Tsuchida ne répond pas au téléphone. Ou du moins, pas tout à fait. Elle ne décroche pas lorsqu'il l'appelle, mais lui envoie des messages à la place. Depuis dix minutes, il essaie de l'appeler, dans un élan de courage qu'il ne se connaissait pas, se disant qu'il pourrait amorcer la chose avec elle...
- Hé, Aomine, tu viens boire un verre, ce soir ?
Il secoue la tête.
En suivant le conseil d'Obata, il s'est donné à fond, pour le match amical. Ne pas avoir de nouvelles d'Aburaya le dérange, en revanche. Le grand dadais semble le sentir, parce qu'il lui attrape l'épaule, et la lui serre :
- Allez, si personne ne répond, tant pieds, on ira boire sans eux. Le petit nous donnera des nouvelles rapidement. Et ta copine... bah. Passe la voir. Si elle répond pas.
Aomine sourit amèrement, en se demandant pourquoi ça a l'air aussi simple dans la tête de son ami, mais pas dans la sienne. Tsuchida lui semble un peu plus complexe que ça, et c'est perturbant de voir d'ailleurs le décalage. D'un autre côté, elle a démontré plusieurs fois qu'elle était bien plus simple.
- D'accord. J'essaierais de l'appeler demain. J'arrive.
Tsuchida se réveille d'un sommeil chimique et forcé par le cachet qu'elle a pris le matin. Il est au moins deux heures, vu comme la lune éclaire la chambre. Elle ouvre grand les yeux. La musicienne estime avoir suffisamment dormi, si c'est le cas. Si ça ne l'est pas, eh bien, elle est réveillée, de toute manière.
Elle tourne la tête suffisamment pour ne pas avoir à grimacer, et regarde son téléphone. Il lui faudrait l'attraper, pour regarder l'heure. Fermant d'abord les yeux pour rassembler un peu de courage, et se tournant sur le côté, celui qui la blessera le moins. Une fois assise, les deux jambes en dehors du lit, elle tend le bras sans y penser vers l'appareil, se rendant compte qu'elle ne l'a pas branché avant de dormir. Elle râle, mais ne se penche pas pour attraper le câble. Pas tout de suite.
Elle allume l'appareil sans difficultés. Elle a enchainé treize heures de sommeil sans l'utiliser. Alors il est encore à moitié plein. Elle n'a plus qu'à remarquer le nombre d'appels faramineux qu'Aomine lui a envoyé. Tout ça pour conclure par un message des moins lucides : « J'avais capté que tu ne voulais pas me parler, mais sérieusement, des messages automatiques ? ». La longue liste des « Je suis désolée, je suis occupée, je te rappelle vite. » répondant automatiquement aux appels qu'elle n'a pas décroché lui renvoie en pleine figure le manque de considération qu'elle a eu pour lui.
- Je ne voulais pas que ça se passe comme ça.
Elle serait tentée de se laisser retomber sur le lit, si elle ne savait pas qu'elle risquait de se faire plus mal qu'elle ne l'a déjà, à peine sortie du lit. Lit qu'elle quitte néanmoins, pour sortir de la chambre en se tenant aux murs, et tirant la première chaise qu'elle attrape autour de la table de sa salle à manger. Les feuilles qui s'entassent de plus en plus facilement sur l'espace lui donnent la furieuse envie de tout ranger, mais elle ne le peut pas. Pas si ça veut dire qu'elle va devoir rester debout un moment, et tourner dans tous les sens, pour tout rechercher dès le lendemain.
Tsuchida fixe son téléphone une dernière fois, et appelle le basketteur, avant de raccrocher soudainement.
- Putain, il est quatre heures du mat', qu'est-ce que je fous ? Il a un match important, en plus, la semaine prochaine, je n'ai pas moyen de savoir dans quel état de fatigue il est. Enfin... je le saurais... si je répondais au téléphone...
A la place, elle consulte ses emails. Elle lit attentivement tous les documents qui lui sont envoyés en prenant des notes, et vérifie une dernière fois que tout est en règle avec la scolarité. Une fois qu'elle est certaine que sa dispense de présence à l'académie a bien été pris en compte, et qu'elle a rattrapé tous ceux qu'elle a loupé la veille, Tsuchida reprend les morceaux qu'elle a commencé, pour diverses commandes.
Le livreur de ses courses pour la semaine arrivera à dix heures, elle travaillera jusque là. Et c'est ce qu'elle fait. Lorsqu'il sonne, elle lui indique de monter les courses jusqu'à son étage, et de venir poser les paquets dans son appartement. D'abord un peu hésitant, le livreur, sûrement aussi jeune qu'elle la retrouve en haut des marches, en robe de chambre. Il la dévisage longuement, tandis qu'elle regarde les marches, les yeux perdus dans le vague.
- Vous êtes... Mademoiselle Tsuchida ?
Elle se réveille tout de suite.
- C'est moi, oui, excusez-moi de tout vous faire porter, mais je n'en suis pas capable.
Il acquiesce, comme si ça tombait sous le sens par le biais d'une évidence inconnue à la plupart des gens qui la connaissent, et apporte les sac sur l'îlot de la cuisine.
- Vous allez pouvoir tout ranger ?
Elle le regarde de travers :
- J'ai un copain.
Il détourne les yeux en riant nerveusement :
- Non, c'est pas pour ça... c'est que vous n'avez pas l'air...
- Et pourtant, la semaine dernière, vous avez tout laissé devant la porte d'entrée avant de vous sauver. Le temps que j'arrive, il aurait pu manquer pas mal de choses.
- Si j'avais su... marmonne-t-il. Dites-vous que c'est pour m'excuser de la dernière fois, alors. Je sais que ce bâtiment est habité par des étudiants de l'école de musique du bout de la rue. Pas mal des étudiants commandent leurs courses pour ne pas avoir à les faire. Et la plupart du temps, ce sont des salopards, sans vouloir vous vexer.
- Et bien pas moi. Et... quand on a la vie dure, et qu'on est sous pression, c'est normal d'avoir le cuir épais. Même si ça ne justifie pas tout, conclue-t-elle en tirant un sac, qu'elle renverse sur le plan pour en attraper le contenu sans lever les bras. Je vais avoir besoin d'aide pour déplacer certaines choses qui sont encore dans les placards, et que je n'ai pas pu attraper, pas vraiment pour ces courses là, en vrai.
Il hoche la tête, un peu soulagé qu'elle accepte son aide, finalement :
- D'accord.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
