Aomine passe la porte de la salle de classe avec l'impression qu'il s'est écoulé près de deux semaines depuis sont dernier cours de littérature. Il se perd rapidement dans le manuel, lisant un texte annexe à celui qu'il devait lire au départ, et profite du texte. Le texte pour le texte. Il lit tranquillement toute l'heure, au final, profitant d'un calme relatif qu'il y a rarement en cours.
Il y a plusieurs années, il prendrait la peine de faire mine de suivre, mais il ne s'en cache même pas. Si bien que lorsque le professeur passe près de lui, livre en main, lisant à voix haute mine de rien, éberlué de voir sur quoi le basketteur s'est arrêté, mais de bon cœur, le laisse tranquille.
Le résultat, c'est que l'adolescent sort du cours sans le moindre support, mais avec en prime le vertige. En plus d'être complexe, l'histoire lui a donné matière à réflexion, et il ne se sent pas prêt pour ça. Il reste perdu dans ses pensées plus longtemps qu'il ne le pensait, puisque lorsqu'il se rend en cours de sport, il doit se rappeler de lacer ses chaussures. Il en sursaute, et reprend le cours de sa vie avec une idée en tête.
- On peut passer par la libraire, avant de rentrer ? demande-t-il plusieurs heures plus tard.
Tsuchida et lui sont devant le luthier, elle sort du travail, et elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui demande.
Pensant qu'il veut aller chercher ce magasine qu'elle ne l'a d'ailleurs pas vu acheter depuis plusieurs mois, elle le suit, plus surprise encore de le voir s'arrêter dans le rayon « romans ».
- Tu cherches quoi ?
- Un livre dont j'ai lu l'extrait ce matin. Je voudrais le lire. Mais je ne sais pas comment on cherche un livre là-dedans.
Il grimace, et elle finit par l'aider. Au bout du compte, lorsqu'ils passent en caisse, lui a son roman, et elle a mis le nez dans les magasines musicaux. Il la regarde en mettre trois sur le comptoir, un sourire moqueur aux lèvres.
- La bonne élève passe aux revues, et le mauvais élève lit des bouquins.
- Une chance pour toi, tu ne lis pas encore les mêmes livres que moi, et je ne lis pas tes revues à toi.
Elle lui fait un clin d'œil et il la suit en riant à l'extérieur.
- Mais fais attention à toi, dit-il plus sérieusement, tu ne vas quand même pas te ruiner en magasines.
Tsuchida secoue la tête, puis hausse les épaules en disant :
- Je voudrais jeter un œil aux trois, et choisir celui qui me convient le mieux. Ne vas pas croire que je suis dépensière.
Il la regarde longuement marcher à peine un pas devant elle.
- Non, je ne le crois pas. C'est pas ton genre.
- Si j'avais de l'argent, dit-elle pensive, je le serais sans doute plus, mais pas là.
Elle rit à sa propre plaisanterie, les mains encore raides d'avoir raclé le bois pour le poncer, et de la corne sur le pouce gauche. L'hiver commence déjà à se sauver, et elle ne porte pas tous les jours l'écharpe épaisse qui lui couvre des épaules jusqu'aux oreilles. Elle est noire. C'est Aomine qui lui a offert pour Noël. Avec, la grande Tsuchida aux cheveux bruns et aux yeux sombres semble plus grande encore, et plus fine.
- Tu as perdu du poids, remarque-t-il le soir-même.
Il passe sa main le long de son ventre exceptionnellement encore habillé à une heure pareille, et elle soupire.
- Je n'ai pas le temps de courir le matin, ni le soir, et j'ai tendance à ne pas beaucoup manger le midi, si je n'ai pas le temps. Alors ça ne m'étonne pas. Mais d'un autre côté, je suis contente, le niveau du club a encore augmenté. Tu savais qu'Arata était en filière musicien, option chef d'orchestre ? Il m'a donné des conseils. Il y a pas mal de choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord, mais ça m'a pas mal aidée à coordonner les autres. Je gagne un temps fou. Mais j'aimerais composer un truc dingue. Sauf que je n'ai pas le temps. Il faut que je compose un nouveau morceau toutes les semaines ou presque pour tout le monde.
Il l'embrasse sur la tempe.
- Prends du temps pour toi, aussi. Hein. Tes partitions ne vont pas s'envoler. Et puis, tu as composé pas mal de trucs, déjà. Tu ne peux pas adapter un truc que tu as déjà écrit ? Ce ne serait pas plus rapide ?
Elle tourne la tête.
Par la fenêtre, elle peut voir le mois de Janvier s'effacer. Bientôt, il ne gèlera même plus. Cependant, les concours approchent encore. Plus que deux semaines avant le concours Talents, auquel elle a bataillé pour s'inscrire. S'ils parviennent à jouer à tous les morceaux jusqu'à la fin, il ne faudra pas moins de sept morceaux. Pour vingt-sept instruments.
- Non, pas vraiment. Je n'aurais jamais pensé à une combinaison pareille de musiciens.
- Et le premier club ? Ils s'en sortent, avec leur tentative d'orchestre ?
Elle ricane. C'était la grande nouveauté stupide de l'autre groupe, lorsqu'ils sont revenus de chez Akashi en Décembre. Un orchestre mené par quelqu'un qui ne sait pas diriger un orchestre, qui ne connait pas bien ses musiciens, et qui ne sait même pas diriger un groupe de travail d'adolescents.
Finalement, grâce à eux, trois membres avaient changé d'équipe et frappé à la porte. Akustu s'était fait un plaisir de les recevoir et de leur faire une place. Si avec ça, elle n'a pas de quoi augmenter la complexité de ses morceaux, la musicienne ne sait pas ce qu'il lui faudrait.
- Mouais. En tout cas, je te vois moins, et tu dors à peine assez. Vas-y doucement.
- Hum... je pourrais reprendre l'un de nos premiers morceaux. Et le retravailler. Pour en refaire une meilleure version. Je pense que ça leur ferait plaisir, pour la rentrée. Tu sais, la représentation.
Elle se tourne définitivement vers lui.
- J'ai un morceau à te faire écouter, tu me feras penser demain midi ?
Il hoche doucement la tête.
- Bien sûr que oui.
Elle se cale dans ses bras plus confortablement, et se met sur le ventre, à demi tordue.
- Super, soupire-t-elle en fermant les yeux. Bonne nuit, Daiki.
Il l'embrasse sur les lèvres avec délicatesse.
- Bonne nuit, Koike.
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Les larmes en gouttes de pluie
FanfictionTome 2 Avançant sur le chemin qu'ils se sont obstinément tracé, une seule question se pose à eux : quelle est la limite d'un génie ? Si Aomine et Tsuchida se dirigent vers l'école de leurs rêves, ils ne doivent pas oublier qu'ils ne sont pas leur pa...
