Elle mange lentement sa pâtisserie chaude, emballée dans la serviette en papier, écoutant les discussions animées autour d'elle. Les garçons se rendent à la gare pour rentrer chez eux, et elle n'aura pas passé longtemps avec eux, finalement.
Kise s'agite soudain :
- Un piano !
Dans le hall, un piano a été posé là, en libre service. Une aire a été délimitée dans l'espace par une bande de couleur sur le sol. Un enfant y joue une comptine mal assurée, et le regard de Tsuchida se fait curieux.
- Tu nous fais un truc ? demande Murasakibara en lorgnant son reste de gâteau.
De réflexe, elle le serre contre sa poitrine, et demande :
- Vous avez le temps ?
Les têtes se hochent, et elle soupire, avant d'engloutir le reste chaud, et de se diriger, la bouche pleine, vers l'enfant. Elle s'accroupi près de lui, sous le regard intrigué des parents, et il hoche la tête, lui faisant de la place. Elle s'assoit à côté de lui, et joue la même chose que le petit, pour s'assurer qu'ils ont le même rythme.
Elle se met alors à jouer les accords, enrobant les petites notes dans un ensemble noyant de son supplémentaires. Le garçon se perd d'abord, mais revient courageusement dans les trous sonores pour placer ses notes.
Plusieurs personnes s'arrêtent tour à tour, sortant leur téléphone pour les prendre en vidéo, et le groupe écoute, un léger sourire sur les lèvres. A la fin de la comptine, elle lui montre une ou deux choses sur le clavier, et quand il se lève en la remerciant, elle entame un morceau, vérifiant d'un regard le temps qu'elle a. Aomine lève les doigts : cinq minutes.
Tsuchida se lâche, elle frappe les touches avec envie, celle qu'elle a eu de faire de la musique toute la journée, sans avoir l'occasion de toucher un instrument. Elle évacue la fatigue, la nervosité, et finalement, quand elle se sent agréablement vide de tous ces sentiments parasites, elle peut enfin se sentir entière. Et il n'y a que deux choses dans cet univers qui permettent un état pareil : la musique, et certains de ses moments avec Aomine.
Elle ferme les yeux, profite, s'exalte. C'est un peu comme retrouver une drogue qu'on n'a pas la moindre envie d'arrêter, et de plonger tête la première dedans. Comme si la musique était cet élément qui la fait respirer. Elle a eu du mal, beaucoup de mal à s'y faire. Ajouter son petit ami à la liste lui fait peur. C'est terrible, comme sentiment. Elle ne sait pas ce qu'elle doit faire ou pas, ni comment il fonctionne. Petit à petit, toutes ses certitudes tombent, les unes après les autres, et les seules choses qui ne s'effondrent pas, son sa musique, et lui. Encore et toujours lui.
Elle s'arrête brutalement, reprend son souffle, se lève, les jambes tremblantes, et résiste à l'envie d'être prise dans ses bras. Elle ne peut pas faire ce genre de choses devant les autres. Pour elle, ça relève de la sphère intime. Tout comme s'embrasser, et tout ce qui s'en suit. L'idée d'avoir certains contacts normaux devant les autres la met mal à l'aise. Et ce malaise prend le pas sur l'envie. Elle se retient assez pour lever la tête vers lui, pour récupérer son sac.
Elle frissonne. Il la détaille avec un air capricieux, celui qu'il a quand elle se lève du lit quand il veut y rester, ou quand elle lui refuse quelque chose... sous la douche. La température de son corps grimpe, mais elle attrape fermement la bandoulière de son sac, frôlant ses cotes. Le message est passé.
Le groupe la félicite dès qu'ils sortent de leur torpeur, et elle hoche humblement la tête. Tout le monde n'a pas l'oreille musicale, mais tout le monde a apprécié.
- Je l'aurais moi-même envoyée dans cette école si on ne lui avait pas accordé de bourse, pense Akashi, touché par sa prestation.
Sa mère jouait du violon. Elle adorait la musique. Il avait appris pour elle. Le besoin de la musique, il connait. Et il le reconnait chez elle. C'est ce qui persuade le jeune héritier qu'elle ira loin dans ses ambitions, et avec son mode de pensées, il doute qu'elle leur fasse découvrir quelque chose de conventionnel.
- Nous devrions y aller, dit-il en surprenant un coup d'œil de l'adolescent basané. Nous allons rater nos trains, si on reste là.
- Ah plus, Tsu-chan ! sourit Kise d'un signe de main en partant avec les autres, suivit par Murasakibara, qui lui laisse une serviette pour s'essuyer la bouche.
Elle détourne les yeux, gênée, mais il lui sourit :
- Tu n'en n'as pas besoin, t'inquiète.
Elle soupire de soulagement.
- On rentre ? demande l'adolescente aux cheveux roses.
Elle s'accroche au bras droit d'Aomine par réflexe, et s'en éloigne dans un sursaut.
- Ah, pardon, je ne voulais pas...
- Il a un autre bras, ne t'en fais pas, répond Tsuchida en se mettant à sa gauche.
Il lui prend la main, et tous les trois, ils raccompagnent Momoï en premier, avant de rentrer chez les Aomine, par la porte. Montant les escaliers sur la pointe des pieds, elle pense tout de même à lui dire en arrivant que passer par la fenêtre fait bien moins de bruit, et a peu de chance de leur faire croiser les adultes, mais les sourcils haussés, il lui réplique que s'il ne lui ouvrait pas la fenêtre à chaque fois, elle resterait dehors.
- Bon, murmure-t-il, on a plus qu'à aller se coucher.
Elle monte sur la pointe de ses pieds, et l'embrasse :
- Ouais, bonne nuit, fait-elle avant de s'en détourner pour se mettre dans le lit.
Il l'attrape par la taille en ricanant :
- Que tu crois.
Sur le canapé du salon, devant la télévision plus forte qu'elle ne le devrait, le père à la peau mate soupire :
- Je ne sais pas si c'est parce qu'on a l'habitude, ou qu'ils se croient trop discrets pour nous, mais je pense faire ré isoler sa chambre, tu en pense quoi ?
Elle hoche la tête, les cheveux en chiffon derrière le crane, tasse en main.
- Je pense que c'est une très bonne idée.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
