Revelio.2

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Au loin, la voix de la gamine s'éleva dans les airs, beuglant des obscénités à l'encontre des Eldiens qu'elle haïssait, pour sur. Discrètement, je levai de nouveau mes yeux vers elle, constatant de la couleur de son brassard. Mouai, c'est bien ce que je pensais. Cette gosse m'horripilait mais elle n'était pas encore une cible à abattre. À quelques mètres de moi, j'entendis le cri profond d'un homme, de cet homme. Livaï lui avait tiré deux fois dans le pied, endroit astucieux si ce dernier se faisait soigner. Sa survie n'était pas engagée mais il ne pourrait pas courir après nous :

« Maintenant, on est quitte.

— J'aimerais foncer mais il faut que je sois certain d'un truc...

— Tu veux que je lui donne une raison de tirer ? Questionna mon partenaire en se plaçant contre le mur, en face de moi.

— Ouai, carrément.

Sans attendre, Livaï se mit en position et tira sur une lampe à l'huile à l'entrée d'un bâtiment. Sans surprise, la gosse prouva les fruits d'un entraînement accru. Son temps de réaction fut phénoménal, elle tira presque au même endroit que Livaï, avec cette étrange arbalète. Je le ressentis comme un grondement, son instinct d'Ackerman s'éveillait à son paroxysme. Il n'y avait pas de doute, le monstre qu'était Livaï mettrait à l'amende une armée entière avec le moindre équipement, à condition qu'il le choisisse. Je ne comprenais pas très bien sa retenue, cette excuse de ne pas vouloir mêler les troupes. Combien d'expéditions passées m'ont prouvé sa détermination, au village de Regeko, aucun des titans ne lui avaient résisté. Ce type était un monstre et il fallait qu'il l'assume tout autant que je m'écartais de jour en jour de mon humanité.

— Tire encore.

Livaï s'exécuta. Cette fois-ci, les troupes firent de même en notre direction. Planqués dans des parfaits angles morts, le pire qui pouvait nous arriver serait de perdre un doigt. En haut, sur le toit, la môme rechargea son arme d'un nouveau trait. Le mécanisme lui donnait un temps moyen de charge de deux minutes. La fenêtre d'action était large :

— T'as compté ? Questionnai-je vivement à Livaï.

— Deux minutes, c'est le temps ouai.

— Alors on le fait ou pas ? Je peux feinter sur plusieurs secondes une transformation mais il ne faudra pas que j'éveille mon corps trop longtemps. Sinon...

— J'ai pigé l'idée. En te voyant commencer à le faire, ils vont détaler, ils savent qu'à cette distance, rester prêt d'un titan peut leur être fatale.

— Dans le mille capo. » Souriais-je plantant une nouvelle fois la flèche dans ma main récemment touchée.

Livaï récupéra mon sang dans le creux de sa paume, l'étalant sur une partie de son visage. Il se révéla aux soldats de Mahr dans une vitesse quasiment surnaturelle. Il tira des balles sur les articulations de la première ligne, les corps chutèrent progressivement, créant un mouvement de désordre et de panique dans les effectifs. Livaï connaissait la lâcheté, la peur, les soldats qui se défilaient face à leurs charges. Des couards innocents dans un conflit qui les dépassait il y en avait à la pelle aussi ici. Il saurait appuyer ou ça ferait mal. J'enclenchai un début de transformation, libérant les éclairs jaunes qu'elle provoquait. Je devais tenir à la limite de l'infranchissable, quel qu'en soit le prix.

...

À quelques mètres de l'Eldien, les cœurs s'emballaient à s'en rompre définitivement. Trop concentrés à pressentir l'impact qu'une transformation de titan provoquerait, les doalts Mahr oublièrent progressivement les attaques offensives de l'Ackerman. Qui, sans qu'aucune balle ne l'ait touchée, continuait de détaler sans interruption vers le camion. Sans même avoir eu besoin de s'en rapprocher plus que nécessaire, Livaï sentait les effluves nauséabonds émanant des soldats ennemis. Sans sadisme aucun, Livaï savait que certains regrettaient d'avoir vu le jour pour survivre à un tel carnage. De son côté, Eren tenait bon mais les flashs revinrent en masse, parasitant encore plus violemment son esprit. Ses mains se mirent à trembler et il sentit sa sueur perler sur la totalité de son visage comme s'il se liquéfiait sur place. Inconsciemment, son corps fût pris de réflexes musculaires indésirables, son libre-arbitre lui échappait. Des images en continue ne cessaient dans ma tête, brutalisant sa mémoire elle-mêmes. Une voix persistait dans les limbes de son cerveau et Eren n'en comprit pas le dialecte.

« Prospérité et progrès au continent tout entier... Ymir... Accomplir... »

Livaï atteignit la porte du camion et sans surprise, il se figea à la vue de toutes les manettes inconnues. Des vaillants soldats continuaient de tenir bon et de se relever pour attaquer de front le véhicule perquisitionné. L'habitacle sentait le fioul et le cuir humide, ce qui n'aida pas le noiraud à se concentrer, lui qui possédait des sens olfactives sensibles :

« Et bien sur Yelena n'a pondu aucun manuel pour cette merde... Il glissa aveuglément sa main vers ce qui semblait être l'embrayage. Pas même un putain de carnet pour son « élu » chéri, tch !

— Interceptez le véhicule ! Coûte que coûte ! Qu'ils ne sortent pas du campement ! S'écria un officier qui sortit d'un bâtiment nouveau.

— Tu parles d'un régiment... »

Sans aucune précaution, Livaï appuya sur une pédale au hasard, massacrant les manettes devant lui, serrant le volant aussi fort qu'il tiendrait son équipement de survie. L'embrayage fût si violent qu'à cette vitesse, si l'Eldien se prenait un moindre obstacle, il se tuerait sur le coup. Sans véritablement se repérer dans l'espace et encore moins à son échelle, Livaï prit une autre allée, contournant l'escouade déjà bien limitée et conduisait – tant bien que mal – vers un autre secteur du campement. Le moteur gronda et alors que Livaï s'engouffrait dans une nouvelle intersection, le mécanisme du camion se mit à cracher, le pied au plancher, Livaï fonça dans un hangar à moitié ouvert. In extremis il freina violemment et son véhicule dérapa sur plusieurs mètres, cognant dans un chariot rempli de tonneaux pour finir arrêter contre un second chariot.

Pieck ainsi que ses coéquipiers d'armes virent la scène d'un regard neutre. La détentrice prit sur son dos la jeune soldate et un officier et sans attendre, se dirigea vers le hangar. Aussi étonnant que cela puisse être, Eren avait été quasiment évincé de toutes tactiques, lui qui se battait ardemement contre le déclenchement d'une transformation. Il se mordit la lèvre jusqu'au sang mais puisa dans ses dernières forces pour rejoindre l'itinéraire de Livaï, cela pour le peu qu'il est tendu l'oreille du fait du vacarme du camion.

L'unité de Pieck vit Eren entrer dans le hangar et sans qu'aucune attaque ne lui ait été destinée, ils se repostèrent stratégiquement sur les toits. L'arme que la plus jeune tenait restait plus avantageuse à une distance comme celle-ci, de plus, Pieck savait qu'elle ne ferait pas le poids seule contre l'Ackerman. 

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