Aomine n'est pas juste à l'heure pour le rendez-vous avec le coach, il est totalement en avance, son arrivée étant entièrement pilotée par Tsuchida, qui semble connaître le trafic de la ville mieux que si elle avait le permis de conduire. Et elle aura eu raison de le pousser à partir quinze minutes plus tôt que ce qu'il voulait au départ, parce que trois autres joueurs auront voulu l'imiter, et ils arriveront très nettement en retard.
L'armoire qui leur sert d'entraineur salue la musicienne comme s'il la connaissait bien, lui demandant comment elle va, et si elle compte rester pour le match du jour. Quand elle acquiesce avec assurance, qu'Heisuke demande, ses mèches nouvellement teintes en brun et rouge vif :
- Mais t'as pas cours, Tsuchida ?
Elle hausse les épaules, et l'homme se détourne d'eux pour accueillir un des retardataires avec de grands gestes :
- Rien que je ne peux rattraper. J'ai des camarades qui disparaissent plus souvent et plus longtemps qu'une journée par semestre. C'est assez courant chez les artistes.
- Et ça craint pas, pour ta bourse ? s'inquiète Aomine.
Il se maudit de tous les noms au passage, de ne pas y avoir pensé, et l'air désinvolte qu'elle affiche pour répondre ne le calme pas une seconde : elle pourrait être en enfer qu'elle ne sourcillerait pas si elle le voulait.
- Non, j'ai mes propres contacts avec mes propres profs. On glissera un mot pour moi, ne t'en fais pas.
- T'es si célèbre que ça ? se moque-t-il.
Elle lui répond sur le ton d'un secret d'Etat :
- Trois têtes m'ont demandé si je voulais suivre leur cours en option principale l'année prochaine.
Le basketteur secoue la tête, en y croyant à peine. Non pas qu'elle ne soit pas capable d'une chose pareille, mais sa façon d'en parler est agréablement perturbante. Les « têtes » est une façon que les étudiants de l'école ont de parler des professeurs pesant le plus lourd dans l'école : grands artistes célèbres, devenus professeurs difficiles à avoir, et auxquels on passe certaines faveurs, si elles leur permettent de rester dans l'établissement. Qu'elle s'en soit mis trois dans la poche n'est pas si surprenant que ça, après tout, elle a séduit au moins le double des membres du jury pour obtenir sa bourse...
- Aomine-chi ! puis plus ravi encore : Tsu-chan !!
Les deux étudiants se retournent en fronçant les sourcils par la familiarité de la voix qui les a interpelés, et si pour Tsuchida c'était une certitude, le basketteur tombe des nues :
- Kise ?
L'apprenti pilote leur fait de grands signes heureux en les rejoignant, tout en essayant de se libérer de sa foule de fan s'agglomérant autour de lui avec une facilité déconcertante. Quand il parvient à les rejoindre, les jeunes filles se tournent également vers les sportifs qui tentaient de profiter de leurs dernières minutes de calme, permettant à des supportaires de s'intégrer à la cacophonie.
La jauge de tolérance de Tsuchida explose une seconde avant celle du coach revenant de l'entrée qui est allouée à l'équipe et elle hurle avec sa voix mi-grave, mais portante :
- HÉ ! C'EST PAS FINI VOTRE BORDEL ?! Y a des sportifs qui se concentrent pour le match, alors allez gueuler dans les oreilles de quelqu'un d'autre !
Une des filles tente de s'interposer :
- Mais pour qui tu te prends... ?
Tsuchida se tourne vers elle en bombant le torse et doit incliner la tête vers le bas pour lui répondre :
- T'as pas à le savoir, dégagez de là, et que ça saute.
En moins de cinq minutes, la petite foule a entièrement tourné les talons.
- Tu cries toujours aussi fort, mais quel bonheur, ce calme ensuite ! sourit Kise en lui faisant en une accolade. Mais c'est moi ou tu parles de plus en plus mal ?
Aomine détourne les yeux avec un rire nerveux :
- C'est de pire en pire, et bientôt, elle causera comme une racaille. J'arrive pas à lui faire perdre cette habitude.
Elle mime leur discussion avec ses mains et des grimaces, et le coach doit couper la conversation :
- Désolé les gars, mais on va entrer dans le vestiaire, commencez à vous changer, j'arrive.
Le basketteur aux cheveux bleus regarde sa compagne, qui lui tend le poing avec un sourire. Elle ne l'avait jamais fait avant, et il trouve pourtant ce geste terriblement réconfortant. Au départ, c'était un truc entre Kuroko et lui, mais c'est plus que ça, maintenant. C'est un truc entre lui et ses coéquipiers. Ce qui lui rappelle que Tsuchida fait partie intégrante de son équipe.
Alors pas de baisers, d'autres mots, ou de câlins, clins d'œil ou autre. Tout est dit, et il ne se retourne pas en entrant dans la bâtisse, même si ses camarades le dévisagent, en se demandant si c'est bien là le gars qui matte les filles dans les magasines avec eux à la pause déjeuner.
- Ta relation avec ta copine est trop saine pour ton personnage, Aomine, se moque Aburaya en retirant son sac de sur son épaule une fois dans le couloir.
Celui-ci mène à une pièce enfilée qui leur servira de repère pour les trois heures à venir : leur vestiaire.
- Mais de quoi tu parles ? demande Aomine en secouant la tête.
Le petit joueur rit.
- De rien, de rien.
Dehors, Kise a promis à Tsuchida de l'attendre dans le hall d'entrée, le temps qu'elle discute avec le coach, qui lui voulait lui parler rapidement avant de suivre ses gars :
- Qu'est ce que tu pense du basket ?
- Pour moi, ou pour Daiki ? réplique-t-elle en glissant ses mains dans ses poches, un sourire au coin des lèvres.
- Très bien, tu vois de quoi je veux parler. Pour lui.
- Si c'est ce qui vous inquiète, je suis musicienne, je sais ce que c'est, de vivre pour sa passion, et de travailler dur pour ça. Je n'ai pas prévu de le ralentir, ou de le brider dans quoi que ce soit. Qu'il s'agisse de ses choix, de son régime, ou de ses entrainements. Je me plis à son planning aussi souvent que possible, et je me suis assurée de ne pas le déranger pendant ses examens. Je suis une fille sérieuse. Et il le sait. On s'entend aussi bien pour ça, justement. Parce qu'on sait ce que c'est, d'être comme nous dans notre passion.
L'homme hoche la tête, à la fois satisfait de sa réponse et inquiet :
- Je vois. Merci pour lui.
- C'est normal.
- Pour le moment, ça a l'air de fonctionner, votre relation, alors... j'espère que vous pourrez la continuer aussi longtemps que possible.
L'expression détachée de l'étudiante s'assombrit.
- Qu'est ce que vous voulez me dire ?
- Que je ne pensais pas que tu étais sa version féminine. J'espère juste que puisqu'aucun de vous ne se dédie entièrement à l'autre, que vos passions ne vous causeront pas de soucis.
Il comprend à son regard qu'elle y a déjà réfléchit, et l'encourage d'une tape sur l'épaule, craignant ensuite de l'avoir cognée un peu trop fort, et elle répond avant qu'il n'ouvre la bouche :
- Tout est limité dans le temps. Le corps d'un sportif, ou d'un musicien, c'est pareil. Les gens comme nous savent qu'ils doivent profiter de ce qu'ils ont quand ils l'ont.
Le coach sourit et se détourne en hochant la tête :
- C'est vraiment bien que tu aies la tête sur les épaules, petite.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
