Les plats qui passent au dessus des têtes, les bouteilles en plastique qui volent dans tous les sens, et les chaises qu'on déplace pour former des groupes, donne à Tsuchida l'impression qu'il n'y a pas trente cinq mais cinquante personne dans toute la salle réservée.
- Une chance que les musiciens soient moins bruyants...
Prise d'un vertige, elle se laisse tomber sur une chaise dans un coin, et les regarde s'agiter. Cinq minutes plus tard, tout le monde ou presque est assis, et Aomine vient la chercher avec un grand sourire.
- Tout va bien ?
- J'ai faim, dit-elle en attrapant sa chaise pour la trainer derrière elle.
Désemparé, le personnel regarde le groupe modifier leurs préparations de dernière minutes s'effacer au profit d'un désordre terrible, et les adolescents slalomer entre les tables serrées, alors que de la place semble libre à un mètre de là.
- Quoi ?! demande-t-elle en se penchant pour couvrir le bruit.
Momoï tente de lui répondre, mais agacée, la musicienne monte sur la chaise et crie :
- Ho !
Le bruit cesse et on la regarde :
- Moins fort, on n'est pas dans les gradins ! peste-t-elle en se rasseyant.
Le tintement des couverts reprend doucement, avant que les voix ne reprennent, et elle soupire de contentement.
- Tu disais ? demande-t-elle encore une fois à sa voisine.
- Je ne savais pas que tu avais un coffre pareil, rit-elle. Je te demandais comment s'était passé votre concours, ce matin.
- Oh, très bien. On est arrivés troisième. On va pouvoir acheter des cordes pour les instruments, et mettre de l'argent de côté pour les prochaines prestations. J'espère que ceux qui prendront la relève sauront se débrouiller avec.
- Tu ne le garde pas pour toi ? s'étonne Kise. Franchement, vous l'avez gagné, vous pourriez le garder pour vous.
Elle hausse les épaules.
- C'est mieux d'investir. On n'a rien payé de notre poche ou presque pour y participer. On s'est remboursé les frais, et on a partagé le reste en budget. Ça a plu à tout le monde. En plus, le lycée a payé le voyage. C'était une bonne expérience, tranche-t-elle.
- Tu fonctionne assez bizarrement. Tu ne vas presque pas en voir la couleur, de cet argent, mais c'est toi qui l'a gagné.
- On l'a gagné ensemble, rectifie-t-elle. A trente-huit. A six heures d'entrainement par semaine en groupe et au moins le même nombre d'heure chacun chez soi. C'est énorme. Et on ne fonctionne pas comme ça, termine-t-elle avec un clin d'œil. Penses-y. Jouer un morceau de quinze minutes, avec des musiciens amateurs, dans un concours où des professionnels de la musique viennent nous regarder, et parfois même nous proposer une place dans une école, ou d'être notre professeur particulier.
Aomine la regarde s'animer, un sourire tiré sur les lèvres, incapable de manger correctement, tant sa bouche ne peut s'ouvrir dans l'autre sens. Tsuchida ne se tait qu'une fois qu'elle se rend compte que le silence ambiant n'est pas naturel. Toute la tablée la regarde, mi-amusée, mi-surprise.
Elle se renfrogne et grommelle en se concentrant silencieusement sur son assiette. Dans un mouvement plus nostalgique avant l'heure que de fête ou de victoire, le grand groupe s'anime d'un rythme qu'elle ne peut pas se sortir de la tête.
L'adolescent assis à côté d'elle l'observe du coin de l'œil réfléchir. Il termine son assiette et la laisse à ses réflexions.
- Vous allez faire comment, pour vous voir, après ? demande Kuroko discrètement.
- On prendra le train. Dans un sens ou dans l'autre. Pourquoi ?
Son ami hausse les épaules.
- Pour savoir. Ce serait dommage que vous vous sépariez, tous les deux.
Intrigué, Aomine s'apprête à lui demande encore une fois pourquoi quand Kise ricane :
- Vous allez trop bien ensemble, c'est pour ça.
Tsuchida relève la tête, soudainement concernée par la discussion. Ce qui la rend plus embarrassante encore que s'il devait y faire face tout seul. Et pourtant, il commençait sérieusement à en avoir l'habitude.
Il tourne la tête vers elle pour croiser son regard préoccupé. Mais le sujet ne semble pas être ce qui la préoccupe, pour le moment. Non, elle semble être piégée dans l'un des dilemmes qu'elle s'impose. Elle lutte contre une violente envie de faire quelque chose. Il commence à la connaître assez bien pour le savoir, ils sont ensemble depuis presque deux ans, maintenant. Deux ans dans quatre mois, et deux semaines.
- Vas-y, dit-il, on ne va pas partir sans toi.
Elle baisse les yeux sur ses couverts, gênée.
- Qu'est ce qu'il y a ? s'inquiète Momoï en se penchant vers elle.
La jeune fille se lève précipitamment sans répondre, lâchant ses couverts, et raclant bruyamment la chaise sur le sol, avant de s'enfuir de la pièce.
Le bruit lui donne le vertige, mais ce n'est pas ce qui l'inquiète le plus. Elle a peur de perdre les notes qu'elle vient de trouver, et elle doit absolument les entendre avant de les écrire. Alors, son bloc note sous le bras, elle parcoure les couloirs du restaurent avant de retrouver la porte derrière laquelle se cache le piano qu'elle a repéré en arrivant.
Tranquillement, le basketteur sort son téléphone pour lancer le chrono, et termine tranquillement son assiette. Effarée sa meilleure amie, qu'il a cloué sur place quand elle a voulut suivre la jeune fille aux cheveux noirs, le traite de tous les noms, ne pouvant se calmer.
- Mais qu'est ce que...- reprend-elle encore une fois.
- Tu n'as pas besoin de le savoir. Elle en parlera si elle en a envie, réplique-t-il. Elle est déjà bien assez gênée que ça ait l'air bizarre. C'est pas le moment de rajouter ton grain de sel. Elle va bien. Elle reviendra rapidement.
- Et si elle ne le fait pas ? s'insurge-t-elle.
Il rit en secouant la tête.
- Crois-moi, elle reviendra. Elle pense toujours à revenir.
Il lui ébouriffe les cheveux tout en tendant son assiette à Kagami :
- Tu peux m'en remettre une part, s'te-plaît ?
VOUS LISEZ
Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
