Les Aomine accueillent la jeune femme avec un grand sourire, et elle se sent tout de suite coupable de leur gâcher les fêtes. Elle n'a pourtant pas l'intention de renoncer. C'est une question d'éducation et de fierté. Après tout, Daiki ne lui a rien fait de mal, et c'est sa décision pour le reste.
Elle entre, et retire son écharpe, tandis que sa mère lui parle avec bonne humeur :
- En tout cas, ça fait plaisir de voir que tu vas mieux ! Mais vous n'êtes pas arrivés ensemble, avec Daiki ? Ah non, tu passais chez ton père avant ? Tu n'avais pas à passer tout de suite, tu sais.
- Chérie, intervient Kagemori Aomine en embrassant sa femme sur la tempe. Si tu veux qu'elle réponde à tes questions, laisse-lui le temps d'en placer une. Ça doit être important, pour que tu viennes toute seule, ajoute-t-il, et puis, comme elle ne nie pas : On va s'assoir ?
Elle suit le couple lentement dans la salle à manger, se disant qu'être à une table d'eux est à la fois trop peu éloigné, et trop proche. Tsuchida s'installe sans mots. Rendus nerveux par son silence, les deux parents commencent à s'agiter sur leur chaise, et elle commence :
- Je ne viendrais plus ici avec Daiki, à l'avenir. Je ne viendrais peut-être plus du tout.
En fermant les yeux, l'homme retire ses lunettes en soupirant silencieusement. Visiblement, la discussion qu'il avait eue avec son fils n'a pas porté les fruits attendus. Et l'histoire va s'arrêter là.
- Je ne suis plus avec Daiki. Je suis désolée. Je voulais que vous sachiez qu'il n'a rien fait de mal, et que c'est un garçon extraordinaire. Je veux surtout qu'il aille faire ses études aux Etats Unis, s'il-vous-plaît. Poussez-le à y aller, s'il change d'avis. Il faut qu'il parte. Alors... occupez-vous bien de lui, s'il-vous-plaît, termine-t-elle en s'inclinant doucement sur la table.
- Tu... devrais être une jeune fille, Tsuchida, dit lentement Cho en pinçant les lèvres. Tu ne devrais pas faire ce genre de choses, ça doit être très éprouvant pour toi.
L'étudiante se mord la joue pour ne pas pleurer. Elle ne peut pas laisser tomber maintenant, il faut qu'elle aille au bout.
- Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes pour nous annoncer ça, dit à son tour l'ancien basketteur, la gorge serrée.
- C'était important, pour moi. Je voulais surtout que vous ne vous fassiez pas de mauvaises idées sur ce qu'il s'est passé entre nous. Merci d'avoir pris soin de moi tout ce temps. et je suis désolée pour les dégâts que je vais causer en partant.
Cette fois, la mère se redresse :
- Tu vas quelque part ?
- Je vais en Italie, pour étudier la musique dans un opéra.
- Oh, fait-elle en réponse. Alors c'est vraiment terminé, vous deux ?
Tsuchida relève la tête pour la regarder dans les yeux.
- Je ne changerais pas d'avis. Il faut qu'il parte.
- Il n'avait pas prévu de le faire, pas vrai ? demande l'homme assis en face d'elle.
Elle secoue la tête, attristée par ce souvenir.
- Non, il n'allait pas partir. Et il ne m'e n'avait pas parlé. Il a fallu que je l'apprenne de quelqu'un d'autre, et j'avoue que...
Elle ravale sa colère pour terminer :
- Que je ne peux pas le priver de ça. C'est pas possible.
- Mais vous pourriez continuer à vous voir ? propose Aomine-san en posant ses mains à plat pour cacher sa nervosité.
- Madame... je ne crois pas que ce sera possible, je regrette. Ce sera trop dur.
De son côté, l'autre Aomine comprend. Il voit tous les calculs qu'elle a pu faire. En termes de temps et d'argent, de patience et de mental, leur relation va leur coûter trop d'énergie et de moyens. Ils ne peuvent pas s'occuper de leurs études en parallèle, et que ce soit pour un musicien, ou un sportif, la jeunesse n'est pas éternelle. Il faudrait que l'un ou l'autre laisse son rêve de côté, et ça, la jeune fille qu'il a vu évoluer ces dernières années, n'a pas l'air de l'accepter.
- Parce que c'est Daiki qui allait être mis sur la touche, réalise-t-il. Et qu'elle n'est pas prête à laisser son avenir ou le sien de côté. C'est vrai que c'est admirable, mais elle n'a pas le temps de profiter de sa vie de jeune fille.
Il se racle la gorge :
- J'espère juste que vous ne le regretterez pas.
Un sourire s'étire sur les lèvres de la jeune femme, et elle répond simplement :
- Je veux juste m'assurer qu'on ne regrette rien d'irréparable.
En rentrant chez elle, Tsuchida se rend compte de tout ce que cette conversation lui a coûté. Elle se laisserait tomber contre la porte d'entrée si son père n'arrivait pas à ce moment-là, avec son tablier rouge qu'elle lui a offert à son anniversaire, avant de partir pour l'école de musique.
- Alors ? demande-t-il.
Elle sourit lentement.
- J'ai envie de pleurer. Je vais me reposer un peu avant le dîner. Et je vais avoir pas mal de travail à faire, ce soir, je ne me sens pas de regarder la télé.
Elle retire ses chaussures en s'appuyant sur la porte.
- On se choisira un film, pour demain soir ?
Son père acquiesce, et retourne dans la cuisine, d'où il regarde la télévision du salon tout en mettant la main à la pâte pour le dessert.
Elle en profite pour regarder autour d'elle, cette maison qu'elle n'a pas vue depuis longtemps, et qu'elle ne reverra plus avant un moment. Les murs blancs, les trois photos d'elle, enfant, dans la cage d'escalier, le mobilier en bois, qui n'a pas changé depuis dix-neuf ans, et ce canapé en cuir foncé, dans lequel son père a investit au décès de sa femme. L'autre était trop inconfortable pour y passer des nuits, sans avoir l'impression d'être hanté par le fantôme de sa femme dans son propre lit. Pour la décoration, c'est un peu pareil. Le peu de choses qui étaient là, ont disparu, avec le temps.
- La maison est vide. Parce que tu n'es plus là, et que papa ne s'en n'est jamais remis.
Elle souffle avec lenteur, et monte dans sa chambre. Arrivée là, elle avise les papillons qui ont été peints dans sa chambre de bébé, et qui sont restés là en dépit de son âge. Mais père célibataire, il fallait payer les études de sa fille tout seul, et il ne pouvait pas se permettre de prendre de congés trop souvent. Repeindre la pièce ne lui avait donc jamais traversé l'esprit.
- Je suis contente que mes études ne te causent pas trop de soucis, c'est vraiment agréable que tu puisse prendre des jours pour me voir comme ça.
Elle se laisse tomber sur son lit.
La chambre d'Aomine est plus moderne que la sienne, et peut-être un peu plus chaleureuse.
- Mais je suis vraiment chez moi, ici, se dit-elle tristement en attrapant une partie de la couette pour la rabattre sur elle.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
