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Chapitre 54

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A bien y songer, ce ne sera pas la première fois qu'il l'écoutera un long moment, avant qu'elle ne s'arrête pour l'intégrer à son univers. Il revient plusieurs fois, pour s'installer dans un coin, sans rien dire, alors que Tsuchida se déchaine sur le piano, et qu'Iwabuchi s'étend dans l'espace qu'il lui reste.

Mais pour l'instant, il resserre sa cravate, et vérifie une dernière fois dans les toilettes s'il est bel et bien prêt. Il ne voudrait pas lui faire honte de quelque manière que ce soit, alors une fois qu'il est certain, il sort de là, téléphone en main. Il l'attendait devant la porte d'entrée de la salle, quand il a préféré passer aux toilettes avant de la retrouver. Son invitation dans la poche, il s'approche, pour la voir, avec sa robe noire, celle qu'elle avait acheté il y a deux ans pour aller à une représentation, avec son père. Un orchestre qu'elle avait particulièrement aimé.

Il se dit qu'il devrait peut-être voir avec elle pour qu'elle en ait une autre dans son armoire, mais le sourire rouge qu'elle lui adresse ne lui donne même pas l'idée de dire quoi que ce soit. Il ne l'a pas encore vue, aujourd'hui. Il a été chez Momoï, il y avait trop peu de place dans sa chambre, et elle terminait ses cours trop tard pour y passer de toute façon. Elle s'approche de lui, les cheveux bouclés au fer, et les cils noirs de mascara, avec un air narquois.

- Tu es terriblement bien habillé.

- J'essaie, répond-il en l'embrasant sur la tempe pour ne pas étaler ce maquillage, il n'en doute pas, durement appliqué. Mais c'est toujours le même costume.

Elle secoue la tête en avisant la cravate. Cette couleur noire lui va bien, même si en d'autres circonstances, elle aime aussi qu'il porte d'autres couleurs sur sa chemise.

Il lui prend la main, et l'accompagne à l'intérieur, avant que la présentation de la soirée ne commence. Une enseignante monte sur la scène pour se mettre à parler, une dizaine de minutes plus tard, tandis qu'elle regarde autour d'elle nerveusement.

- Messieurs, mesdames, bonsoir ! Nous vous présenterons ce soir, par l'intermédiaire de l'école, un ensemble d'artistes du monde musical auprès desquels vous pourrez prendre contact pour un partenariat. Nous vous souhaitons une très bonne soirée.

Aomine regarde aussi les alentours :

- Alors... on va juste voir les gens une fois qu'ils sont passés par la scène ?

- Ils ne passent pas tous sur scène, il y a aussi des compositeurs, ce soir. Mais tout le monde va faire le tour de tout le monde, explique-t-elle en reposant son verre d'eau vide.

Il pose sa main sur sa taille pour la rassurer un peu. Même pour une grande passionnée, ça demande de faire un sacré grand tour de table. Il est épuisé à sa place avant même de commencer. Et pourtant, toute tremblante soit-elle, l'étudiante se redresse à la seconde où elle croise le regard de deux personnes s'avançant vers eux.

Ils les saluent tous les deux, avant de commencer légèrement :

- Eh bien ça alors ! Si ce n'est pas l'As de la GM !

Il leur force un sourire en hochant la tête.

- Bonsoir messieurs.

- Mademoiselle, salue celui qui se met à côté d'elle.

Avec un costume bleu marine, il détonne des autres hommes venus, pour ceux qui ont encore leur veste, remarque-t-elle d'un coup d'œil, et il demande, d'un coup de verre doucement pinté vers elle :

- Alors j'imagine que c'est vous la musicienne. Comment vous vous appelez ?

- Tsuchida. Koike Tsuchida. Enchantée.

Ils se serrent la main, à l'occidentale, et il se présente à son tour :

- Shukuzawa Takeo. Enchanté. Alors vous êtes quoi ? demande-t-il en remarquant que son camarade faisait la conversation au basketteur.

- De tout, je suis musicienne, auteure, compositrice, interprète. La seule chose que je ne fais pas encore, c'est chanter.

Il ne paraît pas intrigué pour deux sous, ni même surpris, et elle se demande combien de personne ont avancé des capacités pareilles depuis leur arrivée, ou s'il la croit vraiment. Après tout, elle est inscrite à Orugouru. Elle doit avouer après plusieurs minutes de conversation que c'est pire que ça : il ne lui accorde pas beaucoup de crédit, et l'écoute à peine, faisant les réponses et les questions à lui tout seul.

- Il me prend pour l'écervelée qui sort avec un sportif.

La main d'Aomine se resserre sur elle et elle se rend compte qu'il ne l'a pas lâchée une seconde, et elle recule vers lui. Il se penche d'un coup par-dessus son épaule pour lui demander si tout va bien, et elle referme sa main sur la sienne pour conclure.

Il se redresse, et salue poliment leurs deux interlocuteurs.

- Ils sont tous comme ça ? demande-t-il un brin effaré pendant qu'ils s'approchent du buffet.

- Les musiciens sont un peu perchés, réplique-t-elle en attrapant un verre.

- Mes camarades éclateraient de rire, si vous leur disiez ça, mam'zlle, rit quelqu'un d'autre près d'elle.

Lui aussi se sert un verre de jus de fruit, et s'assure du goût en trempant ses lèvres dedans :

- Vous pouvez y aller, personne n'a encore versé d'alcool dedans.

Elle acquiesce, et remarque qu'il fait partie de ces rares invités à avoir égaré sa veste, et sa cravate, à moins qu'il ne portait un nœud papillon.

Elle le regarde, longuement.

- Vous ne devez pas être musicienne, dit-il finalement. Vous n'avez pas l'air d'avoir l'habitude d'ˆetre au centre de l'attention. Ou alors, dans de petites représentations ? Sans rencontres derrière ?

- Des représentations de lycée, répond-elle lentement. Je suis compositrice et cheffe d'orchestre en premier lieu. Je me produis rarement sur scène.

Un brin admiratif, il siffle :

- Eh bien. Si vous vous souvenez toujours de moi et que vous n'avez rencontré personne d'autre, passez nous montrer votre travail, une fois qu'on aura présenté notre morceau. C'est ce qui nous manque, un compositeur.

Pour le coup, elle a l'expérience des groupes de musique, alors elle peut tout de suite savoir qu'il fait partie de l'un des rares à pouvoir se présenter ici. Si c'est composer pour un groupe, elle sait faire.

- Eh bien, répète-t-elle. On verra ce que vous valez d'abord, j'imagine.

Il sourit en haussant les sourcils :

- Je le prends comme un défi personnel !

Il s'éloigne, et elle se retourne à nouveau face au buffet.

- Ils ne sont pas là sérieusement. Ils jouent juste pour s'amuser.

- Alors ? soupire Aomine près de son oreille.

Elle tourne la tête vers lui pour répondre :

- J'ai peut-être trouvé quelqu'un avec qui je voudrais bien travailler. Mais je vais d'abord les voir sur scène. Tu viens ?

Il hoche la tête et la suit, à la seconde où elle lui attrape la main.

Plus loin, les mains dans les poches, Dairoku, le camarade de classe d'Iwabuchi les observe passer au travers de la foule.

- Mais qu'est-ce qu'une fille pareille fait avec un type comme ça ?

Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant