De belles paroles

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Avachie sur le sofa émeraude du boudoir, Pieck somnolait la bouche entrouverte. La soldate n'y pouvait pas grand-chose, depuis son retour à Mahr, elle a dû tenir sa forme de titan plus qu'elle n'a dû marcher sur deux pieds :

« Il faut se rendre à l'évidence, notre suprématie militaire part en vrille. L'état major commence à le comprendre, l'armement dépassera bientôt les titans. Il fallait bien que ça arrive tôt ou tard ! En haut ça commence à chauffer et si les patrons décident de nous mettre sur le carreau, nous pouvons dire au revoir à notre pouvoir. Il toussa deux coups, pour la performance oratoire. Étant de bons soldats au service du pays, que dites-vous de raviver notre histoire dans le cœur des gens ? En particulier ceux de la Haute, mmh ?

— T'es sérieux ? En gros, tu veux un conteur Sieg ?

— Exact Porco. Et qui de mieux que le clan Teyber pour cela ? Avec le déclin de Mahr, c'est l'existence même de nos rôles qui sont mis en péril.

— C'est bien beau tout ça mais ils ont dit quoi sur le fiasco de notre affrontement dans le campement ? Je t'avoue que de n'avoir reçu aucun avertissement me fait encore plus flipper qu'en recevoir.

— Mahr est asséné de toutes parts Pieck, ils sont dépassés. Sans compter que, ce qu'Eren et Livaï ont détruit ne nécessitent que de maigres travaux. Ce n'est pas comme si le camp entier avait été réduit en cendres. Tu veux bien revenir au sujet principal maintenant Porco ?

— Mouai, peu convaincu mais soit... Râla-t-il en se balançant sur les deux pieds de sa chaise.

— Bien. J'ai parlé à Lara, elle n'est pas contre cette idée.

— L'inverse aurait été étonnant tiens ! J'rappelle qu'à aucun moment de l'Histoire son clan a employé le pouvoir de leur titan envers un pays ennemi. Pas une seule fois ! Sans compter leur opposition au roi Frizt durant de la guerre des titans qui les place dans une neutralité historique et leur donne un foutu totem d'immunité !

— C'est bon Pieck... On a pigé que tu retenais les manuels.

— Tu peux râler autant que tu veux Porco mais force est de constater que leur prestige demeure intact à travers les siècles et à l'étranger. On n'peut pas en dire autant de nos prédécesseurs, ni même de nous !

— Merci Pieck pour cette piqûre de rappel qui ne fait jamais du tort, insista Sieg en zieutant Porco d'un air autoritaire. C'est précisément pour ces raisons que nous avons besoin de la voix des Teyber. Le monde entier acceptera de les écouter.

—... Sieg, c'est d'une déclaration qu'on aurait besoin à ce stade. Chuchota Reiner d'une voix morne. Effacé, c'était sa première prise de parole depuis le début du débat.

— Dans le mille Reiner. L'annonce sera celle de la conquête de Paradis, dans la vallée. Une bonne fois pour toutes.

— Tu déconnes ?! Tu veux y retourner ?! »

Sieg, empli de confiance désabusée, déclencha l'indignation au sein de son groupe. Aucun de ceux qui avait frôlé le sol de Paradis n'était encore prêt à réitérer l'expérience. Le détenteur du Bestial savait que ses jours étaient comptés et il avait fait le serment de sauver le destin des Eldiens avant son dernier souffle. Un pacte secret et inviolable entre un fantôme intemporel et sa conscience.

...

Le soleil frappait au zénith en cette journée estivale du milieu du solstice. Malchanceux – ou malin – de ne pas subir la canicule extérieure, un guerrier tira dans un atelier sombre des fiches confidentielles sur les pouvoirs des titans et par extension, de ses compagnons de combat. Sieg avait demandé, le sourire espiègle, que l'un de ses pairs puisse l'aider dans cette besogne ennuyante ; Reiner fut l'heureux élu :

« Le titan « Féminin », merde, que nous étions jeunes...

— J'te le fais pas dire Reiner ! Ria le blond en apportant sa pipe à sa bouche. Tu me lis la fiche ?

— « Possède l'avantage de la polyvalence. Mobile et endurant certes, mais ce sont ses aptitudes physiques couplés à son durcissement qui le place en élément d'artillerie stratégique », il n'y a pas à dire, c'est pompeux comme résumé.

— Je le conçois l'ami ! Ce n'est pas poétique mais ça faisait l'affaire ! Le suivant ?

— Attends, je peux rajouter quelque chose, du genre : « Ce titan jouit de la capacité à reproduire le pouvoir d'un autre dans la mesure où il consomme un liquide rachidien » ? T'en penses quoi.

— Mieux, acquiesça Sieg, les épaules plus légères. Suivant ?

— Le titan « Cuirassé », mon dieu que j'déteste lire ma fiche...

— Ne te torture pas Reiner. Tu sais quoi ? Laisses tomber. Viens plutôt m'aider à affiner le discours que je proposerai ce soir aux Teyber.

— Sieg, t'as pas idée à quel point j'en peux plus de répéter le passé. »

Profondément dévasté de son expérience en tant qu'arme d'une nation, guerrier d'antan, Reiner sentait sa foi le lâcher. En fait, c'était bien plus que ça ; le principe même de s'accrocher à la vie devint qu'une simple et vaste pantonyme cynique de sa propre existence. Sieg le comprit et le ressentit profondément.

Une fois les fiches réécrites, Reiner s'isola dans sa chambre, qui depuis des années, n'abritait plus la joie qu'elle était censée procurer. Reiner vivait en boucle les souvenirs les plus amers de toute son existence. Le guerrier n'avait jamais pu affronter ses traumatismes, que ce soit les plus anciens aux plus récents. À l'époque, alors que ce dernier se targuait d'avoir été annoncé comme détenteur officiel du Cuirassé, Marcel, l'aîné de Porco, ne s'était pas gardé de lui révéler ses véritables desseins. Rempli de remords qui le rongeaient, Marcel avait avoué dans un torrents de sanglots qu'il avait chanté les louages de Reiner afin de sauver son frère cadet : Porco. Marcel fit de cette révélation, un immense coup de massue dans le cœur de l'idéaliste et vaillant qu'était Reiner en ce temps-là. Avec l'âge, Reiner admettait que les agissements de Marcel étaient ceux d'un frère anéanti qui tentait désespéramment de sauver un proche auquel il tenait. Désormais, Marcel reposait en paix depuis des années et ce, comme bien nombreux de ses camarades. Guerriers ou non...

...

La major intrépide posa enfin le pied sur la terre de Mahr, après une semaine entière de navigation et de conflits futiles avec les membres de l'équipage, Hange put enfin respirer l'air salé du port. Les quais furent baignés dans une agitation bruyante, sans s'en rendre compte, Hange se trouvait au cœur du trafic maritime, là où les docks ne se reposaient jamais. Les yeux ronds de fascination, Hange se souvint qu'iel devait chercher sa source. Hange trouva personne. Rien. Discrètement, avec une démarche espiègle, Hange remarqua un rassemblement d'individus en train de décharger un bateau blindé. La major entrouvrit la bouche mais se rétracta de suite quand elle vit leurs brassards. Ses peids rebroussèrent le chemin précipitamment, iel savait que même avec toute l'ingénierie du monde, elle ne pourrait venir à bout de tout un port armé. Sur le chemin vers les promenades, Hange croisa un commerçant de bric et de broc, sûrement ici pour appâter la clientèle touristique.

À l'heure actuelle, Hange ignorait tout de l'opération sanglante que l'escouade a dû surmonter sans son conseil. Son rôle lui incombait de respecter, coûte que coûte ses responsabilités de chef d'armée. Peu importe combien tout ici prêtait à confusion et incitait les arrivant.e. à se perdre dans les attrapes-touristes. Hange refusait de stagner, car ce mot contrecarrait le progrès lui-même. C'était indigne de sa personne. Avec une capacité d'imagination propre à son caractère, Hange se fit passer momentanément pour un.e journaliste étranger.e et commença son enquête sur les points d'intérêts à visiter dans la ville. Enfin, cela surtout pour retrouver une bonne dois pour toutes ses amis. Iel acheta une carte du centre-ville et s'engagea dans son jeu de piste brouillé. Hange réfléchissait comme Armin pourrait le faire. Comme Erwin aurait pu le faire. Comme Eren l'aurait déjà fait.

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petite précision : comme vous aviez dû le remarquer, respectant la volonté de l'auteur original concernant l'expression de genre d'Hange, j'essaie de la respecter au mieux avec une écriture inclusive. malheureusement, la structure de la langue française ne permet pas toujours de lier la syntaxe avec l'harmonie des mots. je suis donc désolé.e si certaines phrases concernant les actions d'Hange sont confuses, voilà voilà :)

Ce que nous avons ignoré.Des histoires addictives. Découvrez maintenant