Aomine referme la porte de sa chambre d'hôtel avec l'impression d'être vidé de toute son énergie. Tout ce qu'ils se sont dit, il y a pensé au moins autant qu'elle avant de les dire. Et ça n'a pas été suffisant. Il se laisse tomber sur son lit. Il aimerait en parler à quelqu'un. A quelqu'un qui pourrait le conforter dans l'idée que c'est fini, qu'il n'y a plus rien à faire. Que dans ces conditions, ça devait se terminer comme ça.
Il tend la main sur le côté, et regarde le drap froid. Elle a passé tellement de nuits avec lui, et en même temps si peu...
- Awa, dit-il en sortant son téléphone portable. La Super Nana va peut-être être la meilleure oreille que j'aurais ce soir.
Elle ne met pas très longtemps à répondre, alertée par ce qu'elle pense être une sorte d'appel d'urgence.
- Alors ? Comment ça s'est passé ?
Il grogne.
- Obata t'en a parlé.
- Trésor, on dort dans le même lit, selon les soirs. Tu crois qu'il prendrait le risque de me cacher quelque chose, quand il sait que je peux-
- Passe-moi les détails, s'il-te-plaît, Bulle.
C'est presque une supplique de sa part, et même s'il a été surpris de se rendre compte qu'Awa était bien plus débridée dans sa façon de parler de ses relations sexuelles, ce n'est pas du tout quelque chose qu'il est à l'aise de faire avec elle.
Elle rit.
- Désolée. Je voulais détendre un peu l'atmosphère. Raconte-moi tout.
Il lui parle longtemps. Assez pour que l'après-midi passe en début de soirée, et que tout ce qu'elle avait prévu de faire passe à la trappe, étant incapable de taper son rapport de stage en même temps qu'elle l'écoute parler.
Et si elle est vexée, au cours de son récit, qu'il soit allé voir quelqu'un d'autre pour ses conseils, elle n'en fait pas la remarque, et s'efforce de tout écouter patiemment, le téléphone coincé entre son oreille et son épaule, les mains dans la colle de sa maquette.
Elle enduit chaque pièce du bout de son pinceau, et place lentement les morceaux les uns sur les autres, tout en posant les quelques questions de relance qui permettent au basketteur de sentir l'intérêt qu'elle porte à son monologue.
Lorsqu'il a terminé, elle a placé son dernier morceau, et se lève de sa chaise pour se laver les mains.
- Je vois, dit-elle en allumant l'eau. Je crois que pour le moment, tu as fait tout ce que tu pouvais. Tu vas y réfléchir, et elle aussi. Il faut que tu laisse un peu de temps.
- J'ai pas ce temps, Bulle. Elle va partir avant moi, en Italie.
- Ecoute, un peu de temps, c'est pas six mois, et de toute façon, elle s'en va dans un autre pays, pas une autre dimension. Tu la reverras, d'accord ? Et... il faut que tu fasse un point sérieusement aussi, de ton côté.
- Sur quoi ?
Elle peut voir son froncement de sourcils au son de sa voix, et elle cherche ses mots rapidement pour s'expliquer :
- Je crois que tu devrais réfléchir sérieusement à ce qu'elle t'a dit. Tu veux rester avec elle parce qu'elle a toujours été celle qui te comprend le mieux, ou parce que tu l'aimes vraiment ?
Un silence lui répond, et elle tente d'expliquer autrement :
- Est-ce-que tu t'accroche à elle parce que tu n'as jamais connu rien de mieux, ou est-ce-que tu l'aimes ?
- Awa...
Elle coupe l'eau pour reprendre le téléphone, les mains propres, inquiète par le son de sa voix.
- Je t'écoute.
- Je... je ne lui ai jamais dit...
Elle se mord la lèvre, avec un début d'angoisse. L'ami d'Obata n'est pas du genre à faire des bêtises, pas vrai ?
- Je ne lui ai jamais dit que je l'aimais. Et je ne m'en n'étais jamais rendu compte. Putain, je suis trop con.
Elle respire, soulagée d'entendre ce petit accent de colère.
- Je vais y réfléchir, tu as raison. Merci beaucoup. Je te payerais à déjeuner, un de ces quatre. Tu m'a pas mal aidée, ces derniers temps.
Elle sourit, touchée :
- Seulement un ? Tu m'en dois au moins deux !
L'architecte lui arrache un rire, et il répond :
- Pas de soucis. Je t'en offrirais deux. Merci, Super Nana.
Ils se quittent comme ça, et elle fronce les sourcils.
- Super Nana ?
La porte s'ouvre sur Obata, et elle en sursaute, surprise de le retrouver aussi tôt. Elle lui fait un sourire crispé, et lui demande :
- Tu sais choisir tes moments, toi.
Il la regarde de haut en bas :
- On t'a dérangé en pleine maquette ? Qui a osé ?
Awa réprime un sourire, se retenant de lui avouer qu'il a toujours été curieusement observateur, pour un malabar sportif. Parce qu'après tout, c'est quelque chose qui lui plait, chez lui.
- Aomine m'a appelée. Et... ça a été long.
Il la fixe à son tour, et hausse les sourcils.
- Aomine. Toi ?
Elle secoue la tête :
- Je crois que tu devrais attendre qu'il t'en parle. Je ne veux pas me mêler de ça.
Elle s'arrête et demande :
- Dis, tu te souviens de ce qu'on avait dit, si on devait rencontrer quelqu'un ? Je veux dire, quelqu'un qu'on commençait à aimer ?
Obata ferme la porte, les épaules basses. Il s'arrange pourtant pour dire neutrement :
- Tu as rencontré quelqu'un ?
L'étudiante lui fait un sourire timide, et repose son téléphone sur le plan de travail.
- Eh bien, disons que j'ai rencontré une personne, il y a un moment, et que je viens de me rendre compte que je devrais lui parler sérieusement. Alors... Est-ce-que tu as un moment ? Pour avoir cette discussion sérieuse ?
Il pose son sac de sport, et acquiesce, curieux :
- Oui, je crois que j'ai la soirée pour ça.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
