace. Elle n'est pas prête à pleurer. Pas encore. Elle ne le fera pas ce soir, mais ce n'est pas la raison qui le pousse à la plaquer contre lui.

Elle n'a plus de forces. Plus rien pour ouvrir la bouche, tourner la tête, lui rendre son étreinte, mais elle lui fait terriblement de bien. Et lorsque la porte d'entrée se referme, elle ne tremble plus.

- Tu veux aller te coucher ? demande-t-il dans un murmure.

Elle grogne en guise de réponse, et il sourit.

- Viens.

Il lui reprend la main, et alors qu'elle pensait ne pas pouvoir esquisser le moindre mouvement, elle se remet en marche, suivant un rythme saccadé, et perturbé.

Il croise son père dans le couloir, qui ne lui dit pas un mot, les observant faire en silence.

Mais le silence n'est pas une absence de bruit, pour Tsuchida. Ce n'est pas non plus une absence de son. Le bruit blanc est une absence de son, mais comme son nom l'indique, c'est tout de même un bruit. Si elle devait déterminer la sonorité du silence, et son rythme, elle dirait que c'est le battement d'un cœur au travers de la peau, les respirations qui l'entourent, et occasionnellement, le tic-tac d'une horloge.

Le silence, c'est la chambre de Daiki Aomine. Un silence qui fait du bien. Un silence apaisant, quand elle pose sa tête contre sa poitrine. Qui la berce, et l'endort quand elle écoute ce qui l'entoure, allongée dans le lit avec lui.

Il lui caresse les cheveux avec langueur, sans s'arrêter pourtant une seconde. Et quand sa respiration se fait plus forte, et qu'elle cesse de remuer, il comprend qu'elle s'est endormie, et se dégage d'elle doucement.

Elle ne le retient pas. Elle le retient rarement, quand elle dort. Si elle avait été éveillée, par contre, elle l'aurait empêché de partir.

Là, la tempête est passée, il a faim, et il a besoin de prendre une douche. Le faire avec elle dans les bras est une tâche impossible, il se félicite donc de pouvoir s'esquiver.

Il descend quelques marches, s'immobilise, avise la présence de ses parents dans la salle à manger, soupire, et les rejoint. Ils se tournent vers lui, à demi-surpris de le voir tout seul, et il s'affale sur sa place avec un grondement affamé. Sa mère n'a pas du temps de lui poser la moindre question qu'il enfourne déjà un paquet de riz collant dans la bouche.

- Elle va bien ?

- Elle dort, répond-il la bouche pleine. Je pense que ça ira mieux demain soir.

- Tsuchida-san a dit que tu la ramenais chez elle ? demande son père.

Il acquiesce.

- Je ne vais pas la laisser rentrer toute seule.

- Pourquoi elle ne lui en a pas parlé ? Tu le sais, toi ? s'inquiète sa mère, les sourcils froncés.

Agacé, mais sans trouver comment le dire autrement, il lance :

- Oui, mais je ne vais pas vous le dire, ça ne vous regarde pas vraiment. Elle le fera si elle a envie.

Il s'attendait à une remontrance qui ne vient pas. Rien ne vient, en fait, et quand il relève son regard de son bol pour leur jeter un coup d'œil, il peut les voir se dévorer des yeux. Est-ce-qu'il regarde Tsuchida comme ça, lorsqu'il pose les yeux sur elle ? Quand il la fixe au loin ? Quand il voit en elle cette parcelle d'étincelles qu'elle peine à cacher ?

A une époque, il aurait dit quelque chose du genre « Trouvez-vous une chambre. », ou « Je suis là, hein. », plus tard, il aurait détourné les yeux, mais maintenant, il sourit, attendrit, et retourne à ses occupations nutritives.


Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant