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Chapitre 92

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Tout du long du trajet, Tsuchida garde son casque sur ses oreilles, sans mettre la musique en marche. Ça faisait longtemps, que l'absence de musique ne lui avait pas manqué. Elle a trop de choses dans la tête, et c'est encore trop difficile de mettre les notes au clair dans son esprit pour tente de calmer la tempête qui lui donne mal à la tête depuis quelque jours.

Elle se lève à la seconde où la voix automatique informe les passagers que le train va bientôt arriver à la prochaine gare. C'est la sienne. Son père l'y attendra. Elle attrape ses affaires une par une, et songe en chancelant que la dernière fois, quelqu'un l'aidait pour ses bagages. En fait, plusieurs personnes l'aidaient.

La musicienne roule de l'épaule en enfilant son manteau, ses deux valises devant elle, l'étui à violon par-dessus. Lui, elle va le laisser ici. L'école lui en prêtera un bien meilleur. Et puisqu'il est si facile à transporter, elle pourra se le faire envoyer. Mais pas question de le faire voyager pour rien. Il est trop fragile pour ça.

Le train ralentit, et elle s'accroche à ses bagages. Les premières personnes levées avant elle, ou le jeune père qu'elle a laissé passer, un nourrisson dans un bras, sa poussette pliable sous l'autre et son gros sac à dos sur l'épaule, ouvrent la porte, et sortent rapidement. Elle ne met pas longtemps à faire pareil. Et une fois dehors, elle traine les deux valises, le long du quai, jusqu'à arriver devant la porte de la gare, où ses rencontrent tous les passagers descendant ici, ainsi que les personnes qui les attendaient. C'est entre tous ces visages qu'elle aperçoit celui de son père, qui la cherche discrètement, se hissant sur la pointe de ses pieds pour visualiser les portes.

Elle contourne la foule, et il la remarque. Il lui fait signe comme pour qu'elle le remarque, et ils se rejoignent. Son père l'étreint, lui embrasse le front, et prend une des deux épaisses caisses à roulettes.

Ce n'est qu'une fois qu'ils sont au calme dans la voiture qu'il lui dit :

- Je suis content de te revoir. Ça faisait un moment que je ne t'ai pas vu aussi fréquemment. Tu as tout préparé pour ton voyage ? demande-t-il après avoir marqué une pause.

- Presque. J'avais des choses à déposer chez toi. Et je dois passer chez les Aomine.

Il acquiesce en silence. Ce n'est qu'après avoir puisé un peu de courage qu'il demande :

- Et comment vous allez faire, alors, tous les deux ?

Elle regarde fixement devant elle, et tourne la tête vers sa fenêtre pour répondre.

- On ne fera pas. C'est mieux comme ça. Il a eu une place en Amérique. Et on sera trop loin l'un de l'autre. Ça et le décalage, bonjour l'angoisse.

Il laisse le silence prendre place dans l'habitacle, et ne reprend la parole qu'une fois qu'il s'arrête devant la maison.

- Ce sont les arguments que tu lui as donné ?

- Pas exactement, mais c'est l'idée. Ce serait difficile, et on sait tous les deux qu'on aurait du mal à partir, à cause de ça.

Il soupire.

- Alors c'est peut-être mieux comme ça, effectivement. Ça va aller, toi ?

- Pourquoi ça n'irait pas ? demande-t-elle en se détachant.

- Koike. Tu es restée avec lui pendant trois ans. C'est beaucoup pour ton âge. Et tu n'as pas beaucoup d'amis. C'est une personne importante, pour toi.

Elle lui lance un regard en biais :

- Je saurais m'en passer, tu sais. Toutes les personnes que je rencontre ne sont pas destinées à rester dans ma vie jusqu'à la fin de mes jours.

- C'est différent d'avec ta mère, Koike. Aomine est toujours en vie, lui.

Elle observe le tableau de bord sans répondre, et sort de la voiture.

- Je sais, dit-elle en refermant la portière. C'est presque le problème.

Il sort à son tour, attrape les bagages dès qu'elle ouvre le coffre, et ne reprend la conversation qu'une fois la porte d'entrée refermée :

- Mais il était d'accord ?

- Pas vraiment. Mais il a fini par accepter.

- Et pourquoi tu vas chez ses parents, alors ?

Elle retire son manteau, fatiguée.

- Je vais partir, et je me sépare de leur fils. Vu le nombre de fois où je me suis imposée chez eux, et les choses qu'ils ont fait pour moi, je me dois de passer les prévenir. Je me sentirais mal, si je ne le faisais pas. C'est comme pour toi. Je me serais sentie mal de te prévenir au dernier moment, ou au téléphone.

Il ne trouve plus rien à demander. Il aimerait lui parler plus longtemps, lui poser des questions, insister, mais pour lui, rien n'a de sens, et tout en a, en même temps. La douleur qu'elle ne veut pas lui montrer résonne dans sa tête comme la sienne, et c'est lui qui se sent mal, tout à coup. Comme s'il y avait quelque chose de plus à faire. Sauf que cette jeune femme est celle qui a osé prendre un travail sans lui en parler, monter un club de musique, alors qu'il lui avait interdit d'en jouer, et était partie postuler dans une école prestigieuse sans qu'il n'en sache rien. S'il lui disait non, elle partirait quand même, peu lui importait l'idée d'effrayer le dernier de ses parents à l'idée d'aller aussi loin de chez elle toute seule. Pour la musique.

Ça fait un moment que sa fille ne vit que pour la musique. Et la dernière trace de cette part normale d'elle, qui était Aomine vient de s'effacer. Elle ne sera plus que musique, désormais. A moins qu'elle ne reprenne une relation avec quelqu'un d'autre qui pourra la canaliser. Un nouvel ami, un enseignant, un collègue de travail... n'importe qui pourrait faire l'affaire, et à la fois personne.

Il regarde Koike monter l'escalier pour aller dans sa chambre, les mains pleines. Elle lui a semblé solitaire toute sa vie, jusqu'à ce qu'elle prenne son envol au fil de son lycée. Les amis, les activités, les sorties... tout ce qu'il voulait pour elle, pour qu'elle soit heureuse. Et à présent ? Elle s'en allait de tout ce qu'elle avait construit, pour recommencer. Pourquoi ?

- J'espère que tu sais ce que tu fais, ma grande. J'espèrevraiment que tu le sais.


Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant