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Chapitre 88

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Sur le pas de la porte, Tsuchida croise les bras, pour garder fermé son gilet. Ils sont encore dans l'appartement, mais il est temps de se séparer.

- Tu es sûr que je ne te raccompagne pas ?

- Je croyais que tu ne pouvais plus sécher de cours, réplique Akashi, les cheveux plus en bataille que jamais.

- C'est vrai, répond-elle embêtée. Mais tu t'es déplacé pour moi, et tu n'as pas dormi de la nuit.

- Je t'ai été utile ?

Elle le regarde un moment. Elle est plus grande que lui de quelques petits centimètres, et pourtant, l'ancien capitaine n'a pas besoin d'eux pour imposer un curieux respect qu'elle admire. Elle répond honnêtement :

- J'ai plus de questions, mais j'ai les réponses qui m'étaient le plus nécessaires. Merci beaucoup. J'avais besoin de pragmatisme.

Il ricane.

- Pour ta relation amoureuse ?

Elle secoue la tête avec un faible sourire.

- Il n'y a pas beaucoup d'options, pour les gens comme moi. J'ai mon propre langage, mais tout le monde ne parle pas la musique, et je sais déjà ce qu'en pensent mes sentiments, crois-moi. Sauf que c'est ma tête qui décide, achève-t-elle sérieusement. Et elle avait les idées embrouillées. Maintenant qu'elles sont rangées... je sais ce que je vais faire.

Il la regarde longuement. il sait que les décisions qu'elle va faire dans les jours à venir seront difficiles. Et il sait qu'il n'aimerait pas être à sa place. Peut-être que c'est un rôle qu'il était le seul à pouvoir avoir en fin de compte : le rôle de celui qui pose les bonnes questions pratiques, et qui voit dans le temps. Reste à savoir s'il va détruire l'un de ses meilleurs amis en voulant aider une autre amie.

- J'ai fait attention à ne pas prendre parti... et je n'ai pas orienté la conversation, c'est un peu parti dans tous les sens. J'ai pas la moindre idée de ce qu'elle va faire. Mais j'imagine que c'est à Aomine de le savoir en premier. Je n'ai été que l'oreille... très indiscrète, songe-t-il en repensant à toutes les choses qui avaient pu traverser leurs mots. Alors j'ai fait ce que j'étais venu faire, dit-il pourtant satisfait. Si tu as encore besoin de moi... quoi qu'il en soit, et quoi que tu choisisses, j'estime avoir tout entendu. N'hésite pas à appeler. Tu peux compter sur moi.

Soulagée de l'entendre, Tsuchida rit nerveusement.

- Merci beaucoup. Vraiment.

Il tend la main, et elle la serre dans un mouvement d'affection.

- Je savais que tu serais fiable, mais j'avais peur de te mettre dans une position délicate. Merci de m'avoir permis de compter sur toi. Je ne l'oublierais pas.

Elle ouvre la porte à l'instant où leurs mains se quittent, et il la salue une dernière fois, d'un bref sourire, avant de passer dans le couloir. Il s'éloigne, et elle referme la porte. Elle s'adosse contre le battant, épuisée.

- Dire que j'enchaine avec quatre heures de théorie... ça fait chier.

Elle prend une douche éclair, se laver les cheveux, qu'elle maudit pour avoir été mouillées par fines mèches rebelles, et quitte l'endroit à son tour, absolument pas prête à passer une longue journée, mais revitalisée par l'idée qu'elle sait où elle en est.

Lorsqu'elle a amorcé la conversation avec Akashi, elle a tout de suite su qu'il savait pour leur séparation. Et puisqu'elle ne voit pas Momoï en parler spécialement avec lui, elle en déduit qu'elle en a peut-être parlé à Kuroko, lequel n'est pas très loin de son ancien capitaine en termes de lieux d'études.

- Ouais, c'est sûrement ça.

Elle avait essayé d'en parler avec l'apprentie journaliste, avant de se rendre compte que ça n'allait pas marcher, avec elle. parce qu'elle risquait d'essayer de recoller les morceaux. Et que Tsuchida avait besoin de raconter l'histoire à quelqu'un qui l'aiderait au contraire à faire le tri. Qu'elle ait lancé tout ce qu'elle avait à dire en vrac au visage de l'homme qui est venu chez elle lui a semblé être une meilleure solution.

- Alors que nous ne sommes pas particulièrement proches. Et qu'il l'était peut-être plus de Daiki que de moi...

Elle passe la journée dans l'indifférence totale. Et ce manque d'intérêt pour la musique fait frissonner plusieurs de ses professeurs, rendus apathiques par son absence de réaction. Personne n'ose lui adresser la parole, on commence par lui faire signe de la main dans le couloir, pour se raviser ensuite, elle croise même Iwabuchi, qui ne lui fait qu'un sourire en passant près d'elle.

- Je dois avoir l'air vraiment contrariée.

Il y a deux jours, elle aurait compris. Elle se trouvait elle-même le caractère d'une tornade. A présent, c'est plus... moins... enfin... indéterminé.

Sa journée l'achève lorsqu'elle retrouve Aomine devant sa porte, en bas de son bâtiment de résidence. Elle en laisse tomber ses bras, et avance presque à l'envers. C'est trop tôt. Elle ne veut pas le voir. Et cette information rentre en collision avec une autre qui la met en colère : il lui a manqué.

Elle passe devant lui, ouvre la porte, et lui tient lorsqu'elle passe, l'invitant à entrer sans un mot. Il la suit sans rien dire.

Si elle ouvrait la bouche, elle ne sait pas du tout ce qui adviendrait de tout ce qu'elle s'est construit. Que ce soit au cours de ces derniers jours, de ces dernières années, ou de sa vie.

- Il a beau m'avoir manqué, je lui en veux énormément, se rend-elle compte en entrant chez elle.

Cette fois, elle ne tient pas la porte, c'est à lui de la suivre, et s'il note le changement qui s'est produit entre les deux portes, il n'en montre rien. Il n'a pas de sac d'affaires. Il a prévu de dormir à l'hôtel. Pas question d'imposer sa présence si leur conversation tourne au vinaigre.

- Comment tu vas ? demande-t-il finalement.

- Je suis fatiguée, répond-elle sobrement. Et toi ?

- Je... suis fatigué aussi. Je suis désolé de débarquer, mais je voulais te voir. Pour parler. La dernière fois... c'était pas une véritable conversation, et je pense qu'on devrait reparler. Plus calmement.

Une fois toutes ses affaires posées, elle se retourne lentement, s'appuyant sur le buffet de la salle à manger. L'appartement est aussi grand qu'il est moderne. Et en même temps, ils seront d'accord tous les deux pour dire qu'il ne va pas du tout à la musicienne. Il est trop condensé. Et il y a trop d'espaces vides et inutilisés. Espaces qu'elle augmente en se faisant plus petite, lorsqu'elle croise les bras.

- On a terminé ça calmement, la dernière fois, je crois. Et on en a conclu que ça ne marchait plus.

- Non, dit-il en secouant la tête. J'aimerais qu'on en parle, s'il-te-plaît, ajoute-t-il en s'approchant. C'était ma conclusion, et elle ne me convient pas.

Elle tend la main vers lui, paume levée :

- Ne t'approche pas plus. Je teins à mon espace.

Sa dernière remarque est presque méchante, et il passe outre, estimant l'avoir largement plus blessé que ce qu'elle peut vouloir répondre aujourd'hui.

Elle reprend avant lui.

- Elle ne te convient pas, cette conclusion ? C'est toi qui en es arrivé là, je te signale.

Il prend le parti de s'asseoir sur le rebord de la table, à deux mètre d'elle.

- Je sais. Et je me répète : ça ne me convient pas.



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