Dans une salle richement décorée de tapisseries anciennes et de dorures usées par le temps, les rideaux épais filtraient la lumière crue du soleil de fin de journée. L'air sentait la cire et le vieux bois, de quoi perturber l'odorat des plus sensibles. Un silence majestueux régnait, interrompu seulement par le léger froissement des tissus des uniformes ou des tenues formelles. La réunion qui s'y tenait à ce jour était d'ordre militaire et sa confidentialité, totale. L'immense demeure des Teyber fascinait Sieg, son expression se figea en un sourire béat avant que ce dernier ne soit repris par son supérieur lui-même. Toute la nuit, le détenteur s'était investi pour parvenir à l'excellence de la poésie dans le discours qu'il proposera à Willy Teyber, le guide incontesté de sa dynastie. Ainsi, au cœur d'un des six salons mondains du manoir, Willy accueillit personnellement Sieg Jäger et le général Théo Magath :
« Bienvenue messieurs. Je me présente, je suis Willy Teyber, le chef de la famille.
— Je suis le capitaine Theo Magath et à mes côtés, se tient le guerrier Mahr, Sieg Jäger. C'est un véritable honneur. Silencieux et plus en retrait, Sieg zieuta autour de lui et fut étonné des effectifs militaires présents, notamment ceux des gardes rapprochées que le clan possédait. Aucun des soldats du manoir n'appartenait à Mahr et ce détail ne passa pas inaperçu aux yeux du capitaine aguerri, Théo Magath.
— Je vous écoute. Que me vaut cette audience ? Aux aguets, le général Magath jeta un vif coup d'œil dans la pièce, notant mentalement chaque visage, chaque issue ainsi que chaque regard qu'il jugerait comme étant trop insistant. Il savait que la proposition de son subordonné allait ébranler bien des certitudes. Sieg lui, prit place sur une chaise que Willy lui avait présenté. On lisait sur le visage du guerrier une lucidité mordante qui ne l'avait jamais quitté. D'une arrogance sans égale, Jäger ne se considérait pas comme un simple pion de l'État de Mahr. Il avait initié cette réunion parce qu'il savait que l'heure était venue de passer à la phase suivante de son plan. Avant que nous commencions messiers, pardonnez moi, j'ai cru comprendre que vous dirigiez l'unité des guerriers depuis sa création. Est-ce exact capitaine ?
— Oui, monsieur.
— Bien. Commençons.
— Monsieur Teyber, comprenez que je ne suis pas venu pour plaider une cause personnelle. C'est naturellement sous le regard avisé de mon équipe ainsi que de mes supérieurs que j'ai souhaité soumettre une requête à votre famille. Une lueur brillante traversa en un éclair les yeux de l'hôte, pour le moment, il ne répondit rien, attendant les réelles doléances. Ce que je vous propose dépasse les intérêts d'un simple Eldien... Ou d'un simple titan. Willy acquiesça, les mains jointes sur la table.
— Je vous écoute, Sieg. Que nous proposez-vous, précisément ?
Magath, silencieux, croisa les bras. Il n'approuvait pas la manœuvre mais il reconnaissait que l'intelligence de Sieg était un atout. Un atout dangereux mais parfois nécessaire. Sieg se redressa de l'assise, croisant précautionneusement le regard de chaque Teyber :
— L'ennemi, aujourd'hui n'est plus invisible. Il a un nom. Une volonté. Et maintenant... Un visage. Paradis ne se cache plus. Le Titan Originel est actif. Il est temps d'unir les peuples, pas seulement derrière Mahr mais derrière un message clair. Une déclaration de guerre. Solennelle. Mondiale.
Sans surprise, un frisson parcourut l'assistance. Sieg frappait juste, l'auditoire l'écoutait encore :
— Et si vous me le permettez d'en faire la proposition, cette déclaration, reprit Sieg, doit venir de vous, Willy. Le seul homme encore capable d'incarner l'unité entre le sang Teyber et le pouvoir de Mahr. Vous êtes celui qui peut éveiller la peur et l'adhésion.
Un long silence s'en suivit. L'hôte scruta les moindres micros expressions sur le visage du titan guerrier, puis faiblement, il soupira :
— Vous me demandez de front de devenir le visage de cette nouvelle guerre ? Que je donne à Mahr un ennemi légitime aux yeux du monde ?
— Exactement, répondit le détenteur sans détour. Et en contrepartie, je vous garantis que nous pouvons prendre le Titan Originel de vitesse. J'en donnerai ma vie.
— Je vous en prie, ne soyez pas si solennel, ça ne rend pas la requête honnête.
Et de nouveau il eut un silence, pesant, seulement perturbé par le craquement d'une bûche dans l'âtre. Willy se tourna vers Magath, plus par stratégie que par besoin d'approbation :
— Et vous, capitaine, vous approuvez cette vision ? Magath, stoïque, finit par répondre.
— Je pense que le temps de la demi-mesure est révolu. Si cette guerre doit avoir lieu, il est indéniable que Mahr doit la gagner. Il en va de notre postérité.
Willy se leva lentement, fit le tour de la table avant de s'approcher d'un pas très léger de la chaise Sieg, le téméraire. L'hôte plongea ses yeux dans ceux du guerrier dans une telle intensité que Sieg ressentit un frisson électrique lui parcourir l'échine. Le capitaine Magath lui-même n'était pas aussi intimidant pour parvenir à lui faire ressentir un tel inconfort :
— Soit. Je vais lire ce discours. Mais prenez garde Sieg Jäger, la guerre une fois lancée, ne vous appartiendra plus. Pas plus qu'à moi. Elle sera entre les mains de celles et ceux qui survivront à ce jugement dernier.
— C'est bien tout ce que je souhaite. »
Ainsi, la réunion prit fin sur cette nouvelle alliance d'une puissance incommensurable. L'issue de la conversation eut donné l'ultime privilège à Sieg d'obtenir le droit moral d'exterminer une population entière sous l'avale du monde entier. Du moins, dès l'instant où Willy Teyber prononcerait son discours.
...
Dans le bar du rez-de-chaussé, les voix de Jean et Armin portaient légèrement plus fort que celles des autres clients. Jean avait beau feuilleter les notes de Yelena, il ne trouva aucune information précise sur le système d'argent du pays. Eren passa près de leur table en coup de vent et sentit un filon évident pour ne pas l'exploiter cyniquement ; il ne s'était pas retenu de juger les conseils des mercenaires anti-mahr sur leur imprécision. Non, il n'y avait rien à faire, Eren les prenait encore pour des pitres, même à des kilomètres de Paradis. Yelena, déjà pas bien haute dans l'estime du titan, ne cessait de creuser le fossé antipathique qu'Eren éprouvait pour elle. Quatre furent passés depuis le réveil de Livaï. Eren n'était pas venu le voir, trop lâche pour affronter la réalité de leur échec.
L'argent, valeur monétaire quasiment universelle que les Eldiens de l'île ne prenaient pas pour priorité vitale. Pourtant, Eren parvenait à sa manière à en comprendre les rouages du redevance. Leur séjour devait être payé, d'une manière ou d'une autre. Étant étrangers – et chanceux d'être tombés sur des propriétaires peu regardants sur les paiements monétaires – Eren proposa aux hôtes de couvrir les frais du séjour avec une proposition pour le moins, non orthodoxe.
Au quatrième jour de redevance et – normalement – le dernier, Eren comprit enfin les enjeux de son engagement. Longtemps durant sa vie – et parce qu'aucune occasion ne s'était présentée pour lui en faire prendre conscience – Eren ne s'était jamais douté à quel point son visage harmonieux pouvait attirer les plus envieux. Crédule de servir une dette qui pensa honnête, ce soir là, Eren s'était retrouvé à accompagner un couple de riches commerçants aux goûts relationnels questionnables. Le combattant qu'Eren était ignorait tout du monde de la nuit et de la luxure et cette nuit-là, dans un secret inavouable, elle lui avait montré des réalités qu'il aurait aimé ignorer.
Désormais la dette étant payée, l'escouade pouvait séjourner à l'auberge une semaine de plus.
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Ce que nous avons ignoré.
FanfictionA JOUR !! Il y a cent ans, l'humanité a connu la peur et l'humiliation de vivre comme du bétail enfermé dans des murs d'enceinte de cinquante mètres de haut. La terreur de n'être qu'une espèce dominée. Les seuls à voir ce vaste monde sont les s...
