Nous avons mis à jour nos Directives de Contenu.
Consultez les dernières directives pour continuer à partager des histoires en toute sécurité.

Chapitre 75

82 6 0
                                        

Si Momoï est d'abord franchement choquée par le manque de vêtements portés par les danseuses, elle se laisse rapidement convaincre par les paillettes, et les jeux de lumière. Tsuchida a quant à elle comme déconnecté son cerveau. La fatigue, et la frustration qu'elle a accumulées au cours des dernières semaines la glissent tellement dans le spectacle, que son plat est tiède, presque froid, quand elle s'y intéresse.

Le spectacle est terminé, et tout le monde a presque terminé son assiette, alors que la salle se vide peu à peu. On leur demande s'ils savent ce qu'ils prendront comme dessert, pour que le cuisinier puisse partir juste après les avoir faits, et le petit groupe termine tranquillement son repas.

Aomine se lève dès que son assiette est terminée, se raclant la gorge :

- Je reviens.

Les autres hochent la tête sans s'interrompre, discutant joyeusement du prochain projet journalistique de Momoï.

- Mais ça m'intéresserait vraiment, cette histoire ! dit-elle à Awa. Je n'avais pas entendu parler de ça. C'est un bruit qui court, ou...

- Non, répond Bulle en secouant la tête. On en est conscients. C'est juste que ce genre de problèmes est très fréquent, et que les gens s'en moquent.

- Mais c'est quand même incroyable !

La question des chances des femmes d'entrer dans un grand cabinet d'architecture n'intéresse pas tant que ça Tsuchida, si bien que si elle pouvait se déplacer comme elle l'entend, elle se baladerait dans la salle, qu'elle s'imagine déjà parcourir.

- Ah, tiens, désolé les filles, si je vous coupe, dit soudain Obata, mais je voulais savoir, Tsuchida.

Le groupe se tait, et le son des couverts ramassés derrière est la seule chose qui vient perturber leur silence.

- Pendant qu'Aomine n'est pas là, je voulais savoir, ça ne te dérange vraiment pas, qu'il t'ait amenée ici ?

Awa s'apprête à le reprendre, lui disant que ce genre de choses ne les regarde pas, et qu'elle peut bien garder ce qu'elle pense pour elle, parce que c'est son droit. Mais au lieu de répondre, la musicienne fronce les sourcils, et la coupe dans son élan :

- Je te demande pardon ?

Le basketteur comprend son erreur de lui même, et se tasse dans le fond de sa chaise.

- Je ne voulais pas te vexer, essaie-t-il de temporiser.

Elle rit sec.

- Me vexer ? Parce que pour toi, un cabaret est un endroit où les filles dansent les seins à l'air pour se faire reluquer ? C'est leur travail, et c'est un travail de scène. Je ne suis pas là pour les voir à poil, mais pour l'ambiance générale. C'est la musique, les paillettes, le décor, pourquoi je prendrais mal que mon copain m'emmène manger dans un endroit qui m'intéresse ? Parce que c'est limite ? Limite de quoi ?

- Quoi je dise, tu vas te mettre en colère, répond calmement Obata, mais je vais te dire quand même ce que je pense : reconnais qu'ici, au Japon, c'est « limite » de la débauche, et même si nous sommes jeunes, et qu'on a l'esprit de plus en plus ouvert, ça pourrait te gêner, de venir dans ce genre d'endroit. Après tout, tu étudies dans une école de musique classique. Et tu côtoies des gens qui ont de l'argent. J'ai pensé...

- Que je n'avais jamais acheté l'une des revues d'Aomine ? dit-elle en haussant les sourcils, la mâchoire raide.

- Tu l'as déjà fait ? demande Momoï éberluée. Celles où elles sont en petite lingerie ? Je croyais qu'il n'en lisait plus.

- C'est plus le cas, répond Aomine en s'asseyant. Qu'est ce qu'il se passe, ici ?

- Il y a que ton ami a cru que j'avais un ballet dans le cul parce que je vais dans une école de riches, siffle Tsuchida en se levant. Je vais aux toilettes.

Elle s'éloigne de la table de se tenant à la rambarde, et la lâche pour aller vers le comptoir, où elle demande quelle direction prendre.

- Tu n'aurais pas dû lui parler de ça, déclare Awa en se levant à son tour.

- Je ne pensais pas que je la mettrais en colère.

- Elle est à fleur de peau, en ce moment, crétin, se fâche-t-elle en partant à la recherche de la musicienne.

Désemparée, Momoï se lève à son tour.

- Je crois que vous devriez discuter un petit peu, tous les trois. On revient vite, promis, dit-elle en embrassant la joue de son meilleur ami.

- Je suis désolé... commence Obata.

Aomine lui fait signe d'attendre que les oreilles indiscrète de la petite étudiante aux cheveux roses soit assez loin pour lui dire :

- Elle est fatiguée, et j'aurais dû être un peu plus explicite en vous parlant d'elle. C'est de ma faute. Elle a un caractère de chien, et si tu la laisse faire, elle te surprend à chaque fois que tu respire, alors voilà : Koike a toujours été maladroite avec les gens. Quoi que tu lui aies dit, elle n'est probablement pas blessée dans son orgueil, mais juste en colère parce que tu as parlé de quelqu'un d'autre. Genre, de moi. Et non, elle a pas un sous. Elle a pas un ballet dans le derrière non-plus, et elle est très... Elle s'en fout, des dégâts qu'elle fait quand elle passe. Si tu t'excuse tout de suite, vous n'en reparlerez plus. Et si elle a tort... alors elle s'excusera en premier.

Les trois filles reviennent déjà, et il soupire :

- C'est comme ça que ça marche. Et... la gêne, ça n'existe pas, chez elle. Souviens-t-en, la prochaine fois.

Aburaya, qui étouffait son rire comme il pouvait explose avant que son ami n'aie le temps de se lever, pour exprimer ses regrets. Tsuchida n'accorde même pas un regard pour lui et se contente d'hocher la tête en regardant Obata.

- Tu es vraiment un sacré spécimen, Tsuchida, respire Aburaya entre deux rires.

Elle acquiesce en silence, et les deux autres filles, décontenancées devant la reprise rapide des émotions de leur amie, s'assoient sans un mot aussi. Les dernières personnes restées à part eux sortent de l'endroit. Et lorsque les portes d'entrée se referment, des musiciens reviennent sur le côté de la scène, pour ressortir leurs instruments.

Le cabaret est décoré dans le style classique. Les moulures dorées qui ornent le plafond se confondent dans le lustre principal, immense, qui en descend, accroché à tout un feuillage artificiel, le reliant aux autres plus petits. Il n'y a pas de fenêtres, mais des cadres en imitent en peintures sur les murs, derrière des rideaux en velours bleu sombre.

Le rideau de la scène, dans la même étoffe, est baissé depuis longtemps, et le reste encore, quand trois des chanteuses de la soirée se font aider pour monter du côté spectateur. Elles ont retiré leur maquillage et tenues de scènes, mais tiennent fermement un micro chacune.

- Qu'est ce qu'elles font ? demande Tsuchida en les regardant fixement.

- Elles vont chanter, lui répond Aomine. Tu veux y aller ? demande-t-il après une courte pause.

Elle se tourne lentement vers lui.

- Quoi ?

- Elles chantent pour toi, dit-il avec un sourire en coin. Tu veux y aller aussi ?


Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant