Pour le troisième point consécutif, Aomine se fait pratiquement lyncher par son coach, qui lui hurle depuis le banc de revoir ses passes « minables », « que même un gosse de six ans ferait mieux que lui ». À la fin, il ne sait même plus pourquoi il est sur le parquet. Et l'envie de se rafraichir la tête dans les vestiaires lui est coupée par l'idée qu'il ne remettra peut-être pas les pieds sur le terrain avant un moment, s'il continue comme ça.
Ce n'est que quelques minutes plus tard que sa patience à bout est récompensée par la pause, pendant laquelle il n'hésite pas à se déshabiller pour se mettre entière sous l'eau froide. Tsuchida n'est pas là pour lui permettre de reprendre pieds, ni Momoï pour lui remettre les pendules à l'heure. Il ne peut pas dépendre d'elles indéfiniment. Pas quand elles ne sont pas sur le terrain avec lui. Il souffle un bon coup en s'essuyant rapidement.
Il est en train de se rhabiller quand Obata vient le chercher.
- T'es carrément passé sous la douche ? s'étonne-t-il.
- Le coach me sort par les trous de nez, dit-il simplement.
- Je sais que tu travaille encore ton jeu collectif, alors ne prends pas trop à cœur ce qu'il te dit. Il arrive ! répond-il derrière lui. Tu as du talent, et tu t'adapte vite. Peu importe ce qu'il dit, concentre-toi sur tes erreurs, et tu progresseras vite, te connaissant.
- On ne se connait pas, grogne-t-il en se relevant du banc.
- Si, depuis un peu moins d'un mois, ça fait quand même pas mal, rit-il en hochant la tête.
Aomine ne répond pas. La voix de Tsuchida résonne dans sa tête « Un, deux, gauche, deux, reviens, un, deux, gauche... », si bien qu'il n'entend pas une seconde les instructions. Même absente, il reste obsédé par elle. Il garde les yeux dans le vide un moment, absorbé par la voix qu'elle prend quand elle chantonne un morceau qu'elle est en train de composer.
- Allez les gars, conclue le coach en claquant des mains. Commencez.
- Quinze de chaque, dans l'ordre, tours, sauts en extension, et passes, t'es mon binôme, récap' rapidement Obata en passant près de lui, lui donnant une tape sur l'épaule.
- Merci, souffle-t-il en le suivant.
« Encore ! »
Il sursaute une seconde avant de secouer la tête. Pourquoi penser à elle, là tout de suite ? Le basket, c'est quand même pas le truc le plus facile à faire quand on est à l'ouest !
« Encore ! Je vais y arriver, fais-moi encore une passe. »
Cette fois il ricane.
- C'est vrai qu'on a fait pas mal de basket, tous les deux pendant les vacances. Et qu'elle s'en sort bien. Obata, l'interpelle-t-il quand il attrape un ballon.
Les deux étudiants se font des passes tout au long de leurs pas-chassés sur le côté, sans faire tomber la balle.
- Revenu parmi-nous ?
« Tu es revenu parmi-nous ? Allez ! Encore une fois ! Tu vas t'en sortir, si j'ai réussi, c'est que ça ne doit pas être si dur. »
Il secoue la tête avec un air quelque peu navré.
- Nan, désolé.
- Tu l'as pas appelée depuis quand ? demande-t-il en ouvrant sa gourde pour la vider gorgées après gorgées.
Aomine reprend son souffle avant de faire pareil :
- Tu crois que c'est ça ?
- Possible. T'as l'air d'avoir pas mal d'énergie à revendre, vous vous voyiez combien de fois par semaines, avant ?
- Tous les jours, parfois même toute la journée. Pourquoi ?
Obata hausse les sourcils comme pour lui dire : « Tu demande vraiment ? », et demande à la place :
- Vous étiez dans la même classe ?
- Jamais. Mais on n'en n'avait pas besoin, on se voyait bien assez comme ça. Et... il me suffisait de regarder le toit par la fenêtre pour me dire qu'elle était dans le coin. Et de toute façon, je pourrais pas l'avoir avec moi toute la journée. C'est une amoureuse de la musique. Sortir avec elle, c'est sortir avec sa musique en même temps. T'as pas intérêt à en contrarier une des deux.
- Mais c'est pas pareil pour le basket et toi ?
- Quand vous aurez finit de discuter, mesdames, on pourra peut-être refaire des équipes pour le prochain match rapide, les appelle le professeur.
Aomine n'a pas besoin de chercher loin le passé de basketteur dans le corps de l'enseignant. : le géant de deux mètres est encore tout en muscles, et ce ne sont pas ses cheveux noirs aux mèches grises qui l'empêchent de continuer, mais le coude qu'il s'est abîmé quelques années plus tôt. Il est conscient que l'homme qui les entraîne est une ancienne légende du basket, et qu'elle n'est pas encore tout à fait enterrée. Il est certain que si le coach montait sur le terrain, il aura encore largement de quoi se défendre contre la nouvelle génération.
- Je vais être honnête, c'est la manière dont vous allez jouer maintenant qui va déterminer qui jouera dans le majeur de la semaine prochaine, contre l'autre classe. Alors secouez-vous les puces, et montrez-moi que je n'ai pas perdu mon temps ces deux dernières heures ! On se la joue en trente minutes.
Les basketteurs s'éparpillent sur le terrain.
- Je lui en n'ai pas encore parlé, tiens, du match.
Le coup de sifflet résonne, et le coach croise les bras, sifflet en bouche, chrono en main, à l'affut des mouvements de tout le monde.
- Réveille-toi Aomine, tu nous fais quoi, là ? Tu jouais mieux que ça, dans les Vorpals.
Ou c'était leur jeu global qui l'avait mis en valeur ? Il n'aurait pas été chercher ce gamin arrogant dans son lycée s'il ne l'avait pas vu jouer à ce moment-là, parce qu'il n'avait rien d'un équipier, et qu'il n'avait pas l'air de savoir vraiment que le basket était un sport collectif.
- Alors ? Elles sont où, tes tripes, gamin ?
« C'est tout ce que tu sais faire ? »
Aomine sourit.
- Attends de voir, ce que je sais faire.
Le coach desserre les bras. Et le joueur passe sous son nez rapidement, se jette dans l'air pour un saut, et passe à la seconde où l'adversaire en face de lui commence à sauter. Le temps qu'ils redescendent, le point est marqué.
Le coach siffle le panier, satisfait :
- Le voilà.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
