Elle répète encore une fois :
- Vraiment ?
- Mais vas-y, rit-il en se levant pour lui tendre la main.
Elle regarde une dernière fois la scène, et lui attrape franchement le bras pour qu'il la tire debout. Aomine l'emmène plus bas, et elle presse le pas à s'en faire mal aux hanches tant elle a envie d'y aller.
- Bonsoir, la saluent les trois femmes avec un sourire.
- Merci d'être restées, leur dit le basketteur en s'inclinant légèrement.
Les filles lui disent qu'elles ne sont pas à quinze minutes près, et les musiciens leur font aussi un petit sourire.
- Qu'est ce que tu leur as dit, demande-t-elle.
Il l'attrape par la taille, et la fait asseoir sur le bord.
- Rien, répond-il avec un clin d'œil. Ça va, si elle reste assise ?
- Bien sûr, vous savez chanter ? lui demande la plus jeune en se penchant vers elle.
- Oui, j'ai eu des cours.
Elle se doute que la question est plus d'ordre pratique qu'esthétique, ou effectivement, elle se serait pas capable de chanter assise, mais on ne leur pose pas plus de questions, et l'une des chansons jouées dans la soirée commence.
Quand il a rencontré Tsuchida, l'impression de vide que le basket lui avait laissé au fil du collège avait déjà commencé à s'effacer. Il remarque à présent que ce n'est pas seulement ça, qui le rend plus complet aujourd'hui.
Et ce n'est pas que la sensation lui avait manqué, mais plutôt la certitude qu'elle ne lui manque plus depuis longtemps. Ça l'a surpris de s'en rendre compte aussi facilement, alors qu'elle n'a fait que le regarder jusqu'à ce qu'il la fasse descendre du bord des planches.
Et il peut encore sentir la pression de sa main dans la sienne, au moment où elle avait ouvert la bouche pour lancer son chant, avec un coffre si puissant qu'on l'avait entendue chanter juste, jusqu'à leur table, et sans la fatiguer. Une prestation aussi surprenante qu'extraordinaire.
De réflexe, il évite le ballon qu'il se serait pris en pleine figure s'il était resté perdu dans ses pensées. Ça fait bien deux semaines que Tsuchida vit chez lui, et il en perd sa concentration. Jusqu'à se faire enguirlander devant toute l'équipe par le coach :
- Si t'es pas capable de vivre avec ta copine et de jouer, t'as intérêt à choisir l'activité que tu vas garder, Aomine !
Il en pince les lèvres, et se retient de lancer avec amertume que si sa « copine » ne passait pas ses soirées au cabaret pour travailler l'exposé qu'elle devra rendre le mois suivant, et qui comptera pour le principal de son passage à l'année suivante, il se concentrerait peut-être plus facilement. Une reprise qui lui prend tout son temps. Et qui l'inquiète, lui, sur sa fin de convalescence.
- Aomine !
Il en sursaute.
- Coach ? répond-il en se reprenant.
- Sur le banc.
Il se laisse tomber sur le banc, sans regarder personne. Il n'a pas encore parlé non plus à Tsuchida de la lettre qu'on lui a remit en main propre il y a trois jours. Cette enveloppe qu'il n'a toujours pas osé ouvrir. La réponse à sa candidature pour partir aux Etats Unis. Mais comment partir, et la laisser derrière lui ?
Ça fait un moment qu'il y réfléchissait, et à vrai dire, la présente situation lui a permis de se rendre compte que laisser Tsuchida au Japon va terriblement l'inquiéter. Il ne sera plus question de la voir deux à trois fois par mois, ou de lui téléphoner à toute heure du jour ou de la nuit. Cette idée de la solitude lui tort l'estomac. Mais qu'en penserait-elle, elle ?
Il secoue la tête, définitivement trop ailleurs pour essayer de suivre le match, ou faire signe au coach pour retourner sur le terrain. Il se prend le crâne entre les mains, et se plie en deux, soupirant. Aburaya s'en préoccupe vaguement, avant de se rendre compte qu'il ne fait que réfléchir.
- A tous les coups, elle me dirait de partir, même si ça veut dire qu'on se séparera pour des périodes beaucoup plus longues.
Parce qu'il n'y a pas à douter qu'elle ne bougera pas de son école avant d'en tirer tout ce qu'elle a à leur prendre. Et il n'est pas question qu'il lui demande de faire une année de césure, ou quelque chose du genre. Les capacités physiques des musiciens ont-elles aussi des limites. C'est la dure loi de ceux qui utilisent leur corps pour leur passion.
Le coup de sifflet qui marque la fin de la pratique le sort à peine de son esprit, et il marche comme un fantôme jusqu'aux vestiaires. Là, il se déshabille de la même façon, complètement perdu dans son angoisse silencieuse.
- Il faudrait que j'en discute avec quelqu'un. Mais... avec mon père, je pense que ce serait le mieux. Les gars ne vont pas comprendre. Et Koike...
Il hoche la tête dans le vide, et se réveille sous les yeux ahuris de ses coéquipiers, qui le fixent jusqu'à sa sortie de l'endroit.
- Il a vachement à gérer, en ce moment, soupire Obata en sortant de la douche.
Il se frotte les cheveux avec sa serviette, et son camarade incline la tête sur le côté :
- Qu'est ce que tu sais ?
Il se retient d'ajouter : « que je ne sais pas ? », trop conscient que ses propres problèmes lui ont occulté ceux des autres, récemment. Le géant ricane, ironique au-delà de ses habitudes :
- Tu ne l'as pas vu ?
- Non, répond Aburaya en laçant ses baskets d'intérieur.
- Il a reçu sa lettre. Mais il ne l'a toujours pas ouverte.
- Et donc ?
- Il va faire comment, avec Tsuchida, si il part à l'autre bout du monde ?
Le plus petit fronce les sourcils.
- Ben, il va... attends, tu crois qu'il va manquer sa chance pour elle ?
- Tu as vu comment il la regarde ? demande Obata soudain rhétorique. Je pense que tu as ta réponse.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
