Même s'il aurait préféré passer la soirée rien qu'avec elle, il reconnait que la passer avec elle et ses camarades de classe est sincèrement appréciable. Eux qui ne l'ont pas vue beaucoup, apprennent rapidement à la connaître, et Aburaya peut prendre la pleine mesure de l'utilité des conseils d'Awa pour son ami.
- T'es vraiment pas obligée de leur payer le repas, lui murmure encore une fois le basketteur, je sais que tu as des économies, mais...
- Tu verras quand tu arriveras chez moi, lui répond-elle en le repoussant du coude. Ce n'est pas dans mes économies que je tape, là, c'est dans mon salaire.
Les quatre autres paires d'oreilles discrètes tournent leur tête vers elle, et elle sourit, un brin rêveuse :
- Sur ce coup là, j'ai tellement bien bossé ! Je ne sais pas ce que ça donnera quand je pourrais présenter des partitions philharmoniques, mais je me débrouille vraiment bien avec la pop-rock. On m'a encore présenté quelqu'un. Et c'est un album entier, que je vais peut-être faire, cette fois, frissonne-t-elle.
Le brouhaha reprend vite, entre les discussions sur les filles croisées, ou sur les derniers matchs. Les basketteurs s'animent, et Tsuchida doit prendre rapidement un cachet qu'elle avale d'une gorgée de soda.
Ils se séparent une heure plus tard, après qu'elle ait sous-entendu que sécher leurs cours ne veut pas dire qu'ils doivent faire la fête toute la nuit, surtout une veille de match. Derrière la petite leçon de morale, Aomine remarque qu'elle est elle-même épuisée, et qu'ils doivent rentrer maintenant, s'ils veulent profiter d'un peu de temps tous les deux.
Ils marchent côtes à côtes un moment, et il se penche un peu vers elle pour lui attraper la main. Il rate au premier essai, entrecroise les mauvais doigts à la deuxième, et à la dernière, Tsuchida s'en occupe elle-même, retrouvant dans le même coup cette sensation d'être deux âmes dans un même corps. Elle se contente de soupirer, et il garde le silence, anxieux.
Il allait s'arrêter devant le bâtiment, lorsqu'elle lui fait signe d'avancer encore un peu.
- Elle a déménagé, se rappelle-t-il. Pourquoi tu ne m'as pas dit avant que tu avais changé de résidence.
Elle hausse les épaules :
- C'était important ?
- Pour moi, oui, répond-il à mi-voix. J'aurais pu passer t'aider avec tes cartons, ou un truc du genre.
- Je ne voulais pas te déranger pendant tes examens. Et ensuite, j'ai oublié.
Ils marchent sans rien dire jusqu'à ce qu'elle lui tire sur la main :
- Hé... désolée. J'ai vraiment pas pensé à te le dire. Tu sais... tu seras mon premier invité dans cet appartement, ajoute-t-elle pour le faire sourire.
La ruse fonctionne, il hoche la tête avec un petit air béat.
- Tu n'as pas encore invité Satsuki ? Ou ta pote danseuse ?
Elle secoue la tête en se mordant la lèvre :
- Nan ! Tu seras vraiment le premier, j'ai emménagé toute seule. Pour le peu d'affaires que j'avais... c'est ici, se coupe-t-elle en lui montrant la porte de l'immeuble.
Il tourne sur lui-même pour regarder l'ancien, et se tourne vers le nouveau. Elle est à l'autre bout de la rue, sur le même trottoir.
- Elle est vraiment pas partie loin...
- J'ai la tête comme une casserole, soupire-t-elle en tapant le code de la porte de l'immeuble. Tout résonne, c'est un enfer.
Aomine sourit, et pose sa main sur son épaule :
- Ne t'inquiète pas, on sera bientôt au calme.
Elle acquiesce et monte les escaliers jusqu'au deuxième étage, en tête. Elle s'arrête devant l'une des portes, et demande, figeant Aomine sur place :
- Excusez-moi, vous êtes... ?
Une femme est adossée à la porte, les bras croisés, et attendait visiblement leur retour. Elle fronce les sourcils, agacée, et répond sèchement :
- J'ai cru que tu ne rentrerais jamais. J'attends mon courrier depuis deux semaines. Et tu n'es jamais chez toi. Je peux avoir mes lettres, maintenant ?
- Oh, tu es l'ancienne locataire, répond Tsuchida avec un soupir. J'en ai reçu deux. Tu veux me laisser ton numéro, si j'en reçois d'autres ? demande-t-elle en ouvrant la porte.
- Non, réplique-t-elle, ça ne devrait plus arriver.
L'étudiante fait deux pas à l'intérieur, récupère plusieurs enveloppes, et lui tend. La jeune femme s'en saisit, la regarde, se tourne vers le basketteur, et dit avant de partir :
- Fais attention. Ils te prêtent un bel appart', t'offrent de belles récompenses quand tu avances, mais quand tu ne leur sers plus à rien, ou que tu ne les satisfaits pas, ils te sortent de leur champs de vision. Même si tu n'es finalement jamais diplômée en entier.
Ses baskets ne font pas le moindre bruit en partant, et Aomine fronce les sourcils, curieux :
- De quoi elle parle ?
Tsuchida secoue la tête en entrant à nouveau dans l'appartement, et se fige sur l'entrée en en voyant l'intérieur : un superbe quatre pièces, avec un salon-salle à manger devant faire toute la superficie de son propre logement, lumineux meubles neufs, et télévision grand écran.
- Je te l'ai dit. Quand les musiciens me voient à côté de toi, ils pensent que je suis superficielle. Je m'en sors bien, je me tape un beau mec, j'ai forcément de l'argent. Sauf que ça ne suffira pas, pour être sur le mur de l'école. Tu l'as déjà vu ? demande-t-elle les mains dans les poches, dos à lui. Ce mur, dans le hall, dans lequel tous les diplômés en master sont gravés. Ils ne sont pas tant que ça, tu remarqueras. Un mur pour la musique, un juste en face pour les spectacles. La plupart des musiciens ne font qu'une licence, ils vieillissent vite, leurs doigts s'abiment encore plus vite à cause des répétitions intensives, et ils finissent professeurs de musique. Les chefs d'orchestre eux, se défendent mieux, mais quand ils sont vraiment doués, on les débauche tôt, ils ne finissent jamais. Les danseurs non plus, mais pour les sportifs de haut niveau, je ne t'apprends rien.
- Et toi ? Tu l'auras, ton nom sur ce mur ?
- Je n'en veux pas, répond-elle honnêtement. C'est prétentieux. Et en plus, c'est la preuve formelle que tu as été formé par cette école, est-ce-que tu vois où je veux en venir ?
Il secoue la tête, désolé :
- Non.
Et sans répondre, elle se tourne à demi pour lui sourire.
VOUS LISEZ
Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
