La lumière du matin perçait à travers les rideaux, un halo doré éclairait les draps en désordre. Eren était celui qui s'était réveillé en premier, Livaï dormait contre lui, le visage plutôt apaisé. Le brun s'étonnait d'une telle béatitude et naturellement il n'eut pas assez confiance en ce qu'il représentait pour lui pour accepter qu'il en soit la raison. Engourdi dans le bas du dos, Eren tenta de se redresser sans réveiller son partenaire :
« Pars pas... Marmonna le noiraud, replaçant plus lourdement sa tête sur le bras d'Eren.
— Jamais.
— Tu sais que... Tu ronfles sacrément fort ? Fit-il remarquer d'une voix râpeuse.
— Jamais. Eren se figea, pris sur le fait. Il tourna la tête seulement quand il sentit Livaï se redresser. Je ronfle ? Sérieux ?
— Ouai, carrément. Livaï se pencha naturellement vers lui pour l'embrasser. Les lèvres fermement appuyées sur celles de son perpétuel déprimé, l'ex caporal se mit à sourire contre elles quand il sentit la main d'Eren remonter lentement le long de sa jambe encore à moitié valide. L'effort de montrer une dévotion sincère tout en respectant le rythme du moment toucha le noiraud.
— J'ai pensé à- Livaï l'engloutissait derrière des baisers rapides sur sa nuque. Eren hallucinait, il ne savait ni comment, ni pour combien de temps mais ce Livaï-ci, croquait leur vie à pleines dents. Laisse moi- laisses moi parler Vaï !
— Un Eren qui peut causer c'est une situation d'urgence. Je ne fais que reculer l'inévitable !
— Fous toi d'moi...
— Bon, quelle est ta révélation ? Chef.
— Je me suis demandé si mes capacité de régénération pouvaient se transmettre médicalement pour pouvoir- Livaï plaqua sa main sur sa bouche, craignant d'avoir compris bien de trop vite la suite de ses propos.
— Non. Eren, non. Il pressa sa bouche plus fort en secouant négativement la tête. Tu ne continues pas cette phrase. J'déconne pas. Tu la fermes »
Leur bulle privée s'éclata dès l'instant ou Livaï se redressa pour quitter le lit. Hange lui avait laissé des béquilles de fortune en attendant qu'iel ne dégotte un genre de siège roulant, convaincu.e que dans cette ville aux mille et un progrès, un outil de ce genre puisse s'acquérir. Il peina avec une légère honte à les atteindre, traînant de la patte comme un chien galeux. Sa prestance en prenait un coup mais Eren n'en tenait pas rigueur : il l'aimait. Il l'aimait à un point de sacrifier son propre corps :
« Livaï... Tu ne vas pas me dire que si l'on trouvait une solution pour que tu continues à œuvrer pour la liberté de notre île tu ne saisirais pas l'occasion ?
— Ce n'est pas pour l'île que tu me proposes cette connerie. J'croyais que t'en avais terminé avec les idées d'autodestruction volontaires ?
— Il suffirait sans doute que d'un fragment, d'une infirme partie de ma moelle épinière et-
— Mais t'es PAS médecin ! Tu n'es même pas un optimiste Eren ! Tu veux me filer un morceau de ton corps pour t'annihiler toi ! Pas pour l'humanité, pas par amour ! Seulement par haine de toi-même. Eren eut un rictus coupable et malvenu.
— J'donnerai tout pour vous sauver.
— Okay, ta gueule maintenant. On a eu cette discussion un milliard de fois. Le vrai putain de problème c'est qu'à chaque étape j'ai l'impression de tout recommencer comme tu ne me parles jamais de ce qui se passe dans ta tête ! Tu refuses d'utiliser ton titan pleinement et je veux comprendre pour quelles raisons ! Pourquoi tu te renies à ce point après tout ce que tu as parcouru ? Il s'est passé quoi avec ton pouvoir ? Parle-moi !
— Je veux que tu vives Livaï, supplia-t-il le visage effondré.
— Pourquoi tu FUIS ?! Ne me répares pas pour expier tes fautes ! Eren bon sang ! Il se passe quoi ?
— Revelio va se soulever...
— EREN !
L'air s'épaississait dans la pièce, la sueur perlait son visage, il ressentit des palpitations inhabituelles au cœur de sa poitrine, ses sensations olfactives embrouillèrent les autres, une odeur de fer lui monta au nez, puis une voix, cette voix, elle s'immisça de nouveau dans sa tête, tel un ver parasite qui refusait de le laisser en paix :
— Je l'entends... Tout le temps...
— De quoi tu parles Eren ?
— Au campement... Une voix me soufflait des mots à propos de...
— De ?
— De l'Originel, de son corps partagé en neuf parties, de la Grande Guerre des Titans... Il y a plus de 1500 ans, je crois. Livaï faisait de son possible pour ne pas paraître impatient de ce qu'il souhaitait vraiment entendre, alors il fixa la fenêtre, le regard froncé puis reprit une large respiration. Plus les jours passent, plus elle m'envahit, j'en deviens timbré !
— C'est une prédécesseuse ?
— Non... Sans doute Ymir. Avoua-t-il en le fixant droit dans les yeux.
— Tu déconnes ? Ymir, la première titan ?
— J'en sais rien ! Je n'arrive plus à reconnaître les voix dans ma tête Vaï ! Le malheureux plongea son visage dans le creux de ses mains, dépité de ne devenir que l'ombre de lui-même. À contrario, Livaï relâchait la pression en l'écoutant se délivrer, même si ça n'avait pas plus de sens que l'existence même des titans.
— Eh ! Eh ! On respire, c'est pas grave ! Tu me le partages, c'est déjà énorme. Bon tu m'aides à changer mes bandages ?
— Partout sur le globe et depuis des années... Les civilisations nous ont érigé au rang de « démons »... Quoiqu'on fasse, on ne pourra rien y faire. Livaï acquiesçait mollement, l'ignorant à moitié pour ne pas nourrir l'amertume qui le consumait.
— Cool. Alors, tu m'aides ? »
La doléance de ce dernier n'était pas moins symbolique qu'éreintante pour le détenteur, il s'activa dans une lenteur semblable à celle d'une tortue. La besace médicale était nichée dans le coin de la pièce, oubliée du noiraud le temps d'une nuit. Eren l'ouvrit avec précaution et une fois le matériel révélé, il sentit un haut-le-cœur le prendre. Durant ces dernières heures, Eren aurait remué le ciel et la terre pour seconder Hange dans ses protocoles. Maintenant que Livaï lui demanda à lui seul de s'occuper de lui, il perdit sa capacité d'organisation. Planté devant le sac, il effleura les bandages ainsi que l'alcool désinfectant. C'était lui qui se régénérait et pourtant ce fut Livaï qui se plaignait le moins :
« Si j'ai aucune purulence, ne désinfectes pas, nettoies juste.
— J'devrais peut-être heu... Prévenir Hange ?
— Pour quoi ? Dérouler le tissu ? Se moqua-t-il avec un léger rictus. En s'approchant de lui, sa jambe paralysée lui donna la sensation de porter tout le poids de ses regrets mais au moins ; il avançait encore. T'enlèves mon bandage, tu regardes l'état de la blessure et tu remplaces. T'as fait bien pire que ça Ren, tu vas y arriver.
— C'est pas ça...
— Bien sur que si. Il n'est pas sujet d'autre chose. »
Livaï se mit au sol et patientait, il savait qu'il pourrait attendre une matinée entière si Eren en avait besoin.
>>>
VOUS LISEZ
Ce que nous avons ignoré.
FanfictionA JOUR !! Il y a cent ans, l'humanité a connu la peur et l'humiliation de vivre comme du bétail enfermé dans des murs d'enceinte de cinquante mètres de haut. La terreur de n'être qu'une espèce dominée. Les seuls à voir ce vaste monde sont les s...
