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Chapitre 26

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Elle remonte la rue d'un pas rapide, son sac fermement dans la main, son dossier sous l'autre bras. Elle n'aime pas spécialement se presser, mais cette fois, il s'agit de finaliser et d'entériner sa place à l'académie Orugouru, elle ne peut pas louper le coche après tous ses efforts.

Une fois sur place, la peur la tétanise. Le monde dans le hall est tel qu'il est presque difficile de respirer autre chose que les sueurs et les parfums dont le mélange nauséabond empêche presque la respiration tout court. Elle se colle contre le mur de mauvaise grâce, manque de se faire écraser par deux fois en dix minutes, et après une heure interminable, on l'attrape par le bras pour la sortir de là.

Elle met un temps à reprendre ses esprits, les oreilles engluées dans le vacarme résonnant du hall, et soudain, elle reconnait la personne à qui elle doit le calme lent qui l'arrache de là :

- Arata ?

- Tu aurais pu mourir là-dedans ! dit-il avec un rire nerveux. Mais qu'est ce que tu fais avec les « chiens » ?

- Les chiens ? répète-t-elle en lançant un regard derrière elle.

L'étudiant badge une porte qui se referme sur eux, les insonorisant complètement du bruit. Il répond avec attention, espérant qu'elle ne prenne pas mal l'expression :

- Ceux qui attendent que quelqu'un se désiste pour prendre leur place. Certain sont là depuis hier matin. Ils n'ont pas bougé de là. On dit qu'ils attendent les restes.

Tsuchida ne répond pas, consternée. Peut-être que ceux comme Arata ne peuvent pas comprendre ce que c'est, de se battre pour avoir sa place.

- Enfin bon. C'est normal que ce ne soit pas indiqué et que les inscrits galèrent, parce que le but, c'est de faire comprendre aux nouveaux que leur vie va être un enfer : il faut tout chercher, ici. Et si tu ne te déplace pas toi-même, tu n'as rien du tout.

- Alors pourquoi tu étais dans le hall ?

- Tu ne répondais pas au téléphone, et c'est un dernière année que je connais qui aide les profs à entrer les dossiers dans la base de données. Le tien n'étant pas arrivé, j'ai pensé que tu avais peut-être échoué dans le hall.

Il semble plus détendu que la dernière fois qu'elle l'a vu, mais elle ne peut pas négliger le fait qu'il est en terrain connu. Voire même qu'il est presque chez lui, ici. Il n'est pas tout fringant non plus, elle peut voir qu'elle le rend nerveux. Pourquoi et comment, elle n'en n'a pas la moindre idée, mais c'est un fait.

- La porte est là, dit-il en s'arrêtant.

Il soupire, et frappe le bois du poing fermé, deux fois, discrètement.

Elle s'attendait à plus de bruit, mais elle comprend qu'il ne mette pas ses doigts en premier. Il pourrait se faire mal, et pour un pianiste, il n'y a pas pire cauchemar. Enfin. Tous les musiciens ont cette hantise ou presque...

- Entrez.

Ils ne se font pas prier et poussent la porte.

- Bonjour, commence l'étudiant. Je vous amène une nouvelle. Pour l'inscription.

- Oui, je me souviens d'elle, dit le professeur en se levant. Vous avez un sacré culot, mademoiselle. Vous saviez que vous étiez à peu de ne pas être prise ? dit-il d'un air détaché.

Arata déglutit avec peine.

- A peu ? Comment c'est possible ?

- Si la majorité des professeurs n'avaient pas voté pour, vous ne seriez pas là. Il est inadmissible de se présenter en retard à une audition, et encore moins de se présenter lorsque le guichet est fermé, et de s'imposer en coulisses. Croyez-vous que nous avons renvoyé combien de personnes pour ce genre de choses avant vous ?

Le jeune musicien s'est presque recroquevillé sur lui-même, ouvrant quand même la bouche pour la défendre, alors qu'il ignorait qu'elle avait fait une chose pareille. Mais elle les devança tous les deux :

- Et vous, monsieur ? Combien de personnes de mon genre avez-vous renvoyé avant moi ?

Sous la surprise, ils la dévisagent, interdits. Elle a osé. Elle regarde l'enseignant droit dans les yeux.

- S'il n'y a pas de problèmes avec mon dossier, je suis inscrite ici, tranche-t-elle. Avez-vous besoin de renseignements supplémentaires ?

A demi-bluffé par son culot, l'enseignant tend la main pour qu'elle lui donne son dossier. Elle s'exécute.

- Je suis le professeur Ryūzō. J'espère que vous nous serez aussi peu regrettable que vous avez du caractère.

Elle s'incline :

- Je ferais de mon mieux pour dépasser vos attentes vis-à-vis de moi.

Il hoche la tête.

- Il le faudra. Vous avez un privilège rare. La dernière fois qu'on a accordé une bourse pareille, je ne travaillais pas encore ici, et c'était il y a bientôt dix ans. Travaillez dur, mademoiselle Tsuchida. C'est le minimum que vous puissiez faire pour rembourser ce qu'on a investi en vous.

Elle acquiesce.

- Oui monsieur.

Il sourit.

- A dans deux mois.

Elle acquiesce, et ils sortent du bureau. Elle soupire de soulagement, comme si elle s'apprêtait à tomber.

- Trop de pression pour mon jeune petit cœur, se plaint-elle en posant la main sur sa poitrine. Je t'offre un café pour me faire pardonner ?

Il hoche la tête, mécanique.

- Oui. Mais dis-moi, quel genre de bourse tu as eue... ? Si ce n'est pas indiscret.

Elle qui avait fait quelques pas se retourne.

- Je crois que ça te hérisserait les poils, si tu le savais. Tu vas devoir attendre que la rumeur se propage pour le savoir.

- Parce que tu vas en jouer ? C'est diabolique.

Elle hausse les épaules :

- Tu participe à l'audition de ta vie, et ta prestation dépend de ton instrument. Avec horreur, tu découvre que celui qu'on te prête est assez abîmé pour que le son soit altéré, tu fais quoi ?

- Je réclame un autre instrument ! répond-il avec évidence.

- Et si on ne peut pas ou ne veut pas te le changer ?

- Eh bien... je suppose que je ne peux pas jouer avec.

Tsuchida secoue la tête.

- Faux. Si tu joues ta vie, tu n'as rien à perdre. Abîmé ou pas, tu sors un son de cette boite en bois.

Les larmes en gouttes de pluieDes histoires addictives. Découvrez maintenant