Dans la poussière du hangar, Falco gisait à terre, la bouche béante et le visage rempli de sueur. Il revit ses derniers instants en boucle, se voyant déjà exclu de l'armée pour laquelle il avait tout donné. Sans cérémonie, ses pieds avaient été pulvérisés par Eren et bien que ce détail ne fit même pas un peu sourcilier le demi-titan, Eren détala vers le corps inerte de Livaï, lui murmurant des mots inaudibles face au vacarme ambiant.
Des silhouettes sombres fendirent l'air aussi violemment qu'un couteau aiguisé qui pouvait trancher. Le Charrette leva les yeux mais son temps de réaction fut déjà trop lent et à quelques centimètres de lui, Jean fit feu à partir des toits sud-est, déstabilisant le Charrette et la satanée môme au sourire déformé. Eren tira le corps de Livaï en dehors du bâtiment, l'asseyant dans un angle mort et cria de toutes ses forces pour attirer l'attention de ses amis. Eren respira bruyamment avant de pouvoir protéger Livaï des tirs collatéraux grâce à des débris tomber ça et là, les taules lui permirent de créer une protection de fortune. Il y pensait, il se le hurlait mentalement mais Eren demeurait incapable de matérialiser un durcissement. Ses limites ne furent pas plus physiques que mentales et pour ça, il se détestait.
Du côté de l'escouade, Sasha, dans un angle parfait, tira à la limite du pied d'un soldat, ce tir de suppression parfaitement maîtrisé eut l'effet escompté. Les rangs ennemis se dissipèrent sans que Pieck n'ait pu les ramener à l'ordre. La panique dans la camp adverse n'était pas tant causée par l'arrivée de l'escouade mais par la peur de ce qu'Eren pouvait faire par une simple transformation. Isolé dans le bâtiment des majors, lieu que Sieg n'avait pas daigné à quitter, il suivit les débauches de l'affrontement sans penser une seule seconde à bouger le moindre doigt. Il ne considérait pas ce contre-temps comme étant un pivot essentiel de son plan. Pourtant, Sieg ignorait à quel point sa chance – ou sa stratégie – le menait vers une victoire plausible. Livaï étant hors d'état de nuire, son immobilité aurait laissé l'occasion au Bestial de briller par son intellect et sa violence sans pitié.
Historia arriva enfin au niveau d'Eren et Livaï, elle siffla Mikasa qui passa au-dessus de leurs têtes pour l'aider à évacuer le duo :
« E-Eren, nous sommes désolés ! Nous avons été ralentis !
— Eren ! Cria Mikasa en atterrissant sur la terre ferme. Je suis profondément désolée d'avoir été aussi lente. Pardonnes moi. Ça ne se reproduira plus. On s'occupe de vous. »
Sans perdre une seconde, les deux soldates hissèrent leurs amis, tandis que de leur côté, Jean et Sasha continuaient à sécuriser le périmètre. Sieg, plongé dans une de ses réflexions dont seul lui en comprenait l'intensité, continuait d'observer, bras croisés, un rictus aux lèvres. Plus en recul derrière lui, Lara Teyber vint à le rejoindre. Elle demeurait de marbre en jugeant le chaos provoqué :
« Tu vois ? Murmura Sieg. Ils se fissurent. Un à un. Cela alors que rien n'a véritablement commencé.
— Il ne te suivra pas Sieg, tu en as conscience ?
— Pas encore mais vois-le, il vacille. Le doute s'est immiscé en lui et le fait même qu'il n'ait pas utilisé son titan en est la preuve. C'est tout ce dont j'ai besoin Lara.
— Certes. Pour autant, tu te devras de justifier ce bazar devant l'état major. Je doute que tu t'en amuses autant.
— Ce ne sont là que des détails. Qu'on les laisse se replier, nous les reverrons bien assez tôt. »
...
Vingt-quatre furent passées. Le ciel gris recouvrait le campement de Revelio. La réunion avait commencé à l'aube, les généraux tapèrent du poing sur la grande table et ce fut à celui qui fit trembler le plus le bois qui put prétendre à devenir le prochain leader. Les hommes parlaient fort, dans la salle résonnante, aucune parole ne méritait d'être écoutée à sa juste valeur. Alors que Sieg Jäger ne put partager les derniers évènements qui s'étaient déroulés au sein même de Revelio, le maréchal et chef de la réunion interrompit de nouveau le capitaine Magath :
« Et je le redis ! Ce n'est pas ce que j'appelle une victoire de Mahr !
— Maréchal, en toute honnêteté je crois que le temps est finalement venu... Le temps où la puissance des titans est enfin surpassée par celles des humains. Imbus des pouvoirs des titans, nous nous sommes contentés d'accroître le nombre de nos colonies sans regarder le reste et à quel prix ? Depuis plus d'un an nous savons que nos rivaux progressent. De toutes parts, les écarts ne cessent de se creuser.
—... Je vous entends capitaine. Répondit-il dans une lassitude à la limite de la somnolence. Néanmoins je pose cette question : n'avons-nous pas en notre possession un spécimen ailé ? Une arme à la hauteur de la menace ? Si c'est le cas, cela changerait inévitablement la donne vous en conviendrez.
— Peut-être bien maréchal mais ce que j'essaie de-
— Cessez de radoter. J'ai bien compris le message Magath. Nous sommes en train de perdre notre suprématie militaire et c'est tout ce qui compte. Vous savez quoi messieurs ? Je dirais même que nous sommes déjà à la traîne si vous voulez mon avis. »
Silencieux et curieux d'en connaître davantage sur la situation que Mahr se démenait à éviter, Sieg écoutait chacun de ses supérieurs avec la plus grande attention possible. À la fenêtre, haut dans les cieux, il vit un faucon survoler la salle du conseil et pour les quelques uns qui virent son visage, le guerrier passa certainement pour un abruti inconvenant.
...
Atelio, perpétuelle métropole effervescente de la côte, ville des grandeurs et d'une histoire méprisée par quelques cités avoisinantes. Deux jours, c'était le temps qui s'était déroulé depuis l'affrontement dans Revelio. L'escouade avait trouvé refuge dans une auberge populaire, perdue dans l'agitation du centre-ville. Ils reprenaient leurs forces dans un de ces lieux où personne ne posait jamais de questions, où l'anonymat était une monnaie courante et les transactions, souvent futiles. Derrière sa façade plutôt sobre, l'établissement offrait des chambres rustiques mais largement fonctionnelles pour celles et ceux qui souhaitaient un matelas.
La convalescence de l'escouade était éclectique, seul Livaï demeurait encore inconscient et isolé des autres. La dernière nuit, comme nombreuses auparavant, Eren fut envahi de souvenirs violents qui parasitaient totalement son sommeil. Il gémissait d'inconfort la nuit tombée, seul, n'ayant pour soutien que sa conscience qui lui hurlait de ne pas lâcher.
Jean ignorait de quelle manière il devait réunir l'escouade. Son rôle de leader lui incombait cette besogne dans les moments les plus absurdes tout autant que les plus durs, tels que celui-ci. Le caporal avait passé la journée précédente à veiller sur l'état de son prédécesseur, Livaï était inconscient et incapable de prononcer le moindre conseil pour apaiser le stress constant de Jean. L'Ackerman gisait étendu dans son lit, ses bandages étant changés régulièrement et sa peau nettoyée à chaque heure. Ses amis ne négligèrent aucune ronde pour lui. Tous, sauf Eren. Eren n'était pas monté une seule fois à l'étage, pas même pour en connaître l'architecture.
... Et dans ce ravin qu'était l'inconnu, la conscience du noiraud divaguait dans des zones sombres de son cerveau. Jean, comme le reste de l'escouade, ignorait à quel point Livaï luttait pour ne pas les abandonner lâchement.
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Ce que nous avons ignoré.
FanfictionA JOUR !! Il y a cent ans, l'humanité a connu la peur et l'humiliation de vivre comme du bétail enfermé dans des murs d'enceinte de cinquante mètres de haut. La terreur de n'être qu'une espèce dominée. Les seuls à voir ce vaste monde sont les s...
