Nous avons mis à jour nos Directives de Contenu.
Consultez les dernières directives pour continuer à partager des histoires en toute sécurité.

Chapitre 58

97 8 0
                                        

Ça va faire bientôt un mois que lorsqu'elle sort de l'école, Tsuchida le fait systématiquement avec quelqu'un d'autre. Elle discute plus facilement avec ses camarades, mais aussi avec ceux d'Iwabuchi. Et petit à petit, qu'elle ne soit pas d'accord avec leur façon de voir les choses et les gens ne devient qu'une donnée annexe à tout ce qu'elle peut tirer de ces échanges. Ce n'est néanmoins pas ce qui a fait qu'elle n'a pas vu Aomine depuis quelques temps, ni qu'elle l'a appelé moins souvent. C'est parce qu'elle ronge son frein.

Avec les récents examens, qu'elle a réussi plus facilement qu'elle ne le pensait, elle s'est mise volontairement à l'écart de son compagnon pour ne pas l'empêcher lui de passer les siens. Le stratagème a eu l'air de fonctionner : il a travaillé comme un dingue, et a eu des notes plus que correctes dans des domaines dans lesquels il est pourtant habituellement dans les derniers.

Mais il lui manque. Sa peau lui manque. Sa voix lui manque. Son sourire lui manque. Tellement qu'elle croit l'avoir rêvé quand la jeune femme à côté d'elle demande :

- C'est toi qu'il regarde ?

Elle tourne la tête, et ouvre de grands yeux. Elle pourrait répondre crânement que oui, comme les autres filles le font quand leur copain vient les chercher avec une voiture luxueuse, ou juste dire « Oui, c'est moi », et prendre tout son temps pour aller le voir. Sauf qu'il lui a trop manqué. Alors elle rit, en descendant les marches rapidement, et le serre contre elle.

Lui qui était détendu une seconde avant de la voir a l'impression de se retendre à nouveau, et force ses bras à se desserrer :

- Comme on est devant ton école et que tout le monde nous regarde, je propose qu'on essaie de se comporter comme des gens civilisés, pour changer.

- Je pense surtout qu'il va falloir qu'on se voie plus souvent, parce que je vais avoir du mal à ne pas te sauter dessus quand tu viens à l'improviste devant cette maudite école, sinon, grogne-t-elle en reculant.

Elle serre ses bras contre elle pour se contenir et demande en souriant de travers :

- Et sinon, que me vaut le plaisir de cet improviste, d'ailleurs ?

- J'ai un match, demain, à l'autre bout de la ville. C'est l'après-midi, on a rien à faire avant, j'ai séché mon dernier cours pour être à la sortie des tiens.

Elle hausse les sourcils.

- Je vois. Et tu dors où, ce soir ?

- A l'hôtel... ou chez toi. Ou à l'hôtel, avec toi, mais il faudra être discrets, parce que je suis le seul de l'équipe à avoir eu le droit de te voir. Parce que... le coach a dit que tu étais... très motivante, pour moi, explique-t-il gêné.

Elle pouffe, et éclate finalement franchement de rire.

La troupe qui s'est arrêtée sur les marches pour les dévisager tous les deux le met mal à l'aise, mais le temps qu'elle se calme, il ne peut pas la bouger de là, il la connaît : elle pourrait repartir dans un fou rire rien qu'en le regardant. Alors il prend son mal en patience, et sa patience paye.

Elle l'attrape par la main, et lui demande :

- Vers où, ton hôtel ? Pour récupérer tes affaires ?

Il la tire derrière lui, et ils se retrouvent mêlés à la foule de ceux qui sortent du travail, avec un peu plus d'aisance.

- Tout va bien ? demande-t-elle.

Il hésite à lui dire mais ne se gêne pas. S'il ne lui dit pas à elle, à qui le dira-t-il ?

- Les gens de ton école me regardent de travers.

- C'est normal. Tu est grand, beau, et musclé. Pour eux, tu n'es forcément qu'un tas de muscles, sans cervelle, et je suis donc très superficielle. Mais est-ce qu'on s'en foutrait pas un peu ?

Il a eu du mal à suivre après « beau », et espère avoir compris l'essentiel :

- Tu parle de plus en plus mal.

- Oh, c'est la fatigue, répond-elle en haussant les épaules. Ça me rend garce. Oh, tu vas adorer mon nouveau lit !

Il l'embrasse sur le dessus du crâne avec un sourire, et l'écoute parler. Dans ces moments-là, il a l'impression de retrouver la Tsuchida qu'il a rencontré sur le toit : elle parle vite, les yeux brillants, et ne se soucie pas le moindre monde des grands gestes qu'elle peut faire tout en racontant ci ou ça. Qu'elle le fasse à présent même lorsqu'ils ne sont pas seuls le rend à la fois jaloux de ne plus pouvoir garder ces instants pour lui, mais le soulage aussi de voir qu'elle s'épanouit.

Ils se mettent d'accord pour qu'elle l'attende devant l'hôtel le temps qu'il aille chercher ses affaires, et le temps qu'il redescende, elle se fait interpeler par un groupe de types immenses :

- Hé ! Mais t'es pas Tsuchida, la copine d'Aomine ? demande Obata avec un grand sourire.

Elle se redresse pour acquiescer.

- Si, c'est bien moi.

Le joueur sourit en tendant la paume vers son voisin de droit, qui lui file un billet en râlant :

- Mec, tu peux pas l'avoir vraiment reconnue à cinq cent mètres, c'est impossible.

Aburaya prend ce joueur par le cou, passant son bras autour, et riant la bouche grande ouverte :

- En même temps, ça pouvait pas être la tienne, de copine !

Le type rougit, et elle comprend qu'il est célibataire, se demandant au passage combien sont-ils dans ce cas là, au sein du groupe.

- Je ne comprenais pas pourquoi personne n'était dans sa chambre, dit Aomine en arrivant. Vous étiez barrés où ?

Ils ne sont que quatre. L'équipe n'est pas là au complet, mais leur présence à tous à une heure où ils devraient à peine sortir de leur école la fait soupirer :

- Ne me dites pas que vous l'avez tous suivit et séché votre dernière heure...

Ils la dévisagent, interloqués, parce que c'est vraiment ce qu'il s'était passé : Aomine n'avait pas été dans la même direction que leurs camarades, certains l'avaient suivi, curieux, et en fin de compte, ils avaient pris le train de dix-sept heures dix.

- Elle est drôlement intelligente, hé, lance celui qui vient de perdre le pari.

Elle lit sur sa veste son nom et le note dans un coin de sa tête pour plus tard : Heisuke.

« Il n'a pas inventé l'eau tiède, mais c'est un type sympa », lui avait déjà Aomine. Ce dernier passe justement un bras autour de sa taille et demande éhontément :

- On y va ?

Elle secoue la tête :

- Je sens que je vais regretter cette soirée.

Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant