Pas à pas

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Debout et totalement muet, il n'avança pas plus loin que l'encadrement de la porte. Les cheveux lâchés sur les épaules, il gardait un regard vide continuellement creusé par ses nombreuses insomnies. Eren respirait si lentement qu'il semblait oublier jusqu'à même l'importance de cet automatisme. Cela faisait plusieurs jours qu'il évitait cette chambre comme la peste. Après tout ce temps d'ignorance et de fuite vaine, leurs regards se croisèrent dans un stupeur résonnante. Une étincelle jaune jaillit des iris d'Eren et dans un signe discret, Hange l'invita à entrer tout en s'écartant à son tour de Livaï. Sans commenter par la moindre onomatopée, iel comprenait ce qui était en jeu à cet instant. La grande silhouette d'Eren s'avança vers le soldat le plus fort de l'humanité et dans un geste à la limite d'une allégeance royale, Eren s'agenouilla devant Livaï :

« Quoique ce soit... Tu vas t'en sortir. Dit-il d'une voix totalement brisée. L'infirme n'eut pas la réaction qu'il espérait ; car il en avait pas eu du tout. Son corps ne l'écoutait plus et ne lui permettait pas de pouvoir s'exprimer avec raison.

— Ça on le verra quand Hange m'aura retiré cette putain de balle. Avait-il rétorqué en essayant de l'ignorer un peu plus.

— C'est évident, murmura Eren, le visage toujours vers le bas.

— Livaï je- il faut qu'on retire cette balle le plus rapidement possible. T'es prêt ? Bafouilla Hange en continuant l'inspection du matériel.

— J'ai trouvé ça, au cas ou... Eren sortit de sa poche une flasque d'un alcool inconnu aux degrés complètement hallucinants. Le semi-titan n'avait aucune expérience de l'ivresse et peut-être que cet alcool qu'il tenait là, pouvait tuer par une simple gorgée. Jean est un peu trop lent, pas vrai ?

— Il se débrouille bien mieux que tu ne le penses. Livaï arracha la flasque de sa main avant de la balancer aux mains d'Hange. Tu restes ou tu fuis ?

— Ce que tu préfères supporter.

— Tch. Quelle réponse de merde. »

La réponse d'Eren ne convenait pas à Livaï, voire plus que ça, elle l'horripilait par le peu de mots qu'elle contenait. Le silence de la pièce était dense, opaque et totalement hermétique à toutes formes de consolation. Durant ce lourd instant, Hange finissait de réunir le matériel nécessaire pour l'intervention clandestine. L'image des tissus abîmés envahissait la mémoire d'Eren et devint son obsession numéro une.

...

Le silence était seulement brisé par le bruit de l'eau chaude qu'Hange avait fait chauffer dans un petit récipient métallique, celui-ci posé sur une plaque de résistance que Jean avait fini par dégotter en revenant. Le caporal Kirstein crut halluciner en voyant Eren et Livaï de nouveau dans la même pièce. Il n'avait pas pris le risque de rester plus que nécessaire et s'éclipsa comme s'il fuyait un spectre. Livaï ne regardait plus Eren mais il sentait sa présence comme une ombre omniprésente surplombant tout son être. Hange de son côté, s'attelait corps et âme à installer une zone d'opération de fortune pour que Livaï puisse s'y sentir à minima à l'aise. En revenant vers Livaï, Hange posa délicatement les outils dans une bassine inoxydable et observa les pansements sur ses genoux. La peur la.e prit, la peur de ne permettre à Livaï qu'un quart de la moitié d'une guérison possible. Livaï méritait plus qu'un partiel recouvrement de ses capacités, il méritait de revenir entier ; sous toutes ses formes.

Eren restait là, en retrait, observant chaque fait et geste d'Hange. Il ne prononça plus le moindre mot. Hange désinfecta doucement le genou, ses mouvements étaient nets et ne laissaient place à aucune hésitation :

« Je vais devoir retirer les tissus morts Livaï. Tu vas déguster, je suis sincèrement désolé.e pour ce qui va suivre.

— Fais ce que t'as à faire. » Il ferma les yeux, épuisé de devoir tenir bon dans une telle accalmie. Il n'eut plus la force de formuler la colère ou de la rancune. Hange était enfin là et c'était tout ce qui comptait.

Livaï n'oubliait pas pour autant ; l'affrontement à Revelio avait révélé tant de questions. Pendant qu'Hange commençait à détacher les peaux mortes de la jambe mourante, son esprit se concentrait sur l'étrangeté de la nécrose. La balle étant retirée, Livaï aurait – tout au plus – dû perdre l'usage de sa jambe sans qu'elle ne se meure de la sorte. Sa peau, d'un naturel pâle, se ternit d'autant plus à mesure qu'Hange manipulait les outils médicaux. De son côté, posté dans le coin de la pièce près de la porte, Eren se demandait s'il devait parler ou se taire pour le bien de tous. Dans une légère pointe d'égoïsme, il voulut interroger Livaï sur ce qui s'était réellement passé pour qu'il finisse dans un état pareil. Il voulut en savoir largement plus que les bruits qu'il eut cru entendre et les gestes qu'il eut cru voir. Tout s'était passé si vite. Il savait qu'aucun humain, pas même le grand Livaï, ne possédait la capacité d'éviter une balle à bout portant mais il refusait la fatalité qu'il ait été atteint aussi tragiquement. Sans compter qu'il se retrouvait chaque jour un peu plus envahi par cette voix qui lui partageait des brides d'un récit ancestral qu'il ne parvenait pas à reconstruire. Dans ce dialecte inconnu, la voix ne cessait de lui parler jour et nuit et alors qu'Eren espérait pouvoir en traduire le moindre mot par inadvertance, rien ne l'aidait à s'émanciper de sa condition de titan Originel. Titan qu'il eut acquis au dépit de sa propre individualité.

Le temps passa. Hange désinfectait à chaque nouvelle couche retirée. Le spectacle chirurgical ferait trembler les médecins les plus aguerris. Livaï ne comptait pas sur Hange pour sa précision chirurgicale et esthétique, il comptait sur Hange pour son soutien et sa vivacité d'esprit. Durant quelques minutes, les yeux verts d'Eren s'égarèrent sur le veston semi-ouvert que la.e major.e eut posé sur la chaise ; il vit une seringue de liquide cérébro-spinal et trois autres négligemment camouflées sous sa besace, étalées à-même le sol. Le jeune Jäger les fixa d'une intensité étrange :

« C'est pour qui ?

— Eren je t'adore mais ferme la. Je dois me concentrer. Hange ne prit pas la peine de quitter son travail, pas même le temps d'une ridicule seconde. Iel s'attelait à recoudre le genou de son ami. Livaï le toisa d'un regard noir, retenant malgré tout sa douleur intérieure.

— Si t'as rien à faire Eren, va-t-en. Le concerné baissa les yeux.

— Elles pourraient servir...

Je ne sais pas de quoi tu causes Eren et franchement je vais arrêter de t'écouter avant que je finisse pour Livaï. »

Le visage du noiraud se tourna vers celui-ci de son partenaire, totalement désemparé d'un silence si lourd. Les doigts crispés sur eux-mêmes, il se retenait de ne pas maudire sa descendance et celle de toute l'île. Il n'eut pas la certitude qu'Eren regardait les fioles mais dans l'optique que ce fut bien le cas, il conseillerait à Hange de les cacher. Ignorant à quel point Eren concoctait un plan suicidaire pour s'en servir sans avertissement. 

>>>

l'édition fait encore des siennes, je galère à mettre à jour sans que les textes partent ou que ça ne se mette en gras de façon random, je ne sais pas comment c'est sur les écrans de portable :(

ex : la dernière phrase du dialogue est en gras alors qu'elle ne devrait pas l'être argh

Ce que nous avons ignoré.Des histoires addictives. Découvrez maintenant