Aomine a passé la majeure partie de sa soirée à ronger son frein pour ne pas l'interrompre. Momoï a elle aussi essayé de l'appeler deux fois, et sa mère lui a laissé un message, mais peu importe : Tsuchida a été la plus rapide des trois.
Et avant qu'ils ne s'en rendent compte, une semaine et demie se passe, obligeant Aomine à s'acheter une oreillette, téléphonant avec Tsuchida à n'importe quel moment de la journée. Ils ne pourraient pas suivre leurs cours sans se voir. C'est trop de distance d'un seul coup. Et bien qu'elle tente de trouver le temps de le faire, Momoï et elle ne se sont vues qu'une heure de temps à autre, le midi.
Non, la seule personne qu'elle a le temps de voir, et seulement pour travailler, c'est Iwabuchi, un étage sous le sien. Le reste de son temps, que ce soit ses dix minutes à pieds pour rentrer chez elle, quand elle prend son dîner, ou même quand elle fait les courses, elle le passe au téléphone. Aujourd'hui, c'est le basketteur qui lui raconte sa soirée, le souffle court. Elle l'entend prendre son élan, sauter, et marquer tout en parlant, résonnant dans le gymnase vide.
- Enfin bon, voilà quoi. Tu ne travaille pas trop, toi, j'espère.
- Je ne peux pas travailler moins. Les professeurs parlent tous les jours de choses que je ne connais pas. Je ne peux pas avoir moins de la moyenne, au moins le temps de savoir comment ils notent et sur quoi je vais tomber aux examens de mi-semestre, répond-elle.
Il soupire tout en s'épongeant le front.
- Tu prends de vrais repas, pas vrai ? demande-t-elle soudain. J'ai lu que certains sportifs n'avalaient que des protéines...
- Si je fais ça, toi, ma mère, et mon nutritionniste, allez me tuer, rit-il. Je n'oserais pas.
Elle soupire de soulagement en rangeant ses courses dans le placard, le fil de ses écouteurs pendant devant elle, s'emmêlant dans ses mouvements.
- Tu fais quelque chose ce week-end ? demande Tsuchida après une hésitation. Je n'ai rien de prévu du vendredi soir au lundi matin, alors je voulais savoir... si ça ne te dérange pas...
- Bien sûr ! Viens à la maison. Dis-moi l'heure, je viendrais te chercher à la gare, sourit-il ravi. J'ai vraiment eu peur de ne pas te revoir avant un moment.
Elle s'assoit contre le placard, à quelques centimètres du lit.
- J'en ai eu peur aussi, avoue-t-elle.
Il repose sa gourde et ferme les yeux le temps de l'imaginer, des cheveux aux sourcils, passant par le froncement de son nez et par ses lèvres.
- Tout va bien, Koike ?
L'étudiante acquiesce.
- Oui, ne t'en fais pas. tu me manques, c'est tout.
Aomine sursaute quand la porte derrière lui s'ouvre. On l'interpelle, et il fait signe qu'il est au téléphone tout en la prévenant.
- Je... vais devoir te laisser. Tu me tiens au courant ?
- Bien sûr.
- D'ac. Tu me manques, toi aussi, chuchote-t-il rapidement avant de raccrocher.
Il retire son oreillette et la jette dans son sac de sport.
- T'as carrément acheté un quitte-main libre pour téléphoner à ta copine quand tu t'entraine ? rit le plus petit. T'es grave !
Dépité par la facilité avec laquelle Obata, son camarade de classe, parvient à le déchiffrer, il ne répond pas, tournant simplement la tête pour ramasser le ballon.
- Quoi, il a une copine ? demande l'autre en haussant les sourcils.
Aburaya est de quelques centimètres plus grand qu'Aomine, et c'est une grande gueule. Mais le basketteur l'aime bien, il sourit beaucoup, et est généralement jovial.
- Ouais, j'ai une copine.
- Elle est jolie ? T'as une photo ? demande-t-il avec entrain, en laissant son sac tomber par terre, pour refaire ses lacets sur le banc.
Aburaya est fin et pâle, alors qu'Obata a la peau presque plus matte que celle de leur camarade, et plus robuste. En bref, Aomine est un nuancier des deux, avec le talent en prime. Ou du moins, c'est ce qu'il se dit quand il y pense.
- Nan, j'te la montrerais pas. Mais ouais, elle est canon. C'est la plus jolie fille de notre lycée. Elle est... juste belle. Et en plus, c'est une rapide. Le genre de nana qui se prépare plus vite que toi, et qui te permet de rester plus longtemps au lit, finit-il narquois. Un rêve.
Obata le regarde parler avec un sourire en coin, et s'échauffe en silence, tandis que leur camarade s'exclame en riant :
- Une fille pareille, ça n'existe pas.
- Si, mais il n'y en n'a qu'une, et elle sort avec moi, répond Aomine en s'éloignant un peu.
- N'importe quoi. Une bombe habillée, coiffée et maquillée en cinq minutes ?
- Elle ne se maquille pas très souvent. Même si ça lui va franchement bien, dit-il en faisant rebondir son ballon. Mais je vous la présenterais, un jour...
Le plus petit demande finalement :
- Et elle fait quoi de sa vie, cette copine parfaite ?
- Orugouru. Première année. Section musicale. Elle stresse un peu, mais elle est douée. Vraiment très douée. Plus pour faire de la musique que faire à manger, d'ailleurs.
Aburaya vérifie une dernière fois ses lacets :
- C'est pas la porte d'à côté, son école... c'est un moulin à parole une fois lancé, celui-là ! Eh, tu fais la passe ?
- Alors le génie du basket sort avec un génie de la musique... et ça donne quoi ?
Aomine le regarde sans comprendre.
- De ?
- Votre couple. Entre deux passionnés. C'est pas trop compliqué ? Je sais que j'ai du mal à trouver une fille qui me pardonne de passer plus de temps avec mon ballon qu'avec elle.
- Mon ex me reprochait la même chose, marmonne le plus grand. Mais c'était un connard de première, termine-t-il en attrapant la balle.
L'étudiant réfléchit une seconde.
- Ma dernière connasse commence à dater. Je sors avec Koike depuis deux ans.
Ils se taisent, et soudain, Aomine fléchit les genoux, et récupère la sphère orange. Ils se déplacent rapidement pour l'empêcher de marquer un panier, et il les laisse derrière lui dans un mouvement qu'il connait bien, lançant par le dos du panier, passant par dessus, avant d'entrer dans l'arceau.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
